Jim Queen : merveilleuse fantasy
J’ai eu trop de mal à écrire cette chronique. Sans doute à cause d’une légère fatigue saisonnière. Quand il commence à faire chaud je perds de l’énergie et je m’énerve. Je préfère vous prévenir…
Mais je pense surtout parce que Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athané, est une pure merveille. Qu’il y en a trop à dire. Qu’il est difficile de ne pas s’éparpiller dans toutes les qualités du film.
On suit Jim Parfait, avec un J, un influenceur parisien. Il est une Gym Queen, avec un G. Une sorte de montagne de muscles qui passe sa journée à la salle de sport. Tout l’inverse de moi.
Malheureusement pour lui, un mystérieux virus fait son apparition: l’hétérose. Une maladie contagieuse qui rend les hommes gays, hétérosexuels. Terrible! On se met à aimer le foot et danser la chenille.
Contre ce mal qui s’abat, il décide de partir en quête du remède. Il est aidé par l’un de ses fans, Lucien. Un jeune blondinet qui a encore du mal à s’assumer.
Cette aventure reprend les codes de l’heroic fantasy. Chaque groupe de la culture gay représente une faction. Il y a par exemple les «bears». Les «ours» en anglais. Ces hommes un peu gros et poilus. Ils sont réellement représentés comme des ours et vivent dans une taverne. Lieu typique du genre où les personnages démarrent leurs quêtes.
On plonge dans cet univers merveilleux grâce à un travail d’animation tout bonnement fabuleux. Chaque lieu pullule de détails. Je pense à cette boîte de nuit remplie à craquer. Ou à la pièce secrète de Lucien, pleine de photos et de jouets pour adultes. Les décors sont toujours différents.
Il y a tout un passage dans un labyrinthe, qui est un lieu de rencontre. Des fesses sortent des buissons comme des plantes. Ça vous permet d’imaginer le type de rendez-vous qu’il peut y avoir. Cette scène donne lieu à l’utilisation du «gaydar». Dans la vie, c’est une sorte d’intuition qui permet d’identifier qui est gay ou pas. Dans le film, c’est un flux d’énergie électrique qui parcourt le corps et qui fait vibrer le sol. La découverte de soi des personnages passent par l’apprentissage de pouvoirs magiques. Cela entraîne de véritables moments épiques. C’est mieux que le Seigneur des anneaux. Je vous le dis. Les mots sont posés.
Je parle d’animation mais la musique a une place toute aussi importante. Elle est signée Mathieu Rosenzweig et Benjamin Nakache. Il faut souligner leur talent. Ce monde vaste et varié s’imbrique parfaitement. Et c’est aussi grâce à la bande originale.
Lors d’une scène que je ne spoilerai pas, il y a quelques notes qui font référence à Rami Djawadi, le compositeur de la série culte Game of Thrones. Là encore la musique appuie l’univers de fantasy.
Il y aussi un petit côté Disney. Notre rencontre avec Lucien se fait par une chanson typique de la firme aux grandes oreilles. Ce jeune prince, enfermé dans son château, chantant l’attente du grand amour. Il y a plusieurs moments musicaux dans Jim Queen. Tous sont magnifiques et révèlent quelque chose des personnages et de l’univers.
Je parle de la forme depuis tout à l’heure. Mais elle permet au propos de fond d’être sublimé. Jim Queen a évidemment un discours politique.
Je précise qu’il va le faire à travers un humour trash que je trouve hilarant. Il y a du sexe, de la drogue, du sang. Beaucoup de jeux de mots également.
Les cinéastes ont précisé qu’ils voulaient critiquer les phénomènes qui peuvent toucher les cultures gays. Ils visent le «chemsex» par exemple. Cette pratique consistant à faire l’amour sous l’effet de la drogue. Les chemsexeurs sont représentés comme des petits Gollum squelettiques et libidineux.
Dans l’auto-critique, le film va sûrement créer quelques dissensions. Mais il va avant tout critiquer les violences envers les personnes queers. De leur marginalisation forcée par la société. Il est notamment question des thérapies de conversion. Ces actes de torture qui laissent croire que l’homosexualité est une maladie. Ou en tout cas quelque chose qui peut être changée ou corrigée. Rappelons que la Suisse n’a toujours pas interdit ces pratiques au niveau fédéral.
Les réalisateurs montrent ainsi que la lutte pour les droits n’est jamais terminée. Qu’une Meloni ou qu’un Trump, pour ne citer qu’eux, peut toujours arriver au pouvoir. Et remettre en question certains acquis.
Le film montre que la force d’un groupe ou d’une communauté, permet de combattre ces dérives. Il prône l’acceptation de soi, de nos différences et de nos préférences. Même si c’est renifler des chaussures sales.
Comme dirait Jim Parfait: reste toi-même, les autres sont déjà pris.
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Chroniqueur: Nicolas
Animation: Lionel
Réalisation: Léo et Chloé
Première diffusion antenne: 18 juin 2026
Crédits photos : The Jokers Films
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