Heidi.news face aux procédures-bâillons
Pour une série d’articles parue en mars 2026, Heidi.news est touché par 39 mesures superprovisionnelles. Le média lance une pétition proposant de réviser l’application de telles mesures, considérées comme des atteintes à la liberté de la presse et de l’information. Serge Michel, rédacteur en chef chez Heidi.news, résume cette saga judiciaire dans La Matinale.
En mars 2026, le média en ligne Heidi.news entame une série consacrée à l’homme d’affaires genevois Abdallah Chatila, plus particulièrement à son rachat en 2022 de la filiale suisse de Sberbank, une banque russe sous le coup de sanctions en lien avec la guerre en Ukraine. Le second article paru est ensuite modifié et caviardé de mentions telles que «Ici devaient figurer les noms de sociétés…» ou «le Tribunal de première instance nous fait l’obligation de retirer le nom…».
En cause, les nombreuses mesures superprovisionnelles qui touchent Heidi.news. Le but: empêcher la publication des noms de personnes ou de sociétés liées à la Russie impliquées dans le rachat de la banque. «Les mesures superprovisionnelles, ça arrive. Mais là, ça a été un déluge et on sent derrière la volonté de bâillonner la presse», affirme Serge Michel.
C’est quoi les mesures superprovisionnelles?
Dans le droit suisse, les mesures superprovisionnelles sont des mesures qui s’appliquent en urgence lorsqu’une partie risque un préjudice grave. Elles permettent l’application de contraintes immédiates sans entendre la partie adverse. Des audiences doivent ensuite se tenir dans un délai relativement court. Dans le cas des médias, ces mesures sont prononcées lorsque l’atteinte est en cours, qu’elle cause un grave préjudice, qu’elle est injustifiée et que les mesures ne paraissent pas disproportionnées (art. 266 CPC).
Permettant d’empêcher la parution d’articles et nécessitant des procédures chronophages et coûteuses, ce type de mesures est souvent associé à des procédures-bâillons, une forme de censure.
La pétition de Heidi.news
Pour Serge Michel, les mesures prises à l’encontre de Heidi.news ne sont pas justifiées et empêchent la parution d’un article jugé d’utilité publique: d’une part en listant les personnes et sociétés liées à la Russie sous sanctions participant au rachat de Sberbank en Suisse et, d’autre part, en dénonçant l’insuffisance des contrôles par les autorités financières.
Avec plus de 3’000 signataires, la pétition mise en ligne par Heidi.news sur avaaz sera remise, après la fin des procédures, au Conseil Fédéral. Le média prévoit également de saisir la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la liberté d’expression pour qu’elle analyse ce cas. Serge Michel affirme qu’il s’agit de «faire en sorte que ce cas, assez exceptionnel, où il y a un déluge de mesures puisse questionner l’usage des mesures superprovisionnelles au-delà du cas de Heidi.news, et que ça serve aussi le reste de la profession.»
Invité: Serge Michel
Animation: Lola
Journaliste: Emma
Réalisation: Léonard
Rédaction web: Jonathan
Image: Kseniia Zapiatkina/Unsplash
1ère diffusion le 18/06/26
Publié le 18/06/2026
Mis à jour le 01/07/26
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