Musiques actuelles : PETZI lance l’alerte
À l’occasion de ses 30 ans, PETZI publie un manifeste alertant sur la fragilité des musiques actuelles en Suisse. Manque de financements, conditions de travail précaires, disparition de lieux et faible reconnaissance politique menacent la scène alternative. Sa présidente, Rana Bassil, appelle à une prise de conscience urgente et propose des réformes ambitieuses, tant financières que législatives, pour consolider durablement ce secteur culturel essentiel.
«Les clubs et les festivals de musiques actuelles ne sont pas juste des lieux de divertissements mais des espaces sociaux, culturels, économiques et essentiels dans tout le pays», affirme Rana Bassil. Décrivant ces infrastructures comme faisant partie d’un «écosystème», la présidente de PETZI signale aujourd’hui sa mise en danger et la nécessité d’entreprendre des actions concrètes et durables.
Une urgence
Selon une étude menée par PETZI, plus de la moitié de ses membres sont des situations économiques précaires. Entre l’explosion des coûts et le manque de financements, Rana Bassil explique que «tout le modèle de financement repose sur une contradiction : on demande aux clubs d’être professionnels mais sans donner les moyens structurels de l’être». En effet, notre invitée dénonce un certain manque de considération de la scène qu’elle défend : alors que les plus grandes institutions ont des programmes de financements relativement solides, la présidente de PETZI affirme que «la musique actuelle reste toujours le parent pauvre de la culture en Suisse». Dans ce contexte, il existe aujourd’hui des risques concrets pour les clubs et les festivals de musiques actuelles : leur disparition ou le retour à des fonctionnements bénévoles, ce qui aura pour but d’encourager toujours plus la précarité des membres de ces institutions.
De la reconnaissance et des mesures concrètes
Pour éviter cela, PETZI a publié pour ses trente ans un manifeste proposant de nombreuses mesures à mettre en place pour améliorer cette situation. Regroupant mesures législatives et politiques, ce document très dense reste réaliste aux yeux de Rana Bassil : observant les actions prises dans d’autres pays, notamment au Royaume-Uni où il existe un modèle de soutien solidaire pour les petites salles, la présidente de Petzi estime que l’application des revendications est «complètement faisable».
En priorité, notre invitée explique qu’il faut urgemment renforcer les possibilités de financements pérennes ; il est alors nécessaire pour cela d’obtenir une reconnaissance de l’importance sociétale des clubs et festivals de musiques actuelles. En effet, ces lieux sont déterminants dans l’environnement culturel car ils sont tout en bas de la chaîne : c’est là que des artistes émergeants peuvent commencer à se produire pour ensuite rejoindre des plus grandes institutions. Sans ces lieux, c’est alors toute la scène nationale qui est touchée. Rana Bassil appelle alors à une mobilisation de l’ensemble du milieu culturel dans sa lutte : «on a besoin d’être ensemble pour cette reconnaissance», affirme-t-elle. À partir de là, notre invitée affirme qu’il faut repenser toutes les structures actuelles qui ne peuvent plus fonctionner comme elles le faisaient il y a vingt ans lorsqu’un autre public avec d’autres attentes et habitudes fréquentait ces lieux.
Maintenant que le manifeste est publié, Rana Bassil insiste sur le fait que le milieu culturel ne peut pas se contenter d’attendre une réponse à leurs demandes. PETZI souhaite alors lancer un projet de redistribution basé sur le Royaume-Uni: pour chaque achat d’un billet dans une grande ou petite institution, le public peut faire une contribution volontaire qui sera ensuite mise dans un pot commun. Ces fonds seront alors redistribués et investis dans des mesures concrètes. En 2026, ce sont cinq millions de billets ont été vendus: si un franc de contribution était rajouté par billet, de nombreuses actions pourraient déjà être prises pour contrer la précarité du milieu. Malgré cela, la présidente de PETZI souligne que le monde culturel a besoin d’aide structurelle et que le poids de sa survie ne devrait pas dépendre de la générosité du public : malheureusement, réaliste, elle constate que «si on ne peut pas compter sur l’argent public, il faut commencer à trouver d’autres solutions».
Invitée : Rana Bassil
Journaliste : Emma
Réalisation : Léonard
Production : Emma
Première diffusion antenne : 29 avril 2026
Rédaction web : Clara
Publication : 12 mai 2026
Crédit photos : HubertPhotographer / Pexels
Dernières modifications : 12 mai 2026
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