Disclosure Day : êtes-vous prêts pour la vérité?
Ce serait trop triste qu’on soit les seuls êtres vivants dans le cosmos. Et en même temps, ce serait aussi triste de savoir qu’on n’est pas les seuls à détruire notre planète. Ou à avoir quelques dirigeants qui se réunissent au bord d’un lac, afin de préserver l’ordre capitaliste mondial. Système finançant leurs guerres inhumaines et celles de leurs alliés.
Je m’égare un peu…
Je pense en tout cas que l’univers est bien trop vaste pour qu’il n’y ait que nous. C’est aussi le speech de départ du dernier film de Steven Spielberg, Disclosure Day.
Il nous fait suivre deux récits en parallèle. D’un côté on a Daniel Kellner, un ingénieur transportant clandestinement des données top secrètes sur l’existence des extraterrestres. Il souhaite révéler l’information au monde entier.
De l’autre, on suit Margaret Fairchild, une présentatrice météo qui voit sa vie basculer. Elle se met à parler un langage inconnu, en plein direct à la télévision. Le chemin des personnages est évidemment destiné à se croiser. Ils sont d’ailleurs poursuivis tous les deux par Noah Scanlon, le représentant d’une multinationale américaine. Lui, veut empêcher la propagation de la vérité.
Au-delà de l’aspect intergalactique de l’oeuvre, Spielberg nous embarque dans un film d’espionnage où les personnages sont constamment en fuite.
Le film commence d’ailleurs au coeur de l’action. In medias res comme on dit chez les fous furieux de locutions latines. La caméra est au sol, sur un ring, en train de se faire fracasser par le pied lourd d’un catcheur. Elle s’envole ensuite pour faire le tour de l’arène. Elle finit par tomber sur le visage apeuré de Daniel. Disclosure Day vient à peine de commencer qu’on s’est déjà fait casser la figure et qu’on a déjà tourné six fois sur nous-mêmes. Peu de doutes, le réalisateur veut nous entraîner dans un tourbillon de 2h20.
Parce que le long-métrage est toujours en mouvement, la caméra l’est aussi. Il y a une scène de révélation face à un ordinateur. Le plan débute à l’envers et la caméra pivote lentement. Ce tournis que nous procure la séquence illustre celui que provoque la vérité.
Spielberg varie également les genres explorés. Il nous emmène, le temps d’une séquence, dans un film de possession. A ce moment-là, Noah, le chef de la multinationale, devient un quasi-démon. Il prend contrôle du corps d’un autre personnage grâce à une technologie alien. La pièce s’obscurcit autour de lui. Son corps se fond dans l’ombre. Seuls ses yeux, d’un bleu irréel, percent l’écran.
Je ne vais pas énumérer toutes les idées du bon vieux Steven car il me faudrait une chronique de 3h48… C’est précis mais j’ai compté.
Comme souvent, les auteurs et les autrices parlent d’autres mondes pour parler de nous-mêmes. Ici, le réalisateur d’E.T. propose une réflexion sur notre foi en l’humanité. Sur notre inaptitude à communiquer entre nous. Les personnages sont souvent derrière des vitres, comme pour marquer la barrière invisible qu’il y a entre eux. Pour se présenter, l’un d’eux regarde Margaret et enlève ses lunettes. Les verres ne font plus obstacle. Les deux peuvent enfin se voir. Margaret dit alors qu’elle est heureuse de le connaitre.
Là encore, brillante mise en scène. Mais la thématique est éculée. Disclosure Day peut même souffrir de la comparaison avec Arrival, de Denis Villeneuve, sorti en 2016. Ce film traitait lui aussi des affres de la communication par le prisme d’une civilisation extraterrestre. Bien que je n’en sois pas un grand fan, Arrival restait plus subtil dans son propos. Ici, Spielberg surexplique à plusieurs reprises ses intentions.
Il ne nous laisse pas le plaisir égocentrique de croire qu’on a compris tout seul. Et moi j’aime bien imaginer que je ne suis pas totalement stupide.
Les références du film sont aussi un peu datées. Le design des Aliens est loin d’être original. Fermez les yeux et imaginez un extraterrestre. C’est celui-là. Ça ne va pas plus loin.
Il y a des références aux cercles de culture et à Roswell. Bien que ces éléments fassent partie de notre imaginaire collectif, des décennies de fiction ont déjà fait le tour de ces sujets.
Toujours est-il que malgré ses défauts, Spielberg nous fait vivre un sacré moment. La virtuosité de sa mise en scène nous balance dans tous les sens. Comme un catcheur bousculé dans les cordes d’un ring. Comme un spectateur ébloui sur son siège de cinéma.
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Chroniqueur: Nicolas
Animation: Sylvia
Réalisation: Samuel
Première diffusion antenne: 12 juin 2026
Crédits photos : Universal Pictures
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