Loi Blondel : un modèle pour sauver les Augustins ?
Aux allées 11, 15 et 17 de la place des Augustins, à Genève, les habitantes et habitants sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Malgré une forte mobilisation du voisinage et l’opposition de la Ville de Genève, ces immeubles des années 1950 restent promis à la démolition.
Ce cas n’est pas isolé. Ces derniers mois, l’annonce de la future destruction des immeubles du Carré Servette a également suscité une vive polémique. À Genève, la multiplication des projets de démolition-reconstruction alimente une colère grandissante : celle de voir disparaître des logements existants, des lieux de vie et des morceaux de ville au profit de nouveaux projets souvent plus rentables.
Mais ce combat n’est pas nouveau.
Dans les années 1970 et au début des années 1980, Genève connaît déjà une importante vague de démolitions. Face à la pression immobilière, une nouvelle génération d’historiens et historiennes de l’art décide de s’engager aux côtés d’architectes, de juristes, d’habitantes et d’habitants pour défendre une idée alors peu évidente : le patrimoine ne se limite pas aux monuments exceptionnels. Les immeubles ordinaires, ceux qui façonnent les quartiers et abritent une population, méritent eux aussi d’être protégés.
Cette mobilisation aboutit en 1983 à l’adoption de la loi Blondel, qui permet de préserver des ensembles construits au XIXe et au début du XXe siècle. Une loi qui marque un tournant dans la politique patrimoniale genevoise, en reconnaissant la valeur des bâtiments du quotidien.
Mais cette protection a aussi ses limites : elle s’arrête aux constructions antérieures à 1933. Les immeubles d’après-guerre, comme ceux des Augustins, restent aujourd’hui en dehors de ce cadre.
Pour en parler, nous avons rencontré Erica Deuber Ziegler, historienne de l’art et figure majeure de cette mobilisation patrimoniale. Celle qui a contribué à faire naître la loi Blondel estime aujourd’hui qu’il est temps de rouvrir le débat : face aux nouveaux enjeux urbains, faut-il élargir la notion de patrimoine pour inclure les bâtiments construits après-guerre ?
Entre défense du patrimoine, lutte contre la spéculation et préservation du logement, une question demeure : qu’est-ce que Genève choisit de sauver ?
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Invitée : Erica Deuber Ziegler
Journaliste : Emma Thibert
Captation et montage sujet vidéo : Antoine Chapel
Post-production interview audio : Alexis Raphaeloff
Rédaction web: Emma Thibert
Crédit photos : Antoine Chapel
Publié le 23/07/2026
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