A Genève, les résiliations de baux à loyer se multiplient
À Genève, les contestations de résiliation de bail ont bondi de 38 % en cinq ans, portées par des congés pour rénovation qui ciblent en priorité les locataires de longue date. Face à des investisseurs en quête de rendements élevés et à une jurisprudence fédérale assouplie, les aînés aux loyers modestes se retrouvent pris au piège d’un marché locatif inaccessible.
Le constat est attesté par les statistiques du Pouvoir judiciaire genevois : les litiges liés aux résiliations de bail ont augmenté de 38 % en cinq ans devant la commission de conciliation, passant de 1’067 pour 2021 à 1’474 dossiers pour l’année 2025. Cette année 2025 marque de plus un record historique d’ouvertures de procédures, plaçant Genève dans le trio de tête suisse aux côtés de Vaud et de Zurich.
Sur le terrain, ces congés frappent de plein fouet des habitants installés depuis plusieurs décennies. C’est le cas de Jean* et Karine*, sommés de quitter leur appartement centenaire après plus de 30 ans d’occupation. Le motif officiel : une rénovation. Leurs demandes de relogement temporaire ou de maintien dans les lieux pendant les travaux ont toutes été refusées. « Ce qui signifie 40 ans de votre vie effacés d’un trait » déplore Jean.
Pour la Chambre genevoise immobilière, ces résiliations individuelles pour travaux restent pourtant marginales. Son secrétaire général, Christophe Aumeunier, affirme qu’« il est absolument rarissime de voir effectivement une résiliation pour travaux dans un appartement isolé dans l’immeuble ». L’association de défense des locataires, l’ASLOCA, dénonce à l’inverse une méthode devenue courante pour vider les logements et faire grimper les prix.
Détresse des aînés et casse-tête du relogement
Ces procédures plongent les personnes âgées dans une épreuve humaine et psychologique majeure. Dans un autre immeuble genevois, Valentine*, elle, témoigne pour ses parents âgés de 84 ans, également visés par un congé pour travaux. Le choc est autant moral que matériel : « Ils ont l’impression qu’on veut les mettre ou au cimetière ou à l’EMS ». Elle dénonce la logique de rendement des régies et propriétaires : « Vous voulez quoi en fait ? Pouvoir avoir un cercueil en or massif, avec en plus des diamants incrustés dedans ? ».
Pour ces locataires historiques, retrouver un appartement relève du parcours du combattant. Ils se heurtent à la pénurie et aux barèmes d’attribution des logements sociaux. Marie* est une voisine de Jean et Karine, ayant obtenu un sursis jusqu’en 2028, elle résume l’impasse : « Je fais partie de la catégorie des gens qui gagnent trop pour en bénéficier et qui ont pas assez pour payer le prix du marché. La classe moyenne inférieure maintenant, je sais pas comment elle fait ».
La brèche ouverte par le Tribunal fédéral
Cette situation découle directement de la financiarisation du parc immobilier. Conseiller national et avocat à l’ASLOCA Genève, Christian Dandrès pointe les grands groupes d’investissement : « On a une financiarisation de plus en plus forte de ce secteur immobilier par des énormes structures qui veulent avoir des rendements à deux chiffres. Et pour avoir des rendements à deux chiffres, il faut mener une politique très agressive sur les locataires, et sont en particulier visés les locataires âgés qui ont des loyers encore modestes » .
Ces évictions sont facilitées par l’assouplissement de la jurisprudence du Tribunal fédéral. « Le simple fait que la présence du locataire puisse compliquer le chantier, peut justifier une résiliation du bail » souligne Christian Dandrès. De nombreux congés sont ainsi notifiés alors même qu’aucune demande d’autorisation de construire n’a encore été déposée.
Interrogé face à ces pratiques, le Département du territoire genevois nous a indiqué :
« M. Walder a décidé que son département ne délivrera plus d’autorisation de rénovation sans un plan crédible et juste pour reloger ou accompagner les locataires concernés par une résiliation de bail ». De son côté, l’ASLOCA poursuit sa riposte au niveau fédéral par le biais d’une initiative populaire réclamant un contrôle périodique et automatique des loyers.
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Journaliste : Charles Menger
Publié le 1er septembre 2026
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