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Sous le feu de Sonja, la série serbe qui vise juste

Judith | 13 mars 2026

Je sors des ténèbres dans lesquelles cette série m’a plongée pour venir vous en parler parce qu’elle vise parfaitement juste. Intitulée Sous le feu de Sonja, elle est disponible depuis quelques jours sur Arte.tv. Cette création serbe s’attarde sur la vie de Sonja, 19 ans, étoile montante de tir sportif à Belgrade. On pourrait penser qu’on va suivre une chouette petite success story jusqu’aux Jeux Olympiques. Eh bien non. Car dans la vie de Sonja, il y a des hommes qui n’arrivent pas trop à se gérer. Son père, un vétéran de guerre blessé à vie, croule sous les dettes, au point de devoir céder leur petit appartement dans un HLM aux huissiers. Son frère aîné, Vuk, travaille dans une station de lavage de voitures gérée par des mafieux locaux et peine à prendre ses responsabilités. Sonja vit donc plus avec une grosse charge mentale qu’avec une famille.

Le ciel est constamment gris, les immeubles sont des squelettes en construction, le béton est partout et des avions passent si bas qu’on a l’impression qu’ils rasent les toits. Autant vous dire que le quotidien de la jeune sportive donne tout sauf envie d’y rester. Elle passe d’ailleurs la majeure partie de son temps à courir, comme pour échapper à cette vie qui la lacère. La seule option pour quitter ce nid de morosité est de devenir la meilleure dans son domaine. Rejoindre l’équipe nationale, obtenir une bourse et échapper à cet avenir qui n’en est pas un.

Mais ses plans vont être mis à mal par un tragique faux pas de son frère. Décidément, Vuk a décidé de décrocher la médaille du grand frère de l’année et réussit à fâcher les mafieux qui veulent désormais sa peau. Et qui va devoir le sortir de là? Sonja, évidemment. Et pour le sauver, elle commet l’impensable. La voilà embarquée dans un tourbillon d’angoisse haletant, qui s’étendra sur six épisodes.

Srdan Golubović n’est pas tendre avec son pays, dont il propose une vision extrêmement fataliste. Le cinéaste adapte ici son propre long métrage, Absolute 100, sorti en 2001. Il en reprend l’idée de départ mais déplace l’enjeu sur une femme et transforme la vengeance initiale de son film en une sorte de légitime défense. Car la série pose une question: Que faire lorsque la violence devient le seul langage commun?

Bien que les guerres en ex-Yougoslavie soient terminées depuis près de 25 ans, elles sont toujours présentes dans les corps et les esprits. Les anciens combattants sont laissés à l’abandon avec leurs traumatismes et la loi du plus fort – ou du plus riche – est reine dans un système patriarcal fait de corruption. Résultat: tous les hommes sont agressifs. Il y a un vrai contraste entre le calme froid de Sonja et le chaos incontrôlé de la gent masculine. Que ce soit dans sa famille, dans la rue ou à la police, les coups et les menaces armées font office de discussion.

Le tir devient un symbole. Sonja s’entraîne sans relâche et répète les mêmes gestes dans un rituel qui l’apaise. Au milieu de ce monde brutal, le seul endroit où elle peut respirer, c’est au stand, dans le bruit des tirs.

Il s’agit d’un drame, aussi bien intime que social, qui dénonce tout le système d’un pays.

Si vous cherchez du réconfort: fuyez. Mais si vous voulez être bousculés: foncez.
Anita Ognjanović, qui interprète Sonja, est d’une intensité impressionnante. Peu loquace, tout passe par son regard, aussi perçant que sa carabine. La série ne la transforme pas pour autant en héroïne “cool”. Sonja reste une adolescente. Elle prend ses premières cuites, traîne avec son amoureux, essaie de vivre au milieu d’un monde qui la force à prendre de trop grosses responsabilités.

La réalisation opte pour des plans serrés, qui nous immergent au plus près des émotions de Sonja. On est dans son souffle, dans son épuisement, dans son angoisse croissante. Mais c’est aussi bouleversant d’amour familial et de rage de vivre. La relation entre Sonja et son père est particulièrement déchirante, mêlée de beaucoup d’amour et d’injustice. Sous le feu de Sonja raconte une génération qui n’a pas hérité d’un avenir, mais d’un poids. Et ce fardeau a très souvent le même visage: celui de la violence des hommes.

Bon, messieurs. Vous avez essayé. Ça fait des millénaires que vous vous tapez dessus, mais visiblement, ça n’a pas donné des résultats très concluants. Alors on jette son flingue, on range son petit poing fâché dans sa poche, et on va en thérapie.


Chronique : Judith
Animation : Lionel
Réalisation : Noé
Première diffusion antenne : 17 février 2026
Crédits photos : Firefly Productions
Publié le 13 mars 2026

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Judith


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