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Rock’n’Sobre #54 Concours du Développement Durable: 25 ans

Karine | 29 avril 2026

Ce 5 mai 2026, la Salle communale de Plainpalais accueille la cérémonie de clôture de la 25e édition du Concours cantonal du développement durable. Un quart de siècle durant lequel Genève a vu éclore des dizaines de projets conjuguant protection de l’environnement, solidarité sociale, et efficacité économique. Retour sur ce concours et sur deux lauréats de la première heure, qui ont prouvé que les prix ne sont qu’un début…

L’exigence des trois piliers

Chaque année, une soixantaine de dossiers arrivent sur la table du jury. Et chaque année, le tri est impitoyable. Daniel Cattani, ancien président du jury, ne mâche pas ses mots: «Il y en a qui pensent qu’on peut concourir au développement durable simplement pour demander une bourse pour acheter une nouvelle voiture!» Un bon dossier, insiste-t-il, doit reprendre les principes fondamentaux du développement durable, à savoir, les fameux trois axes: environnement, social et économie. «Ce qui fait que ce concours est un peu différent des autres. Donc, il n’y a pas seulement l’environnement, il y a aussi le social et l’économie. Il faut que le projet recouvre au mieux les trois axes.»

Au fil des ans, le jury, composé de six à huit membres issus du conseil du développement durable, représentatifs de milieux économiques, sociaux, environnementaux et communaux, a affiné sa grille de critères. Outre les trois piliers, le projet doit être innovant, avoir valeur d’exemple, être réalisable et reproductible dans d’autres communes ou à plus large échelle.

Le concours s’adresse aux entreprises, aux individus, aux groupements et aux entités publiques et parapubliques du Grand Genève et de la région transfrontalière (Ain, Haute-Savoie, district de Nyon). Les inscriptions s’ouvrent chaque année en novembre pour se clôturer en février, et la cérémonie de remise des prix a lieu au printemps.

À la clé: une bourse allant jusqu’à 30’000 CHF pour les projets en devenir, et des prix jusqu’à 10’000 CHF pour les réalisations concrétisées.

Enfin, les projets doivent s’inscrire dans l’une des huit thématiques du concours: modes de production et de consommation, cohésion sociale, préservation des ressources naturelles, système économique et financier, formation et innovation, lutte contre le changement climatique, promotion de la santé de la population, ou développement territorial.

Partage: de la récupération à la centrale logistique

En 2006, la Fondation Partage recevait la bourse du développement durable en tant que lauréate. Un an après sa création, ce prix représentait «une sacrée reconnaissance», raconte Amélie Höllmüller, porte-parole de la Fondation Partage et spécialiste en recherche de fonds. «C’était la première fois qu’un modèle comme celui de Partage, axé autour du développement durable, de la récolte des invendus pour les redistribuer à des associations de terrain, existait à Genève. Ça a été un coup de projecteur. Ça a aussi été un bon coup de pouce parce qu’il y a quand même un montant financier qui vient avec la bourse.»

Vingt ans plus tard, Partage est la banque alimentaire du canton de Genève. Ses chiffres parlent d’eux-mêmes: 7 millions d’équivalents repas distribués en 2025, 17 250 bénéficiaires chaque semaine, plus de 3 500 tonnes de nourriture et près de 250 tonnes de produits d’hygiène, redistribués. Et 280 340 kilos d’invendus sauvés du gaspillage…

Son action se résume en trois missions. D’abord, l’aide alimentaire: redistribution de produits de première nécessité, y compris des produits d’hygiène, à travers un réseau de plus de cinquante organisations bénéficiaires de terrain. Ensuite, la lutte contre le gaspillage alimentaire, via la récolte quotidienne des invendus des supermarchés du canton et la revalorisation de denrées défraîchies pour prolonger leur durée de vie. Enfin, l’insertion et la réinsertion professionnelle: environ deux tiers des collaborateurs et collaboratrices de Partage sont au bénéfice de mesures d’insertion. «On n’est pas seulement un pansement, on veut aussi prévenir les causes de la précarité, précise Amélie Höllmüller. Remettre un pied à l’étrier, retrouver un emploi, ça permet d’empêcher certaines catégories de la population de tomber elles-mêmes dans des situations de précarité.»
L’arrivée du Covid en 2020 a provoqué un basculement majeur pour la Fondation Partage. Avant la pandémie, Partage redistribuait ce qu’elle récoltait. Avec le Covid, la Fondation a dû mettre en place une politique d’achat pour mieux répondre aux besoins. «Aujourd’hui, une grande partie de ce qu’on redistribue provient aussi d’achats et de collectes type Samedi du partage, explique Amélie Höllmüller. On est passé d’une optique de redistribution de ce qu’on collectait à une optique de réponse aux besoins.»

Rachid Jelassi, responsable logistique, a vu cette évolution de l’intérieur. «On est monté de la Division 4 à la Ligue des champions», sourit-il. Engagé en 2010, il se souvient: «lorsqu’on a commencé à Cardinal Mermillod on avait des locaux… c’était un ancien squat qu’on avait récupéré». En 2015, déménagement vers les locaux de l’Union maraîchère à Carouge, avec un quai de chargement, des racks, du chauffage… «On a commencé progressivement à être plus professionnel, à fonctionner comme une entreprise normale.» Puis, en 2021, nouveau saut vers les locaux actuels à Plan-les-Ouates dans l’espace Tourbillon. «Maintenant, on est en Ligue des champions!» insiste Rachid Jelassi. La Fondation qui s’étend aujourd’hui sur 5 étages, est devenue une véritable centrale logistique, avec sa flotte de transporteurs déployée tous les jours dans le canton de Genève pour récupérer les invendus, ses systèmes perfectionnés de stockage et redistribution, ainsi que la revalorisation des denrées alimentaires grâce à la créativité sans faille d’Aurélien le chef cuisinier: gâteaux à base de chapelure de pain au chocolat et fruits, soupes, sauces tomates, séchage de pommes à l’aide d’une machine acquise en 2022 grâce à un des prix du Concours du Développement Durable… Partage poursuit sa route et contribue, in fine, à servir aux mieux chaque semaine, les 17’250 adultes et enfants, bénéficiaires de cette institution.

BioApply: vingt ans de patience pour faire décoller les alternatives au plastique

Frédéric Mauch est entrepreneur, basé au parc d’innovation de l’EPFL à Renens. En 2006, il crée BioApply, une entreprise spécialisée dans les emballages bio et compostables en B2B. Au lieu du plastique, les emballages de cette start-up sont conçus avec de l’amidon de pomme de terre ou du maïs. En 2007, l’entreprise remporte le concours du développement durable. Mais le chemin est long. «Ça nous a apporté beaucoup de visibilité ce concours. Mais c’est toujours quelque chose qu’il faut prendre avec des pincettes quand on est jeune entrepreneur, parce qu’on a tout de suite un sentiment de succès. Et après, les prix, tout ça, ce n’est pas qui va représenter le succès» se souvient Frédéric Mauch.

À l’époque, les alternatives au plastique peinent à trouver leur marché. Les sacs et emballages compostables coûtent cinq à sept fois plus cher que le plastique conventionnel. Il n’existe aucune réglementation pour encourager leur adoption. «On était peut-être un peu naïfs avant, en se disant: ça va être plus durable, donc évidemment les entreprises et les consommateurs vont vouloir l’adopter. Mais les gens regardent leur porte-monnaie» se remémore Frédéric Mauch.

Vingt ans plus tard, le paysage a changé. L’écart de prix s’est réduit et BioApply a compris que le produit durable ne peut pas se vendre uniquement sur sa vertu écologique. «Il faut qu’il soit, soit plus compétitif, soit qu’il ait des caractéristiques techniques avantageuses. (…) Le sac compostable, par exemple, gère mieux l’humidité, ce qui est un atout pour les fruits et légumes, mais surtout, il a une deuxième vie. Je fais mes courses et ensuite, je trie mes déchets organiques avec. Au lieu d’acheter des sacs en rouleau dans les rayons, le consommateur peut utiliser le sac obtenu à la caisse. Là, il y a une vraie valeur ajoutée» reprend Frédéric Mauch.

Aujourd’hui, l’entrepreneur développe Surface Cleantech, une start-up dans la lignée de BioApply. Le principe: un traitement de surface qui renforce les films compostables, permettant de travailler avec des épaisseurs plus fines. «Votre sac de la Coop ou la Migros, au lieu d’être à vingt-trois microns, il serait à quinze. Et l’essentiel du prix, c’est la matière. Aussi, le produit devient plus durable puisqu’on utilise moins de matières premières.» Frédéric Mauch a aussi développé une ligne de produits alternatifs au coton. «Un tote bag, c’est plus de 1200 litres d’eau sur son cycle de vie. C’est vraiment dingue, explique-t-il. Avec des fibres de bois comme le Tencel, on obtient un produit aux caractéristiques comparables, voir même mieux car antibactérien, qui consomme 95 % moins d’eau (…) Il y a des vraies solutions aujourd’hui qui peuvent être déployées. C’est là où c’est beaucoup plus intéressant qu’il y a vingt ans» résume l’entrepreneur.

La cérémonie du 5 mai

Pour célébrer donc ce quart de siècle et l’essor de tous ces projets durables en 25 ans tels Partage, BioApply et tant d’autres, la cérémonie du 5 mai 2026 à la Salle communale de Plainpalais se veut comme un point d’orgue: introduction confiée à la militante climatique Camille Étienne, suivie d’une table ronde sur la sobriété. Si les projets récompensés montrent la voie, l’urgence climatique rappelle aussi que l’innovation seule ne suffit pas, il faut à la fois des solutions techniques et un changement de paradigme. Mais, comme le souligne Daniel Cattani: «l’avantage d’un concours cantonal, c’est de développer des projets au niveau de la région dans laquelle on est, qui sont visibles». Et de rappeler aux auditeurices de Radio Vostok, qu’il faut rester curieux.ses: «Jetez un œil sur les lauréats, regardez leurs projets, leurs idées, ça peut vous donner envie de faire quelque chose pour changer les choses»

La production de ce reportage a été réalisée en partenariat avec le Festival Explore Demain.


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Intervenant·es : Daniel Cattani, Frédéric Mauch, Stefan Feltgen, Amélie Höllmüller, Aurélien Soen, Rachid Jelassi, Abdellah Abidi
Journaliste : Karine Pollien
Production : Charles et Alexis
Crédits photos : Karine Pollien
Réalisation : Leo
Mise en ligne : Valérie
Première diffusion antenne : 27 avril 2026
Publié le 29 avril 2026

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Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Ville de Genève et du département du territoire, République et canton de Genève.

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Une publication de Karine


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