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CinemaÉcransLa Quotidienne

Un nouveau trio dans le spleen

Orégane | 17 février 2024

L’histoire se déroule au lendemain du Covid. On est en plein hiver, à Yanji : Il fait froid, et une certaine nostalgie règne sur la ville. C’est dans cette atmosphère, que des jeunes adultes se rencontrent et se lient d’amitié : un trio de choc vient de se former. Chacun vient d’une classe sociale différente, avec des tracas et des rêves personnels.

Il y a Nana, une jeune guide touristique, au caractère rebelle. Elle est totalement réfractaire aux normes sociales. Xiao, lui est un cuisinier et travaille dans le restaurant de sa tante. C’est le badboy je m’en foutiste. Le dernier, c’est Haofeng, il travaille dans la finance à Shanghai. C’est le plus timide et introverti des 3, il rumine sans cesse. Ils ont chacun leur parcours et leur caractère, mais leurs états d’âmes sont très semblables. Malgré leurs différences, leurs destins vont finir par s’entremêler.

Ça démarre par une belle amitié entre Nana, Xiao et Haofeng, et puis ça dérive en triangle amoureux. Le trio a du mal à trouver son équilibre, ils se cherchent sans jamais vraiment se trouver. Ce qui se voit clairement à l’écran, avec par exemple des plans circulaires, où ils se tournent autour sans jamais se rejoindre.

Les 3 deviennent rapidement inséparables et se mettent à faire les 400 coups. Par exemple, il y a un moment très drôle, où ils se trouvent dans une librairie, à s’ennuyer, et tout d’un coup ils se lancent un défi. Pour gagner, il faut voler le livre le plus lourd possible. Chacun cherche de son côté le bouquin de la victoire. Mais lorsque leurs regards complices se croisent, ils se mettent soudain à courir pour s’échapper du magasin. Évidemment ils se font prendre et doivent régler la somme des 3 livres volés. C’est d’ailleurs peu cher payé. À ce moment-là, ils sont rattrapés par la réalité, par les règles de la société. Ils sont comme stoppés dans leur élan de liberté.

J’ai eu le sentiment que leur amitié était essentiellement basée sur une détresse commune, comme si chacun était seul face au monde. Ils sont livrés à eux-mêmes et se retrouvent marginalisés. Personne ne se préoccupe d’eux. Leurs rêves ont volé en éclats et ils se retrouvent face à une désillusion. Les amis sont confrontés à une crise de l’existence. Chez chacun, on ressent un mal être, une souffrance étouffée. On a cette impression que quelque chose les tracasse, ils peuvent même parfois se mettre subitement à pleurer, sans que nous ne sachions jamais pourquoi. Par exemple, il y a une scène dans laquelle les amis sont en train de s’éclater en boite de nuit, ils chantent, ils dansent… Bref, ils s’amusent. Puis tout d’un coup, seul dans son coin, Haofeng éclate en sanglots. C’était tellement inattendu que je n’ai pas compris.

Ils peinent tous à trouver leur place au sein de la société. Et c’est cette lassitude de la vie et des normes sociales qui va vraiment les rassembler. Les 3 amis cherchent à s’émanciper des mœurs, de tous les codes sociaux imposés dans un régime oppressif. Ils sont en pleine quête d’identité et veulent donner un sens à leur vie. Je ne me connais moi-même pas encore complètement, pourtant j’avoue que je ne me suis pas reconnue à travers leur crise existentielle. Je n’arrivais pas à m’identifier à leur manière d’appréhender le monde, à leur comportement antisocial.

Ce qui m’a dérangée, c’est que leur amitié reste distante, en surface. Ils ne vont jamais réellement se confier, ni se dévoiler totalement. Alors que c’est souvent ce qui fait le ciment d’une amitié. Ça m’a frustrée, car pour moi les amis sont l’épaule sur laquelle je sais que je peux me reposer. C’est en acceptant de montrer notre vulnérabilité que notre amitié se renforce. J’aurai aimé qu’ils s’ouvrent plus les uns aux autres, qu’ils approfondissent leurs relations.

On devrait pouvoir partager nos problèmes les plus sombres sans jamais se sentir juger. Et je voulais savoir quels démons hantaient ces jeunes ! Ça a titillé ma curiosité jusqu’à la fin du film et j’en suis ressortie un peu déçue. Mais ce nouveau trio semble tétanisé par la peur, la peur de perdre le peu qui les raccroche à la vie. Alors ils se contentent d’essayer d’échapper à la réalité ensemble, de créer leurs propres normes. Ils profitent simplement de chaque moment de complicité à partager.

Au final, on ne découvre pas tellement de détails sur la vie des 3 acolytes. J’aurai aimé en savoir plus, afin de mieux cerner les raisons de leur déprime. Le réalisateur nous laisse malgré tout quelques indices pour comprendre la source de leur mal-être, avec des forts sous-entendus.

Peut-être que ce film tente d’esquisser subtilement le spleen de la génération Z.

___
Chronique : Orégane
Animation : Nolwenn
Réalisation : Léo, Gianpier et Lorenzo
Crédits photos : Trigon-film
Première diffusion antenne : 13 février 2024
Mise en ligne : Orégane
Publié le 17 février 2024

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