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La QuotidienneMusique

Prendre le large avec « Our folklore », de Louis Matute

Flora | 30 mars 2022

Souvent quand j’étais enfant je partais avec mes parents en bateau, et c’était toujours des moments que j’adorais, hors-du temps. Ça parait cliché, mais c’est vrai : quand tu perds de vue l’horizon, toutes tes sensations temporelles sont différentes. Hier, j’ai vécu les mêmes sensations, au vernissage de l’album dont je vous parle aujourd’hui, il s’appelle « our folklore » . Son leader et créateur c’est Louis Matute , pur crû local car genevois mais surtout guitariste talentueux et compositeur lumineux, qui nous parle de ces histoires qui nous composent et qui sont l’écriture de qui on est.

7 Musiciens et 12 titres, des morceaux qui chaloupent, composés par Louis Matute et incarnés par ses complices et amis. J’en connais un qui disait que « Son capitaine et ses matelots n’étaient pas des enfants d’salauds, mais des amis franco de port, des copains d’abord », et bien ça représente bien ce beau navire, ce beau folklore. ça va vite, les images passent, défilent, on les suit , on décolle, on s’envole, on survole et savoure. Il y a cette impression de contempler de haut, de très haut, des paysages vastes. Les titres de l’album sont souvent assez intriguant. « Too much souls for this world » , « trop d’âme pour ce monde » qui résonnent presque comme une question, ou encore « For all these real stars », peut-être hommage discret à ces personnes inspirantes du quotidien. Il y a Kawira aussi, hommage touchant et sincère à la graphiste de son deuxième album , disparue depuis. On trouve aussi tangos, dont Louis raconte la genèse en préambule pendant le concert, souvenirs de soirées flamenco à l’usine avec un de ses profs de guitare de jeunesse , « c’était vraiment super » nous dit-il en souriant. Et moi je l’adore ce morceau , il y a un passage qui me reste tout le temps dans la tête, avec une harmonisation géniale entre les cuivres.

Evidemment qui dit jazz , dit solo, et tout au long de l’album, on est tout de suite happé par ces épisodes flamboyants incarnés par les différents protagonistes, qui font vivre chaque morceaux. C’est un peu comme « allez viens, je t’emmène , j’ai une histoire à te raconter, laisse moi te prendre par la main… ». Il y a des moments plus calme aussi, comme sur la jolie ballade « hold your hand » ; allusion ,voulue je ne sais pas, à la pochette de l’album , qui montre une photo de la main de Louis prise en caméra thermique. Toute la dimension chantante de la guitare électrique, dans sa douceur lyrique, est mise en valeur ici. On retrouve le lien affectif du musicien pour le chant, pour la voix, intimement liée à sa pratique. On l’entends d’ailleurs vraiment à un moment le timbre de sa voix, sur un morceau où il chante en se doublant à la guitare, c’est très beau. Il y a un autre moment, que j’aime bien, parenthèse sensible en suspens au milieu de l’album, c’est sur le solo de Léon Phal, au saxophone, dans Too much soul for this world. C’est accompagné par la guitare et la rythmique en crescendo, on sent une tension effervescente qui monte, prête à éclater, et le phrasé du saxophone mène avec brio cette évolution en ébullition, accompagné par ce riff délicieusement nerveux de la guitare.

Avec le titre éponyme de l’album « our folklore », on navigue cette fois sur une rivière , ou fleuve façon Rio grande au coeur de l’Amazonie. J’imagine la jungle autour, on se laisse bercer par le courant en regardant passer les oiseaux, quelques caïmans. Il y a un balancement, un va-et-vient. En fait ça pourrait même être la rivière de chocolat dans Charlie et la chocolaterie , tellement chaleureux qu’on veut s’y fondre dedans. Le thème est magnifique , harmonisé par le son chaud et rassurant du trombone (présent seulement sur cette piste). Our folklore c’est ça, le coeur emprunt de nostalgie qui balance entre deux rives, ça touche l’âme du voyageur curieux d’histoires, ça touche la rêveuse en soif d’images.

Un des coups de génie de Louis Matute dans ce Large ensemble, au-delà de ses compo géniales et de son jeu sensible, ça a été de si bien s’entourer. Musicalement c’est harmonieux, et sur scène Il y a une complicité rieuse, belle à voir. Entre les morceaux, ça s’échange des regards souriants . Il sont 7 donc, Nathan Vandenbulcke à la batterie, Virgile Rosselet à la contrebasse et Léon Phal au saxohone forment le Quartet de base , élargi par Andrew Audiger au piano et Zacharie Ksyk a la trompette et enfin, le dernier invité qui complète merveilleusement la sonorité en en élargissant le spectre , c’est Amine M’raihi au Oud , sur quelques morceaux .

C’est temps pour moi de conclure. Allez jeter une oreille curieuse à ces histoires, laissez vous voguer avec ce beau navire. Un album en bois brut, à l’énergie régénératrice, un peu le printemps en musique. Et pour aller dans ce sens, écoutez le morceau qui ouvre l’album, Renaissance, on sent une urgence dans ce morceau, course mélodieuse vers l’insouciance peut-être, l’énergie qui bouscule les nuages, par soif de soleil .


Chronique : Flora
Réalisation : Karla
Première diffusion antenne : 28 mars 2022
Crédit photo : pochette album – Roselena Ramistella
Publié le 30 mars 2022

Une publication de Flora


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