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Plongée nocturne dans les sous-sols de l’Hôpital

Céline | 4 juin 2024

Une exploration immersive dans un labyrinthe obscur. La révélation d’un monde secret qui s’étend sous nos pieds. Le projet Underground du photographe Cyril Finelle intrigue autant qu’il inquiète.

Contre toute attente, j’en suis sortie plus facilement que j’y suis rentrée ! Mais ça, c’est un autre sujet….

Parlons de notre projet du jour. Si vous aimez les frissons ou alors que vous avez envie de fantasmer un instant sur des scénarios anxiogènes – qui sait, dans une phase de vie un peu ennuyeuse – c’est l’expo qu’il vous faut !

Underground, c’est 36 photos à l’univers fantomatique. Des tunnels interminables sombres et déserts, des lits médicaux entassés dans une pièce, des panneaux de signalisation aux inscriptions énigmatiques ou encore un écriteau indiquant « alarme, personne enfermée, chambre froide, labo de recherche ».

Vous imaginez donc bien qu’avec un esprit, un chouïa tourmenté, ça va très vite : il m’en a fallu peu pour que j’extrapole des tests scientifiques illégaux réalisés sur des jeunes femmes enchaînées à une table, des enfants enfermés dans un réduit et nourris à la sonde, ou alors un huis clos de psychopathes dégénérés qui n’ont pas vu la lumière depuis au moins 20 ans.

Je vrille ? Ok, revenons aux photos. Elles sont toutes en noir et blanc. Un « noir profond » et un « blanc cramé », comme décrit son auteur, Cyril Finelle. Les images ont une texture très rugueuse. Un gros grain comme on dit dans le jargon. Ça leur donne un côté brut, un peu rétro même, qui brouille encore plus les pistes, ce qui ne m’a pas aidé.
Honnêtement, on pourrait aussi bien être au fin fond d’une centrale nucléaire soviétique au milieu des années 80 que dans une maison psychiatrique secrète dans la campagne française en 1950.

En réalité, on est aujourd’hui même à l’Hôpital cantonal de Genève ! Ou plus exactement sous l’hôpital, dans les souterrains des HUG, véritable ville dans la ville qui se déploie sous nos pieds telle une pieuvre dans des fonds marins.

Cyril Finelle n’est pas le premier à s’intéresser à ce dédale de galeries. Avant lui, plusieurs artistes avaient fait des demandes pour y accéder. Mais jusque là, l’institution avait toujours répondu par la négative pour des raisons de sécurité et de confidentialité.

Il faut dire que le sujet est délicat. Ces tunnels abritent toute la machinerie du paquebot HUG. Il y a évidemment les vestiaires des 13 000 employées et employés, les cuisines, du matériel médical et des labos pour les préparations pharmaceutiques, mais aussi des lieux beaucoup plus sensibles comme des chambres mortuaires, les tables d’autopsie et même un dispensaire de guerre….

Si les HUG ont accepté cette fois la requête, c’est que Cyril Finelle n’est pas que photographe. Il est aussi aide-soignant à la maternité. Et avant ça, il a longtemps travaillé au bloc opératoire. Autant dire qu’il connaît bien la maison et ses secrets.

Son projet a aussi pu se faire en collaboration avec le service comm des HUG et le pôle artistique de l’hôpital, ArtHug, ce qui a facilité les choses. D’ailleurs, les photos sont exposées au sein même de l’Hôpital. Avec ce paradoxe amusant de montrer dessus ce qu’il se trame dessous.

Je me suis demandé comment Cyril Finelle avait eu l’idée de cette expo, là maintenant, alors qu’il travaille depuis quinze ans à l’hôpital et qu’il fréquente les souterrains depuis tout autant. Il m’a alors raconté que le flash avait eu lieu pendant une garde.

Je vous plante le décor. On est au milieu de la nuit à la maternité. L’aide-soignant doit aller chercher du matériel dans les tunnels. Moi ça m’aurait stressé, mais lui non, il connaît bien les galeries, il sait où il va et surtout à quoi s’attendre. Sauf que cette fois, quand il arrive en bas, c’est différent. La journée, les souterrains des HUG ressemblent à une gare de métro aux heures de pointe, mais la nuit, c’est une tout autre ambiance.

Cyril Finelle se retrouve seul dans des longs couloirs totalement vides et noirs. La chaleur y est étouffante. Le bruit est celui du silence. Ou alors il y a des sons étranges qui émanent des gros. Certains tronçons sont dans l’obscurité totale. Ils s’illuminent seulement grâce aux détecteurs de mouvements. Si le couloir est éteint, c’est angoissant, mais on est certains d’être seul ; s’il est éclairé, il y a un côté rassurant, mais ça veut aussi dire qu’il y a quelqu’un à quelque part.

Le soignant s’est fait des films. Mais il le dit lui-même, il est aussi rapidement devenu accro à l’adrénaline de ces explorations nocturnes… Il veut à tout prix révéler au commun des mortels ces catacombes étranges. Durant huit mois, ce père de famille aura son petit rituel.
Chaque nuit de garde entre deux patients ou pendant ses congés, il s’évade dans les sous-sols et marche seul, guidé par son instinct et son appareil photo.

Ce que j’ai trouvé intéressant dans l’expo, c’est cette mise en scène du réel, ce zoom sur le changement radical d’ambiance d’un lieu entre le jour et la nuit, alors même qu’on est sous terre et qu’a priori ça ne devrait pas faire de différence.

Là, tout se joue sur la présence ou l’absence humaine. Alors que la foule banalise tout, le fait de se retrouver seul rend à l’inverse chaque objet inquiétant. Tout devient suspicieux et sujet aux suppositions les plus folles ! Les photos rendent très bien compte de ce flou dans lequel l’explorateur solitaire est plongé. On est toujours à la frontière entre la fiction et la réalité. Le fait que ce monde mystérieux se trouve juste là sous nos pieds accentue encore le contraste.

Allez, je finis par un conseil : si comme moi, vous commencez à vriller, vous pouvez à tout moment baisser la tête et vous concentrer sur le trait bleu peint au sol. C’est notre ligne de fuite à nous qui nous ramène fissa vers la sortie ! Et promis, ce n’est pas Belle-Idée !

___

Chronique : Céline
Animation : Emma
Réalisation : Sébastien
Crédits images: Cyril Finelle
Première diffusion antenne : 22 mai 2024
Mise en ligne : Céline
Publié le 29 mai 2024
Mis en une le 4 juin 2024

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Céline


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