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La rivale: Un Eric-Emmanuel Schmitt dont on peut se passer

Martin | 4 novembre 2023

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j’admire. Certains de ses romans, comme « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » ou encore « Oscar et la dame en Rose », sont profondément poétiques et touchants. À vrai dire, j’avais même apprécié quand il s’était essayé à un roman sur la vie de Jésus – aventure périlleuse car trop souvent entreprise. « L’évangile selon Pilate » offrait un renversement de point de vue vraiment intéressant et novateur. Vous avez maintenant quelques bons titres à ajouter à votre liste.

Mais s’il est un roman dont vous pouvez vous passer, c’est bien « la Rivale », sorti le mois dernier.

Bref topo de l’histoire. Enzo est passionné d’opéra. Depuis qu’il a découvert l’art lyrique, il est déterminé à y consacrer sa vie. Alors qu’il fait visiter la Scala de Milan à un groupe de touristes, il fait la rencontre d’une certaine Carlotta Berlumi. Selon cette vieille dame, elle aurait été une star de l’opéra avant de se faire voler la vedette par la célèbre Maria Callas. La rivale n’aurait jamais été fairplay, relayant Carlotta au second rôle, au troisième rôle, puis à aucun rôle du tout, et ce à coup de traitrises et de manigances honteuses.

Le lecteur se demande alors si tout cela est vrai. Il n’y a presque aucune trace de ladite Carlotta Berlumi dans l’histoire de l’opéra et dans les livres qui y sont consacrés. Quelle tragédie d’être démise de son rôle pour finir dans les oubliettes. Mais pour ma part, je n’ai sympathisé avec aucun des personnages.

D’abord, la vraie traitrise de ce roman, c’est sa mise en page. C’est un texte imprimé sur des pages épaisses, avec un interligne plus grand que celui de ma chronique, et des marges suffisamment larges pour y insérer la définition de chaque mot un tant soit peu compliqué. Demander au lecteur de payer 30 frs pour une heure de lecture – la Suisse oblige – c’est un peu indécent.

Mais cette fois-ci, la brièveté sera bienvenue. On assiste à une plainte fantasmée d’une vieille chanteuse aigrie. Enzo écoute, sans jamais s’opposer, sans rien apporter au récit. C’est le personnage passif par excellence.

Les dialogues sont plats et prévisibles. Eric-Emmanuel Schmitt ne semble pas avoir voulu faire appel à ses talents naturels, et retombe dans les mêmes pièges que l’on pourrait voir chez un écrivain débutant.

Pour vous donner un exemple de conversation :

« Tu n’es pas la plus jeune. Il y a toujours plus jeune que soit. Avec le temps, ça empire » fin de la citation. J’ai pu lire des déclarations plus poignantes.

Ce livre donne l’impression d’avoir été écrit parce qu’il fallait un nouveau titre de l’auteur. Il aborde un sujet que j’aime, l’opéra, mais il ne donne vraiment pas envie de s’y pencher de plus près.

Est-ce que Éric-Emmanuel Schmitt veut parler des dérives de la jalousie et de la rivalité ? Faire douter de la légitimité de certains grands noms du monde de l’art ? Parler de la douleur des défaites et de l’aigreur qui peut s’en suivre ? Quoiqu’il en soit, il ne me laisse pas une forte impression, et je sais que dans un mois, je l’aurai oublié.


Chronique : Martin
Animation : Emma
Réalisation : Molham et Martin
Première diffusion antenne : 30 octobre 2023
Mise en ligne : Martin
Crédit photo :
Publié le 3 novembre 2023

Une publication de Martin


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