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CinemaÉcransLa Quotidienne

La Gradiva : jeunesse volcanique

Nicolas | 6 novembre 2026

J’aimerais dire que je suis ce qu’on peut appeler un fanzouze de «teen movies». Plus particulièrement du sous-genre «coming of age». Cette transition entre l’adolescence et la vie d’adulte. C’est le moment des premières fois. Les fêtes avec de l’alcool et de la drogue… Les premiers rapports sexuels. Les premières désillusions amoureuses. C’est également l’émergence d’une pensée politique.

L’insouciance et l’éternité de la jeunesse font face à l’inquiétude et l’incertitude du futur. On prend conscience de nos limites et de nos possibilités. C’est un moment où le doute creuse son trou. On ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait. Est-ce que je vais être accepté dans l’université que je veux ? Est-ce que je vais avoir un emploi ? Est-ce que mes amis le resteront ?

C’est ce cheminement dans l’existence que les personnages de «La gradiva» traversent. Sacré programme.

Le film s’ouvre sur une superposition de plans. La caméra adopte le point de vue d’un train fonçant sur des rails. Un oeil se rajoute en transparence sur l’image et nous regarde. L’instant qui suit, nous sommes dans les couloirs du train. Suzanne, en bout de wagon, zieute Toni. Toni, à travers la porte d’une cabine, espionne son meilleur ami James. Lui, couche avec une camarade de classe. Tout est voyeurisme. Les ados qui s’épient les uns les autres, le film qui porte un oeil sur les spectateurs et nous, qui regardons jeunesse se faire.

Les trois personnages principaux font partie d’un voyage scolaire en direction de Naples. Ce séjour marque la fin de leur année et de l’école. Le dernier soir leur donnera les résultats de leurs demandes post-bac.

Je le dis tout de suite… «La gradiva» est un très grand «coming of age».

Ce premier long métrage de Marine Atlan capte à la perfection les codes du genre. Il les reproduit tout en les sublimant. En tout cas jusque dans ses dix dernières minutes. À ce moment-là, elle décide de sombrer dans le tire-larmes convenu et qui, à mon sens, est l’antithèse du propos tenu. Je m’arrête ici pour ne pas spoiler. De toute façon, quelques minutes ne suffisent pas à ternir l’oeuvre. Le film est époustouflant tout le reste du temps.
Par son esthétique déjà. Naples est montrée sous toutes ses coutures. Tout est très beau. Que ce soit la manière dont elle filme la ville, ses habitants et ses ruelles. Ou la manière dont elle regarde ses personnages. Je pense à ce moment où Mme Mercier se réveille dans son lit. La position de son corps et le drapé du linge qui la recouvre partiellement font penser à une peinture. Au-delà du pur plaisir des yeux, la beauté matérielle de la cité est utilisée pour le scénario. Les élèves développent leur sensibilité artistique face à des fresques murales et des statues. Ils découvrent comment percevoir une oeuvre. Ils apprennent à y donner du sens grâce à Mme Mercier.

L’enseignante a d’ailleurs un rôle central dans le long métrage. Sa solitude est explorée. Mais elle est aussi là pour donner cours. Dans les teen movies, il y a forcément des scènes en classe. C’est normal, c’est la majeure partie de la vie des ados. C’est leur travail à eux. On leur apprend tout de suite à rentrer dans le moule du monde de l’entreprise. Il ne faudrait pas remettre en question les horaires et les journées de cinq jours lorsqu’ils intégreront le marché… Je m’égare.

Il y a des scènes de classe donc. «La gradiva» n’y coupe pas. Là où d’habitude elles se stoppent rapidement par une sonnerie, ici, elles durent. Marine Atlan souhaite nous parler longuement du Vésuve et des éruptions volcaniques. Évidemment, chacune de ces scènes est une métaphore de l’adolescence. Lorsque la prof déclame son cours, avec de grands gestes, au bord du volcan, elle nous parle du feu qui bouillonne dans chaque ado. L’éruption est celle de leur désir. Mais ce qui marque, c’est la durée de ces séquences. On écoute pendant cinq, voire dix minutes. Comme les élèves, on apprend des choses, puis on décroche, puis un camarade fait une blague et on rigole avec le groupe.

Ce qui intéresse la réalisatrice, c’est de les voir vivre et de montrer toutes les facettes de ce qu’ils sont.
Une grande réussite du film c’est de ne pas uniquement les caractériser comme des corps. Certes, ils s’interrogent sur leur apparence physique et ils ont envie de faire l’amour. Toni se connecte à Grindr dès son arrivée en Italie. Il finit par se retrouver sur la Vespa d’un bel Italien et dans son lit. Tout ça n’est pas mis de côté. Cela dit, ils ne sont pas qu’une chair volcanique.

Dans l’adolescence, c’est le corps, certes… C’est aussi l’esprit qui entre en fusion. La pensée politique émerge. La cinéaste le met notamment en scène lors d’une discussion politique autour d’un repas. Mme Mercier est en bout de table, en retrait. Elle observe ces jeunes débattre, comme nous. Un élève soutient la thèse que les profs sont des branleurs, que c’est de leur faute si le système éducatif s’écroule. La caméra le cadre en contre-plongée, presque de biais et de manière hasardeuse, comme son discours. Un autre affirme que non, c’est le manque de moyens qui cause la perdition du système scolaire. Les profs travaillent pendant et en dehors des heures de cours. Tous s’écharpent. La politisation s’enclenche. Marine Atlan touche juste. Elle saisit quelque chose de cette nouvelle génération et de leur conscience politique. Les manifestations lycéennes en sont le témoin, qu’elles soient en France ou ailleurs en Europe. Les jeunes se savent lésés par un système à la ramasse. Ils se révoltent. Ils ont raison.

L’adolescence, c’est le doute et aussi l’espoir. Celui d’un demain nouveau, d’un futur meilleur. Les teen movies existent pour raviver notre envie de liberté, celle que l’on a perdue. Ils sont là pour nous rappeler, à nous autres les vieux, de prendre exemple sur la fougue de la jeunesse.

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Chroniqueur: Nicolas

Animation: Lionel

Réalisation: Marlon et Chloé
Première diffusion antenne: 5 novembre 2026

Crédits photos : Les Films du Poisson

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Une publication de Nicolas


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