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JOURNAL D’UN AMOUR PERDU

Pierre | 18 mars 2021

J’ai découvert le “journal d’un amour perdu” d’Éric Emmanuel Schmitt en empruntant l’audio livre à la bibliothèque municipale. Pas besoin de vous rendre dans l’une de ses succursales, il suffit de télécharger le document.
Avant de vous parler du livre, évoquons l’auteur
Le père d’Éric Emmanuel Schmitt était professeur d’éducation physique et sportive puis son père est devenu masseur kiné thérapeute dans les cliniques pédiatriques De plus, son père fut champion universitaire de France en boxe
Sa mère était championne de course à pied et Professeur de danse.

Après de brillantes études E.E.S devient agrégé de philosophie.
Il écrit de nombreux romans, pièces théâtrales, adaptations de spectacles musicaux. Il est membre de l’Académie Goncourt. Dispense une masterclass d’écriture sur une plateforme payante.
JOURNAL D’UN AMOUR PERDU a été édité en 2019 aux éditions Albin Michel
Une photo sépia d’un bambin donnant un baiser à sa mère illustre l’ouvrage
Ce livre évoque la disparition de la mère de l’auteur.
Éric Emmanuel Schmitt livre un témoignage tout en sensibilité qui va au-delà d’un simple journal. Pendant deux ans, Eric-Emmanuel Schmitt tente d’apprivoiser l’inacceptable : la disparition de la femme qui l’a mis au monde. Ces pages racontent son « devoir de bonheur»: une longue lutte, acharnée et difficile, contre le chagrin. Demeurer inconsolable trahirait sa mère, tant cette femme lumineuse et tendre lui a donné le goût de la vie, la passion des arts, le sens de l’humour, le culte de la joie. Ce texte explore le présent d’une détresse tout autant que le passé d’un bonheur, tandis que s’élabore la recomposition d’un homme mûr qui n’est plus « l’enfant de personne ». Éric-Emmanuel Schmitt atteint ici, comme dans La nuit de feu, à l’universel à force de vérité personnelle et intime dans le deuil d’un amour. Il parvient à transformer une expérience de la mort en une splendide leçon de vie.
Le journal de cette épreuve retrace la reconquête progressive du désir de vivre, puis du bonheur après cet évènement brutal. Il dresse également le portrait d’une femme magnifique, explore les moments clés de son enfance et de son adolescence, raconte sa passion pour le théâtre, montre comment sa vie est fondée sur de grandes émotions offertes par sa mère. Le livre raconte aussi le rapport difficile au père, son enquête sur les secrets familiaux et l’ultime chemin qu’Éric-Emmanuel Schmitt accomplit sur sa filiation

Poser des mots permet non pas de circonscrire la douleur mais de la comprendre. La perte d’un être cher est une plaie ouverte, qu’il faut cautériser comme une blessure. Je vous propose d’écouter le début du livre lu par l’auteur

Comment en quelques mots, signifier une relation ?
Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine.
Ce soir, brisé d’avoir tant pleuré, je n’ai pas l’impression qu’elle m’a quitté, plutôt la crainte de l’avoir abandonnée. Je m’inquiète… Où se trouve-t-elle ? A-t-elle besoin de moi ?
Je voudrais courir jusqu’à ce lieu inconnu qu’elle découvre, la soutenir, chasser son effroi, enlacer son épaule, caler sa main au creux de mon coude puis lui chuchoter à l’oreille : «Ça va d’aller. » Peut-être s’esclafferait-elle – elle riait quand j’imitais les gens de Charleroi, « Ça va d’aller ! »
Une mort, comme le bilan d’une relation
Depuis cinquante-six ans, sitôt que, réunis, nous marchions côte à côte, nous nous sentions forts, sereins, au centre d’un univers dont les paysages s’organisaient sous nos pas. Maman m’éclairait, je l’éclairais, nous rayonnions, invincibles, et les ténèbres s’écartaient, repoussées par notre flamme.
Après la vie, nous aurions apprivoisé la mort ensemble, non ?
Comment accepter l’inacceptable
Je ne supporte pas qu’elle meure seule, même si on meurt toujours seul.
Je ne supporte pas qu’elle parte sans moi, bien que, m’objecterait-elle, on n’emmène pas son fils dans un pareil voyage ! Elle s’est donc retirée bravement, sur la pointe des pieds, solitaire. Maman demeure une mère jusqu’au bout.
Revivre le moment fatal, reconstitution
Comment ai-je pu ne rien éprouver, à l’aube, au moment où elle défaillait ? Puisque nous étions si proches, attachés par des liens solides, insérés dans une toile de vibrations qui traversaient en une seconde les six cents kilomètres séparant Lyon de Bruxelles, j’aurais dû aussitôt apprendre son trépas de moi, en moi, par intuition, télépathie, fièvre ! Au lieu de cela, je me suis levé euphorique, j’ai regardé le jour doré qui s’annonçait, j’ai contemplé le cerisier du Japon gonflé par mille fleurs mousseuses lorsqu’un appel téléphonique… Je ne comprends pas : elle a expiré, je n’ai rien perçu. Rien.
Alors tout – vraiment tout – s’effondre.
Convocation de la défunte
Maman, tu es morte ce matin et c’est la première fois que tu me fais de la peine De toi, je n’ai reçu que de la tendresse, de l’attention, de la considération, de l’enthousiasme. De toi, j’ai recueilli la passion d’exister, le désir d’admirer, l’ivresse d’entre prendre. De toi, je ne conserve aucun mauvais souvenir, seulement chaleur, lumière, joie. Pas moyen de déterrer un instant où ton sourire se serait fermé, où ton écoute aurait failli, où une éclipse aurait terni ta bienveillance. Impossible de me rappeler la seconde où tu m’aurais déçu. Ton amour se révélait aussi généreux qu’inusable.
Eric Emmanuel Schmitt écrit :
« Une fiction mille fois ressassée fini par prendre l’épaisseur de la réalité »
Il aurait tout aussi pu dire :
« Une réalité mille fois ressassée, finit par prendre l’épaisseur de la fiction »

« Les morts sont des vivants qui nous ont faits, ils seront les morts que nous en ferons. »

Une publication de Pierre


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