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Harcèlement sexuel : décrypter les abus

Sidonie | 3 novembre 2021

Après la stupeur suite aux cas de harcèlement révélés au sein de la compagnie Alias, Radio Vostok revient sur ces évènements avec Lucrezia Perrig, co-autrice du Carnet Rose et Chams Iaz qui a signé l’enquête du Temps. Pour comprendre, mais aussi pour évoquer des pistes afin que ces abus ne puissent plus se produire.

Lucrezia Perrig est co-autrice du carnet rose : un guide pratique pour l’égalité de genre dans la culture édité par le festival les Créatives et aussi doctorante en études genre à l’université de Lausanne. Chams Iaz est journaliste, le mardi 12 octobre elle signe, dans le journal Le Temps, une enquête édifiante relatant des faits glaçants, dénonçant et dévoilant des années de violences sexuelles et sexistes perpétrées, à Genève, par le directeur et chorégraphe de la compagnie Alias. Elles répondent aux questions de Sidonie dans La Quotidienne.

De jeunes artistes particulièrement fragiles

Chams Iaz revient sur les origines de l’enquête du Temps. Suite à un dépôt de plainte en novembre 2018, un jugement contre le directeur de la compagnie Alias est rendu en août 2021. Il condamne le directeur à 5 mois de prison avec sursis et 5’000.- chf d’amende. Ce premier jugement a permis de délier les langues. Le journalisme d’investigation permet de mettre en lumière ce qui est caché au grand public, même si partiellement connu au sein des milieux artistiques. Quasiment en même temps c’est l’enquête de Cassandre Leray qui révélait dans libération des faits similaires concernant le metteur en scène et directeur du théâtre de Nancy. On est face au paradoxe de milieux qui se veulent ouverts et progressistes mais mettent aussi au danger les jeunes artistes particulièrement fragiles en début de carrière.

« Effectivement il y a eu de [nombreux] comportements d’abus et de cas de harcèlement qui duraient depuis plus de 20 ans au sein de la compagnie », Chams Iaz

Lucrezia Perrig met en avant la figure de l’artiste, tel qu’enseigné dans les écoles d’arts, liée à la passion et au dépassement de ses limites. La promiscuité, les conditions de travail précaires, le jeune âge et la corporité génèrent un terreau fertile pour les abus, plus que dans d’autres domaines.

La question de l’omerta qui règne sur ces phénomènes de harcèlement dans les arts vivants se pose aussi. Un silence qui est aussi culturel et s’apprend dès l’enfance. Un sentiment de culpabilité s’installe aussi facilement chez les victimes même féministes, qui précisément se disent qu’elles n’ont pas su fixer les limites. Chams Iaz relève que cette omerta est aussi institutionnelle. Plusieurs bailleurs de fonds ont été alerté mais n’ont pas réagi. Un silence qui peut aussi s’expliquer par le succès et la notoriété de la compagnie Alias qui était la première compagnie de danse contemporaine de Suisse conventionnée.

Vivre la lutte au quotidien

Lucrezia Perrig explique les pistes d’actions concrètes qu’on retrouve notamment dans le carnet rose. Les règlements et les chartes sont les premiers outils, mais ils ne suffisent pas. La lutte contre le harcèlement sexuel doit se vivre au quotidien et être visible. « Vivre la charte c’est la dire et en parler »  

Les lieux de formations doivent aussi mettre en place des organisations de libération de la parole. Le travail des syndicats est important avec des initiatives comme le guide «Non au harcèlement sexuel dans les lieux de formation »  Tous ces instruments existent mais ont besoin de plus de coordination et de soutien financier. Plusieurs institutions mettent désormais des conditions au paiement de subventions, notamment par le biais de chartes mais aussi de formations obligatoires.

« Quand on travaille son corps et qu’on dépasse sans cesse ses limites […] on rentre dans une forme de confusion », Lucrezia Perrig

Suite aux révélations sur la compagnie Alias, plusieurs enquêtes sont lancées, notamment un audit sur la question du harcèlement dans le milieu de la danse contemporaine en Suisse romande. Une cellule ressource voit le jour le 1er novembre et permet de réceptionner des signalements d’abus. Avec la garantie de l’anonymat et le professionnalisme d’une structure extérieure au milieu où les abus se produisent.

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Invité·e·s : Chams Iaz, journaliste au Temps, Lucrezia Perrig co-autrice du carnet rose
Interview : Sidonie
Production : Joséphine
Réalisation : Cyril
Première diffusion antenne : 27 octobre 2021
Compte rendu et mise en ligne : Charles Menger
Crédit photo : Nihal Demirci / Unsplash
Publié le 3 novembre 2021 à 15h23
Mis à jour le 3 novembre 2021 à 18h27

Une publication de Sidonie


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