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CultureExposLa Quotidienne

Guillaume Fuchs, chevalier pyromane

Emilie | 9 février 2023

HIAS est le titre énigmatique proposé par l’artiste genevois Guillaume Fuchs pour l’exposition qui rassemble ses oeuvres – illustrations & pyrogravures – à la Halle Nord. Elles sont à voir jusqu’au 18 février. Une pièce sonore réalisée en collaboration avec l’artiste Jean Obuchowics sera vernie avec le disque – également intitulé HIAS – mercredi 15 février.

Si vous êtes adepte de visuels épurés et de couleurs charnues, passez votre chemin. Pour les autres vous ne serez pas déçus!

La première chose qui m’a frappée en poussant la porte de la galerie c’est l’odeur. Un fumet entêtant du style café et cacao torréfiés, émane de feuilles de papiers brûlées. Le papier est en feu? Alors non, mais un petit point technique s’impose. La première partie de l’expo présente des dessins réalisés au chalumeau. Pour que la feuille ne s’enflamme pas, la combustion est maîtrisée par de l’eau que l’artiste va venir sprayer au besoin. Le résultat graphique ressemble à ce qu’on pourrait obtenir avec de la peinture pulvérisée. Comme un graffiti. Sauf que là, c’est la
matière qui se transforme pour créer le trait. C’est le procédé utilisé par Guillaume pour animer de grandes pages blanches reliées par des lames de
bois suspendues. On doit donc avancer le long de la structure sinueuse pour admirer les illustrations. J’ai pensé à « Alice aux pays des Merveilles », au seuil du labyrinthe. Avec tout le mystère et l’attraction que cet imaginaire suppose. Je me suis mise en mode métaphysique. Désolée mais la
calcination ça donne envie de mettre sur le tapis des sujets comme la métamorphose, la mort, la renaissance…

Sur les supports de ce dédale toute sorte de scènes et de créatures prennent vie. Elles évoquent un monde que je qualifierai de païen, avec ici et là des figures qui renvoient à des légendes ou des mythes. La mort squelettique munie de sa faux y côtoie des Gorgones aux yeux siphonnés et des gargouilles poilues. Fantaisies pyromanes et diableries dystopiques vacillent côte à côte pour nous emmener au-delà de l’enfer et du paradis. Les contours sont flous, on se perd un peu. On identifie des détails comme si on était face au « Jardin des Délices », vous savez le fameux triptyque de Jérôme Bosch. Une truie porte un voile de nonne, des gens tous nus copulent dans des fruits et jouent de la musique, en suivant une partition
tatouée sur le cul d’un gars.

Plus sérieusement, il faut dire que, malgré le chaos de la composition, les motifs consumés par Guillaume s’assemblent dans une véritable continuité. Sur ces pans de papier, ils sont les enluminures monochromes d’un parchemin géant, qui pourrait s’étirer à l’infini. À moins que ce ne soit un journal des rêves ou une spirale du temps. Son vortex nous aspire pour nous rejeter un peu plus loin, devant les dessins qui constituent la deuxième partie de l’exposition. Alors qu’il fallait plutôt s’éloigner pour saisir l’image dans la première partie, ici il faut presque coller son nez sur la feuille pour ne rien louper. Les dimensions sont plus petites et la continuité encore plus marquée.

Avec l’utilisation du rotring, cette plume au bout très fin qui produit des sillons de haute précision, impossible de tricher. Chaque détail compte. L’artiste multiplie les traits pour façonner des mondes minutieux qui s’emboitent. Il y a quelque chose d’acharné et de hasardeux. Un côté « j’suis au
téléphone et je griffonne machinalement avec mon stylo » en écoutant la mélodie du répondeur d’attente de l’administration fiscale cantonale. Des
frises, des quadrillages, des murs de briques. Mais j’te rassure on est très très loin du gribouillage. Les patterns peuvent être anamorphosés et
l’échelles de plan volontairement pas respectée, ça reste hyper bien maîtrisé. Une femme masquée est assise entre des buildings et des éoliennes. Elle regarde au loin les cheminées d’une centrale nucléaire. Il y a aussi des éléments empruntés au symbolisme ou au surréalisme. On ne serait pas étonné de tomber sur « Le cri » d’Edvard Munch ou « La Persistance de la mémoire » de Salvador Dali. D’autres dessins sont plus cryptiques : des flammes, des ondes de chocs, des codes informatiques. Autant de galaxies graphiques qui se déploient pour former un cataclysme immémorial. Ça m’a donné envie d’utiliser le terme « esthétique quantique » pour vous donner une idée.

Les fresques miniatures et débordantes de Guillaume nous propulsent dans une matrice. Naviguant sur des territoires futurs, les créatures archaïques qui l’habitent nous confrontent aux éclats du présent.

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Chronique : Emilie
Animation : Zebra
Réalisation : Niels et Théo
Première diffusion antenne : 8 février 2023
Crédits photos : Halle Nord
Mise en ligne : Emilie
Publié le 9 février 2023

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