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Et Christine and the Queens devint Redcar

Nolwenn | 21 novembre 2022

Le 11 novembre dernier on a pu découvrir le quatrième album de Redcar – anciennement Christine and the Queens – et ÇA ça fait plaisir. Après «Chaleur Humaine», «Chris», et «La Vita Nuova», la semaine passée l’artiste français nous dévoilait Les adorables Etoiles : un LP 13 titres, portant la mention « Prologue » annonciatrice d’un deuxième disque prévu pour début 2023. Mais chaque chose en son temps, commençons par un petit récap, j’ai comme l’impression que t’es un peu perdu Zebra.
Mais c’est pas bien compliqué tu verras : à l’instar de David Bowie et les divers personnages qu’il s’est créé au long de sa carrière avec Ziggy Stardust ou Aladdin Sane, ou encore Prince et son célèbre Love Symbole, depuis 10 ans le Nantais ne cesse de se réinventer. Parce qu’il n’en est pas à sa première réincarnation : pour rappel, il adopte le pseudonyme Christine and the Queens en 2014 pour sortir son premier album «Chaleur Humaine»; immense succès international qui lui vaudra deux Victoires de la musique. En 2018, tremblement de terre : Christine devient Chris, sur un album éponyme porté par le monumental «Damn, dis-moi.»
Renaissance à la fois personnelle et artistique: à la ville, le musicien se genre désormais au masculin, et à la scène l’indie-pop épuré laisse place à l’electro-funk.
Si ce changement d’identité artistique avait pu passer inaperçu en 2018 – le nom de scène n’ayant pas TANT changé entre «Christine and the Queens» et juste «Chris», d’autant plus que c’était aussi le titre de l’album donc les gens ont pu se dire que «mais non mais c’est juste le nom de l’album, Christine c’est toujours Christine !»
Et bien cette année : plus de place au doute, appelez-le désormais Redcar, on entre dans une nouvelle ère.

Si sur son album précédent, La vita nuova, sorti en 2020, sa musique avait pris un tournant electro-pop, «Les adorables étoiles», se veut cette fois comme le prologue d’un opéra pop-rock, qu’il a verni au Cirque d’hiver à Paris le week-end passé. Sur la façade de la salle, un message : « Pop music is dead, long live theatre » (« la musique pop est morte, longue vie au théâtre »).
Il annonce ainsi la couleur de cet album et des deux concerts – que dis-je – deux spectacles avec lesquels il nous le présente. Un seul en scène baroque, dans lequel il incarne tour à tour différents personnages hauts en couleur pour présenter ses nouvelles chansons.
Redcar s’est ainsi imposé dans une prestation qui semble n’avoir laissé personne indifférent.

Mais venons-en à cet album. Composé de treize titres autoproduits, majoritairement en français, et mixés par l’Américain Mike Dean – connu pour ses collaborations notamment avec Rihanna, Jay-Z, Lana Del Rey, ou encore Kanye West – ce quatrième opus marque un tournant dans l’univers musical de Redcar.
On y découvre des chansons fortement influencées par les années 70 et 80, avec des synthés scintillants, des grosses caisses claires qui tâchent, des Lalala et ouh ouh ouh qui frisent la parodie par moment – mais dès que tu te laisses entraîner dedans en fait ça marche bien et ça s’écoute tout seul. Chaque morceau surprend, ils sont très différents les uns des autres, et pourtant on y retrouve une certaine homogénéité.
Seul intrus sur cet album : le titre «Rien dire» qui, pour le coup, rappelle les succès de «Chaleur Humaine», avec, certes une touche un peu rétro dans l’instru, mais on retrouve le côté très épuré de ses débuts, avec toute la place accordée à la voix. Alors ça fait plaisir de retrouver la patte «Christine and the Queens», c’est une très bonne chanson, mais je dois avouer que j’ai pas tout à fait compris ce qu’elle venait faire là.

Alors ça a peut-être du sens dans le cadre du spectacle, mais je sais pas, j’ai pas pu le voir puisque Radio Vostok n’a pas été invitée à l’évènement ; et je crois que je parle au nom de toute la radio quand je dis qu’on est quand-même vachement déçus.

Bref, à part ce titre-là, l’album est très surprenant. Ça va dans tous les sens, il puise dans plein d’influences différentes : le titre «Les étoiles» rappelle Depeche Mode, la chanson du chevalier m’a, quant à elle, fait penser à Mylène Farmer. Parmi les influences évidentes on peut aussi citer The Cure, Bowie, voire même A-ha, tout en gardant le côté novateur, décalé, et provoc auquel l’artiste nous a habitué.

Des instrus très présentes, des monstres réverb, le tout mêlé à des vocalises créant cet effet d’écho qui s’étend sur tout le disque, des textes aux connotations presque évangéliques traitant d’amour et de libération, un nouveau nom, une nouvelle identité; décidément Redcar a décidé de surprendre, et c’est réussi, tout comme ce quatrième album. C’est pas son œuvre la plus accessible, on peut facilement être rebuté par les premières notes du disque, mais ça vaut la peine de s’accrocher.
Après dix ans de carrière l’artiste parvient encore à se renouveler, à étonner, et à détonner dans un panorama musical toujours plus foisonnant.
Si, comme moi, vous n’avez pas été invité à voir sa performance à Paris, on peut découvrir les différents personnages de son spectacle sur instagram, où il les incarne dans de courtes capsules vidéo, en costume et face caméra. Des vidéos déroutantes, qui laissent transparaître ses talents de comédien et qui donnent une version édulcorée de ce qu’il propose dans son spectacle où, apparemment, il flirt volontiers avec la nudité, ou encore des allusions sexuelles en enfilant un gode ceinture comme accessoire de scène.
Bref: Redcar surprend, Redcar questionne, Redcar dérange. Il brise les codes et s’impose toujours plus comme le digne héritier d’un certain David Bowie ou encore, plus tard, Mylène Farmer.
«Les Adorables Etoiles» est un très bon album, et je pense que ça peut faire partie de ces disques dont on réalise la portée que bien plus tard. Ou peut-être que pas du tout et dans ce cas vous pourrez bien vous foutre de moi dans 20 ans ! D’ici là, moi je vous dis à dans deux semaines, et je vous laisse comme d’habitude avec ma préférée de l’album «Tu sais ce qu’il me faut».


Chronique : Nolwenn
Animation : Zebra
Réalisation : Teo
Première diffusion antenne : 17 novembre 2022
Crédits photo vignette : © Pierre-Ange Carlotti
Crédit photo une : pochette DR
Crédit photo background : © Lou-bet
Publié le 21 novembre 2022

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