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BDCultureLa Quotidienne

Enfer, voilà Killoffer et sa ferraille

Pacome | 15 avril 2022

« Killoffer en chair et en fer » de Killoffer, éditions Casterman, 56 pages noir et blanc, 18×27 cm
Patrice Killoffer est l’un des co-fondateurs des éditions l’Association. Un monsieur qui a, à son compteur, une quarantaine d’années d’activités graphiques diverses, comme plasticien, illustrateur de presse et auteur de BD. Et quand il fait de la BD, il aime bien se représenter lui-même. Il s’est donc créé un avatar – en 2 dimensions et en noir et blanc ; une vision de lui-même excentrique et pleine d’autodérision, constituée, d’après lui, de 30% d’autobiographie et de 70% de fiction. Ce personnage, on l’a vu évoluer dans des ouvrages comme « Six cent soixante-seize apparitions de Killoffer », ou « Killoffer tel qu’en lui-même », un livre qui avait reçu le Prix de la ville de Genève pour la bande dessinée en 2015. Et bien sûr, on le retrouve au centre de ce nouvel album.
C’est un gaillard dans la cinquantaine, un peu bedonnant, éternellement pas rasé, avec un front haut et ridé et des poches sous les yeux. Je vais l’appeler Killo, le temps de cette chronique, pour bien le distinguer de son auteur.
Quand cette histoire « presque » sans paroles démarre, Killo est chez lui, un soir. Il va se coucher avec une clope et un bouquin, il lit quelques pages et il s’endort. Au réveil, il sort faire ses courses et, dès qu’il franchit sa porte, on sent qu’il y a un truc qui cloche : Killo, équipé d’un masque « covid », se retrouve face à un drone qui lui demande de s’identifier. Plus tard, dans la rue, tout le monde est masqué, les étals de marchandises sont protégés par des bâches en plastique, et partout il y a des drones qui patrouillent.
La temporalité de cette histoire est étrange …. On est visiblement en plein confinement, mais dans un futur proche, où rien n’a changé depuis 2021 à part ces drones partout. Ou alors, si tu préfères, c’est notre présent, mais rempli des machines qu’on nous promet pour demain.
Et puis, quand Killo rentre chez lui, un robot est aux fourneaux. Il y a aussi un chat qui vit là, et lui aussi il a un équivalent robot … un robot animal domestique … Killo et le robot humanoïde ont l’air très copains ; ils ont leur petite vie, avec des moments partagés et d’autres moments chacun dans son coin : Killo dessine à son bureau, le robot bricole de l’électronique. Quand ils sortent boire un verre, on découvre que le robot est une robote : elle met une robe pour sortir. Ils croisent en chemin d’autres duos humains/machines, pimpant ou désuets suivant les cas, puis ils retournent dans leurs pénates.
Il y a même un mystérieux placard dans l’apparte de Killo, où la robote prend la forme d’une femme ravissante, dans une ambiance digne des romans d’amour courtois. A moins que Killo ne rêve tout ça, ça n’est pas très clair … Mais tout va déraper quand la robote décide de se bricoler elle-même une nouvelle mise à jour. Je te laisserai découvrir le résultat à la lecture…
L’histoire est belle, à la fois drôle et émouvante, jolie fable sur la solitude et l’obsolescence, celle des machines comme celle des humains, d’ailleurs. Mais notre ami Killoffer, son gros point fort, c’est le dessin ! Ce petit album, d’une cinquantaine de pages au format à l’italienne, est le premier qu’il réalise entièrement par ordinateur, peut-être pour rester en phase avec son thème. On y découvre des pages toutes présentées à l’identique, avec un gaufrage constant tout au long de l’album, en deux rangées de trois cases. L’histoire s’y développe sans temps mort, à un rythme faussement indolent.
Et Killoffer déploie à nouveau dans cet ouvrage la maestria qu’on lui connaît en matière de graphisme. C’est surtout sa maîtrise implacable du noir et blanc qui époustoufle : il mélange dans la même case des traits noirs sur fond blanc, classique, et les traits blancs sur fond noir, ce qui est plus rare. Le résultat est magnifique ; et chaque case fourmille de détails, à tel point qu’une deuxième lecture n’est pas inutile pour remarquer des détails qu’on avait ratés et qui ont parfois leur importance dans l’évolution de l’histoire.
Voilà, on a donc là un joli manuel pour après-demain, quand nous aurons introduit quelques circuits intégrés de plus dans notre quotidien – qui s’en passerait sûrement. Et quand ça nous pétera au nez, eh ben les plus malins pourront dire : « Wesh, Killoffer nous avait prévenus ».

Une publication de Pacome


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