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CinemaÉcransEn Apesanteur

Deux films sur le capitalisme

Nicolas | 14 mai 2026

Je suis chafouin! J’ai dû me lever ce matin, repasser mon pantalon, prendre les transports, m’asseoir derrière un bureau et travailler. Toute la journée! Tout bonnement l’enfer sur Terre.
Mais il y a un responsable à mes conditions d’existence: le capitalisme!
Je vais vous parler de deux films que j’apprécie et qui décrivent la violence morale et physique qu’il peut engendrer.

Le Voleur de Bicyclette

Le premier est Le Voleur de Bicyclette, de Vittorio De Sica, sorti en 1948.
On va suivre Antonio Ricci, un chômeur qui devient colleur d’affiches. Il doit donc se déplacer, à vélo, dans les rues pavées de Rome.
Pour en acheter un, il vend du linge reçu pour son mariage. Ricci et son épouse sont assez pauvres et c’est le seul moyen qu’ils trouvent pour recevoir un peu d’argent.
Lors des premières heures de travail, le personnage est debout sur une échelle. Il passe de la colle sur un poster. Malheureusement, un homme vient lui piquer sa bicyclette. Le héros va chercher à retrouver son moyen de locomotion pendant tout le film.

Antonio va avoir le réflexe de signaler le vol au poste de police. Il va faire sa déposition devant un agent en chapeau et imperméable.
Mais, le colleur d’affiches se rend vite compte que cela ne mènera nulle part. «Cela demanderait toute l’équipe volante pour chercher un vélo» lui dit le policier, derrière son comptoir. «C’est rien, c’est juste un vélo» martèle-t-il encore à son collègue moustachu. Pour le protagoniste, ce n’est pas juste une bicyclette. C’est son gagne-pain, son moyen de survivre.
Lors d’une scène au restaurant, Antonio utilise ses dernières économies pour offrir un repas à son fils. Après quelques bouchées, le père lui demande de noter avec un crayon, sur un bout de serviette, les dépenses courantes auxquelles ils font face.
Conclusion: sans le vélo, ils ne pourront plus manger.

Le colleur perd son outil de travail. Celui-là même qui lui permet d’avoir ce boulot. Et parce qu’il est pauvre, il n’a pas du tout les moyens d’en acheter un autre. Le système le met donc face à une situation impossible. Il a besoin de travailler pour avoir quelques billets en poche. Mais il a besoin d’argent pour avoir un travail. Il est pris au piège.

Est-ce qu’Antonio va lui aussi chiper une bicyclette posée dans la rue par son propriétaire? Va-t-il commettre un larcin pour simplement survivre? Je vous laisserai le découvrir en regardant ce chef-d’œuvre du cinéma italien.

Le Couperet

S’il y a une personne qui passe à l’acte, c’est le protagoniste du film Le Couperet sorti en 2005, de Costa-Gavras, avec José Garcia dans le rôle principal. Le film est adapté du roman du même nom, de Donald Westlake. Je voulais en parler, car est sorti il y a quelques mois une nouvelle adaptation réalisée par le sud-coréen Park Chan Wook. Le titre français de ce nouveau long-métrage est Aucun autre choix.
Celui-là a eu une portée internationale donc je voulais plutôt remettre en lumière la version française, sortie il y a 20 ans. Que je trouve meilleure.

Le Couperet va mettre en scène un cadre, Bruno Davert.
Il est licencié à la suite de la délocalisation de son usine de papier. Le personnage enchaîne les entretiens dans des grands bureaux avec des gens au regard sérieux.
L’espoir de retrouver un emploi finit par s’envoler. Cette situation entraîne une perte financière, certes, mais également une perte d’estime de soi. Sa confiance s’étiole. Il se referme. Cela va impacter négativement la santé de son couple. Les deux vont s’éloigner. Les disputes seront plus nombreuses. Les crises de jalousie de Bruno aussi. Tout devient instable dans sa vie.
Il va finir par avoir une idée sordide: tuer tous ses concurrents pour le nouveau poste qu’il convoite.

Le réalisateur va avoir une approche froide dans son cadre et ses couleurs. Les décors seront très blancs, les costumes très gris. Il n’y a pas de grands mouvements de caméra qui virevolte. Tout est ancré dans le sol, dans la réalité d’un système économique rigide.
Certaines situations sont burlesques puisque Bruno Davert n’est pas un assassin professionnel. Il fait tomber son arme à feu. Il tire par accident. Il est maladroit. Mais parfois, il se montre glacial et calculateur. Il y a une scène où il discute dans un bar, avec le serveur, qui est l’une de ses potentielles victimes. L’employé, chiffon au poignet a le visage un peu triste car il est lui aussi un ancien cadre licencié. Il souhaite postuler au même job que le personnage de José Garcia. Cette scène est bouleversante car Davert se lie presque d’amitié avec un homme qu’il souhaite tuer.
On assiste à la descente aux enfers de ce père de famille. Il devient un assassin.

Mais le véritable monstre ici, c’est le système. Il crée des situations de précarité et des jeux malsains de concurrence. Il broie les égos, déchire les familles et pousse les gens à bout.
Parfois cela se traduit par la peur du lendemain, de ne plus pouvoir remplir l’assiette de son enfant. Comme dans Le Voleur de Bicyclette. Parfois, cela se matérialise par commettre l’abject. Comme dans Le Couperet. Le capitalisme rend marteau.

Chroniqueur: Nicolas
Animation: Judith

Réalisation: Olivier

Première diffusion antenne: 17 avril 2026

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Une publication de Nicolas


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