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Arts vivantsCultureLa Quotidienne

COMMUNS SINGULIERS

Pierre | 25 mars 2021

La far°Fabrique des Arts Vivants de Nyon propose d’entrer en correspondance avec Laurent Pichaud et l’équipe artistique du projet … en jumelle
Ce projet vous invite à faire des expériences perceptives dans votre environnement proche, votre domicile ou autour de chez vous, et à trouver une façon de les restituer. Il peut s’agir d’une lettre, d’un dessin, d’une photo ou de n’importe quel support de votre choix qui puisse être transmis facilement par voie postale. (…) Cette proposition collective cherche à inventer des manières de créer et maintenir les liens entre des personnes éloignées géographiquement, à stimuler la créativité au quotidien, à provoquer des expériences artistiques « locales » à partager en se jouant de la distance. Avec la pandémie de Covid-19 que nous vivons, il est plus que jamais urgent d’explorer ce qui nous rassemble.

Pierre tu t’es inscrit en qualité de participant et tu viens de recevoir une lettre de New-York.
Qu’est-ce qu’elle raconte cette lettre ?

Pour des raisons de confidentialités, je vais rester quelque peu vague sur l’identité de mon correspondant et de ses proches…
La lettre débute ainsi :
« Cher Pierre,
Je m’appelle… » Il commence par se présenter puis il enchaîne :
« Je vous écris cette première lettre pour en jumelle en correspondance, Je suis un compositeur et acteur qui vit à Brooklyn aux USA ».
Présentations faites, il nous parle de sa table de la salle à manger
« Cette table est l’endroit où je passe le plus de temps, spécialement depuis le début de la pandémie. Je me demande combien d’heures je suis resté assis ici depuis un an. Je n’ai jamais vraiment été quelqu’un qui aime travailler à un bureau. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours préféré m’installer travailler sur la table de la salle à manger pour avoir plus de chance de parler à quelqu’un plutôt que faire mon travail. Maintenant j’apprécie plus la solitude qu’avant, mais je continue d’aimer travailler dans la salle à manger. Cette table appartenait à ma grand-mère. Je les prise de chez mes parents quand j’avais 21 ans et 20 ans plus tard, elle est encore là, avec moi. Je me demande combien de temps elle a appartenu à ma grand-mère et si elle s’en servait aussi pour travailler ou seulement pour servir les repas ».

Ok, je vais aussi lui parler de ma table ou plutôt notre table.
Une belle table en bois avec des pieds rouges, nous avons 4 chaises assorties mais qui fatiguent. Les chaises ont l’assise en paille et un cœur est sculpté sur le dossier.
Nous avons reçu cette table à l’occasion de notre mariage, un cadeau de ma belle-mère.
Cette table nous permet de partager les repas que je prépare.
Nous sommes trois, mon épouse, notre fils et moi.
La table fait aussi office de bureau à mon épouse et à mon fils, elle est toujours encombrée, un archéologue pourrait y découvrir par strates non seulement notre régime alimentaire, mais aussi les objets d’études de ma compagne ainsi que quelques lettres, factures en attente. Quelques fourmis se promènent parfois dessus.
Une autre table, la petite table qui me vient de mon grand-père se trouve dans la chambre à coucher. Elle est minuscule, juste de la place d’y poser une machine à écrire. Un tabouret l’accompagne. Mon grand-père, écrivain et traducteur y travaillait dessus pendant des heures. C’était spartiate.
Être assis à cette table, me rapproche de lui, même, si j’ai troqué le tabouret par une chaise plus confortable. La table fait face à la fenêtre, je l’ai positionnée là, au début du premier confinement, il y a une année. L’envie de lumière, le besoin du monde extérieur. Nous avons organisé notre appartement pour que nous ayons chacun, un espace qui soit notre « bulle ». Le premier confinement était plutôt strict, nous n’osions pas trop nous aventurer dehors.
Nous vivons face à un cimetière qui est devenu notre échappatoire. Je ne peux pas te dire combien de tours, nous avons accomplis.

Je reviens à ta lettre

« J’habite au rez-de-chaussée d’un bâtiment de 3 étages, dont la vue ne va pas très loin. À travers la fenêtre, côté rue, je vois une portion de rue point ce n’est pas une grande vue, mais c’est une très jolie partie de la ville – très Brooklyn point mon siège habituel tourne le dos à cette fenêtre un peu lointaine et mon colocataire s’assoit lui de l’autre côté de la table, ce qui fait qu’il voit beaucoup mieux la rue comme moi ce qui se passe dans la rue point parfois il m’a dit que ce qui s’y passe Or où quand il sort fumer une cigarette parce que nous sommes au niveau de la rue j’entends des bribes de conversation tout le temps point au printemps et en été, certains des adolescents du voisinage chevauchent leurs scooters et rigolent toute la journée. »
Mon correspondant me décrit, étage par étage, ses voisins.
Il m’indique quelles sont leurs activités et la relation qu’il entretient avec eux.
J’avoue ne pas être dans la même veine et ne pas cultiver une relation forte avec eux.
Il faut dire qu’ici ça déménage beaucoup et que la fête des voisins, c’est de l’histoire ancienne.
Vous l’avez compris se confronter à l’inconnu, c’est interroger qui vous êtes et comment vous vous définissez. Je vais prendre quelques photos qui lui permettront de m’imaginer, je lui donnerai le lien du podcast de cette chronique, il aura ainsi le son de ma voix.
Je salue la démarche artistique originale et qui fait du bien en ces temps où nous sommes contraints de nous protéger du monde extérieur. Je me réjouis recevoir les futures lettres que je ne manquerai pas de partager avec vous… Peut-être.

Une publication de Pierre


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