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DébatEn Apesanteur

La culture peut-elle briser l’exclusion sociale ?

Céline | 12 juin 2026

On prête souvent à l’art des vertus thérapeutiques, voire miraculeuses. On dit qu’il émancipe, qu’il permet de se réapproprier son histoire ou qu’il agit comme un vecteur d’intégration. La culture a-t-elle donc le pouvoir de briser les barrières de l’exclusion sociale? Ou est-elle juste un vernis qu’on pose sur des inégalités bien plus profondes ? Et si l’art libère, à quelles conditions y parvient-il vraiment?

De la démocratisation à la démocratie culturelle: Si l’on vante souvent le modèle d’une culture « pour toutes et tous », les institutions peinent, dans les faits, à diversifier leurs publics. Loyse Graf, médiatrice culturelle au Musée d’art et d’histoire (MAH), évoque des freins symboliques et physiques théorisés, entre autres, par le sociologue Pierre Bourdieu: la barrière de la langue, le sentiment d’illégitimité et la méconnaissance des codes.

Historien et théoricien de l’action culturelle, Mathieu Menghini abonde. Malgré les mesures prises pour lever l’obstacle économique, les chiffres de fréquentation des institutions ont peu évolué selon les catégories sociales. Il parle « d’un échec de la démocratisation culturelle ». Pour lui, il faut changer de paradigme. Plutôt que de vouloir « démocratiser la culture officielle, celle qui est subventionnée par l’argent public », il suggère de «secouer le monde de l’art lui-même pour aller vers une démocratie culturelle », qui valorise la diversité des expressions artistiques.

Construire avec les publics

La médiation culturelle se situe à mi-chemin entre ces deux approches. Depuis dix ans, l’association Destination vingt-sept joue le rôle d’interface entre les institutions culturelles et les structures sociales. « Notre particularité est de partir des publics », souligne un de ses médiateurs, Thierry Scherer. Chaque projet est ainsi co-construit dès le départ avec les participantes et les participants, des personnes éloignées des musées et des théâtres. « On part de questions très larges, comme qu’est-ce que la culture pour vous, puis on resserre petit à petit pour faire émerger des idées de thématiques et de formes », détaille Thierry Scherer.

Destination vingt-sept vient de terminer un projet avec Femmes à bord, une association qui accueille des femmes en grande précarité. Pendant un an, une cinquantaine d’entre elles, accompagnées par deux médiatrices, se sont rendues à l’opéra, au théâtre et au musée, puis ont réalisé des collages et des nappes en tissus. « Ces projets leur donnent une place, un espace pour s’exprimer où elles sont écoutées », note Léa Herquel, travailleuse sociale et responsable de la structure.

Elle observe que ces instants offrent aussi aux femmes des « petites pauses » leur permettant de « reprendre de l’élan » pour affronter un quotidien souvent lourd. « La précarité reste, évidemment, mais elles repartent avec des inspirations de parcours différents. Ces moments positifs renforcent l’idée qu’elles ont une place dans le monde, qu’elles doivent trouver leur chemin mais que tout est possible. »

Le pouvoir des émotions

Pour Mathieu Menghini, l’art émancipe lorsqu’il « travaille nos imaginaires, et donc l’orientation de nos actions ». C’est aussi « une énergie par les émotions qu’il génère ». « D’après les neurosciences, le contact avec des oeuvres d’art modifie notre activité cérébrale et active la sécrétion d’hormones comme la dopamine et l’ocytocine », ajoute Loyse Graf. Depuis 2022, le MAH a entamé une démarche de muséothérapie. Il collabore notamment avec des personnes victimes d’accidents cardiovasculaires et des jeunes femmes anorexiques. Le musée devient alors un espace de soins propice à diverses expériences sensorielles.

Pour Thierry Scherer, la force de ces initiatives réside dans le sentiment d’appartenance qu’elles génèrent chez leur public. « Si on a des références communes, on fait société », souligne le médiateur. Mathieu Menghini rappelle toutefois que « les problèmes socio-économiques doivent d’abord trouver des réponses socio-économiques. Les actions culturelles ne doivent pas chercher à les atténuer. »

Invité-es : Mathieu Menghini, Thierry Scherer, Loyse Graf et Léa Herquel
Animation : Céline
Production : Vanessa
Réalisation : Eva et Samuel
Rédaction web : Céline
Crédit Photo : Jehan
1ère diffusion antenne : 05/06/26
Publié : 12/06/26

Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Bourse aux médias de la Ville de Genève.

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Une publication de Céline


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