Journal de bord du pavillon #16
Mercredi 15 avril, jour 16.
L’homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C’est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur. Simone Weil
Hier, je vous parlais de la sieste d’Androo et du calme inhabituel du Pavillon. Aujourd’hui, avec le retour du soleil et du pollen (n’oublions pas que nous sommes aux acacias) le parvis change de visage. À peine arrivée, je tombe sur un homme assis en position du lotus, à même le goudron, juste au bord de la route. Il médite en chantant doucement, comme s’il se trouvait… en apesanteur. Juste à côté de lui, dos à l’entrée du bâtiment, une nouvelle œuvre prend forme sur une toile de tissu. L’artiste Amikal y réalise un graffiti à partir d’un mot qui lui a été donné par Thomas Hirschhorn: « anorexie ». Un trouble encore trop souvent invisibilisé, ici ramené au regard de toutes et tous. Le résultat est encore en cours, mais déjà frappant. Une pièce qu’il faudra venir voir sur place car certaines choses ne peuvent pas passer par le seul récit.
Les surprises ne s’arrêtent plus aujourd’hui. Voilà que des goodies sont apparus à l’accueil. Une sorte de pied de nez aux classiques bananes de festival qui restent au fond d’un placard au bout d’une saison. Ici, on distribue des sacs en carton à anses, chacun marqué d’une lettre. Une sorte d’abécédaire à porter autour du cou. Derrière ce projet: Paul, fraîchement arrivé, qui assume l’initiative. «Je suis nouveau, alors je veux montrer que je fais plein de trucs», me confie-t-il dans un sourire.
Et sur ma gauche, ça dort autant que ça se met à l’ouvrage. Dans l’espace de broderie philosophique, un petit club s’est formé, aiguilles en main. Parmi eux, Ricardo, passé voir le studio un peu plus tôt, qui m’a confié préférer les chansons romantiques au rock’n’roll… T’inquiète pas, Ricardo. Avec Radio Vostok, on t’aura convaincu du contraire avant le 16 juin.
Côté musique justement, Sera Giorno nous passait dans l’après-midi des sonorités à base de violon, qui m’ont plongée dans d’intenses réflexions sur la vie. Au point de me retrouver, l’espace d’un instant, dans la peau d’une femme du XVIIIe siècle, seule devant un feu de cheminée, se demandant quoi faire d’un mari qui aurait contracté la syphilis.
Sur ma droite, une structure en carton s’élève dangereusement. Est-ce un labyrinthe? Un château? Encore difficile à dire pour l’instant, mais j’ai déjà envie de m’y réfugier. Que peut bien cacher cette nouvelle construction? Pour le savoir, il faudra écouter En apesanteur ces prochains jours…
–
Chronique : Judith
Réalisation : Xochitl
Première diffusion antenne : 15 avril 2026
Publié le 19 mai 2026
Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Commentaires
Pas encore de commentaire pour cet article.