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Un jour avec mon père : le réalisme magique

Nicolas | 11 mai 2026

Dans la quantité de films qu’on peut regarder, il y en a des pas mauvais. Mais il y en a aussi qui donnent envie de tout arrêter. Ce genre d’expérience qui remet en question toutes nos heures perdues devant un écran. Parfois on se dit «à quoi bon gaspiller 2h de ma vie pour ça??».
Puis, de temps en temps, une oeuvre nous rappelle pourquoi on aime le 7ème art. Un jour avec mon père, qui n’est pas le début d’une anecdote mais le titre du film, m’a rappelé pourquoi. Le réalisateur, Akinola Davies, a sauvé mon amour.

Le long-métrage va nous plonger au coeur de Lagos, l’une des plus grandes villes du Nigéria. On va y suivre deux frères, Olaremi et Akinola, qui ont 11 et 8 ans. Ils vont y passer une journée avec leur père, Folarin.
Folarin est un papounet aimant mais absent, puisqu’il doit travailler loin de son village où vivent sa femme et ses deux fils. Et se déplacer entre leur petite bourgade et la métropole est un chouya compliqué. Lorsque le père décide d’y aller avec les deux garçons, ils vont alterner entre mini-bus qui tombe en panne, autostop et marche à pied. Un véritable périple en somme…

L’histoire se déroule en 1993, le jour où l’élection présidentielle a été annulée par l’armée. Cette poétique journée père/fils prend donc place durant un événement politique dramatique. Les espoirs de démocratie sont anéantis par les militaires, qui rôdent dans les ruelles, tout au long du film. Leurs regards croisent souvent ceux de nos trois héros. Malgré l’apparente innocence de cette balade, la tension est donc constante.

Le tout est mis en scène de manière brillante. Le film est du point de vue des enfants. Et là ou c’est plutôt intelligent, c’est que la caméra est posée à leur hauteur. Pendant 1h30, comme eux, nous ne comprenons donc pas tout ce que fait leur père. Nous sommes placés derrière lui lorsqu’il échange quelque chose avec l’un de ses amis. Le plan resserré sur son dos ne nous permet pas de voir quelle est la nature du troc. Nous n’entendons pas non plus toutes ses conversations. Comme lorsqu’il discute avec sa soeur et que les deux sont très loin dans le cadre. L’échange est trop éloigné pour les oreilles des enfants, et donc des nôtres. Cela dit, comme des gamins, nous comprenons parfois plus que ce que les adultes croient. Je pense à une scène, dans un bar, où d’un simple regard, l’un des frères comprend que son père et la serveuse ont un passif amoureux…

Dans un entretien donné à la revue de cinéma critique et décoloniale Emitaï, le réalisateur parle de réalisme magique. Je trouve que ça décrit vraiment bien ce que l’on voit à l’écran et surtout ce que l’on ressent.

Réalisme, parce qu’à certains moment, nous sommes proches du quasi-documentaire. Comme lorsqu’on se balade dans les marchés de Lagos débordants de bric à brac. Ou lorsque la caméra montre en gros-plan les visages des passants. Ou encore pendant qu’elle filme des mains cuisinant des plats à base de riz et de viandes. Je trouve ça beau de prendre le temps de filmer la vie qui grouille autour des protagonistes. C’est plutôt rare dans la fiction où tout doit servir l’avancement de l’intrigue. On oublie souvent la vie qui existe autour de l’action.
Le réel découle aussi évidemment du contexte politique dans lequel l’histoire s’inscrit. Certaines scènes sont entrecoupées d’images d’archive, ce qui renforce ce lien avec le documentaire.

Magique car Un jour avec mon père est onirique, même un peu fantastique. C’est ce qui le rend si singulier. Ça se retrouve dans la beauté presque irréelle de certains plans. Il y a un passage où nos trois personnages marchent sur le sable, devant une immense épave de bateau. Le gigantisme du navire a presque des allures d’un vaisseau spatial dans Star Wars.

Mais la magie se retrouve presque littéralement dans certaines séquences. Le réalisateur regorge là aussi d’idées de mises en scène. Les enfants vont halluciner la présence de leur mère. Ils la verront assise sur une chaise, alors même qu’elle n’est pas là. Bien qu’absente de l’histoire, elle constitue pour eux un endroit de réconfort. Elle les rassure. Il y a aussi une scène poignante sur la plage entre Folarin et Olaremi. Ils vont discuter des liens familiaux, des traditions, de l’amour d’un parent. Le sens de leur dialogue va prendre une tournure mystique sur la signification du prénom d’Olaremi. Pendant cette séquence, le père va enrouler un collier autour du cou de son fils. Le montage va rejouer cette action à deux endroits et deux moments différents. Une première fois sur le sable, une autre fois dans l’eau. On ne sait donc pas quelle action a vraiment eu lieu. Il nous perd sur ce qui est réel ou non.

En sortant de la séance, j’étais aussi entre deux mondes : mon corps était à l’extérieur, sous la chaleur bien palpable du soleil de Genève. Mon esprit, lui, était encore sous celui de Lagos… Et… je crois… que c’est encore le cas. Un jour avec mon père fait partie de ces films qui restent en nous. Et c’est pour ça que j’aime le cinéma!

Chroniqueur: Nicolas
Animation: Judith
 et Lillia
Réalisation: Lillia

Première diffusion antenne: 12 avril 2026
Crédits photos: MUBI

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Une publication de Nicolas


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