« Totalitarisme helvétique ?! », le film qui dérange
« Totalitarisme Helvétique ?! » Le dernier film de Daniel Künzi sur les mesures Covid en Suisse a été refusé par tous les cinémas genevois. Seule la petite salle du CDD aux charmilles a accepté de le diffuser.
Dans son film, Daniel Künzi affirme que la Suisse, souvent citée comme modèle de démocratie, a basculé dans le totalitarisme durant la pandémie. Pour le prouver, il aligne les témoignages. Aucun expert politique ou sanitaire n’est cependant interrogé. Selon le réalisateur, personne n’a voulu lui parler.
Face à cette sortie cinéma de la semaine, l’équipe de RadioVostok était un peu empruntée. Est-ce qu’on devait, nous aussi, boycotter ce documentaire univoque aux piètres qualités journalistiques et cinématographiques ? Ou est-ce qu’on estime, que, malgré ses limites, il soulève des questions de fond qui valent la peine d’être abordées ? Nous avons choisi la deuxième option.
L’avant-première était organisée à l’auditorium Arditi. Comme tous les cinémas ont refusé le documentaire, le réalisateur a dû louer une salle à son nom. À 20h, la salle est pleine, les 600 places ont trouvé preneur. Sur les passerelles, des affiches anti-vax sont suspendues. Dans la salle, la chanson « Danser encore », symbole de la contestation contre les mesures sanitaires en France, est diffusée à fond.
La grande majorité des gens dans le public ont entre 50 et 70 ans. Beaucoup ont l’air de se connaître, se prennent dans les bras ou font connaissance sur place. J’ai l’impression de me retrouver au milieu d’une grande famille. D’ailleurs, en parlant de famille, c’est le fils de Daniel Künzi qui, après avoir fait le securitas à l’entrée, joue le Monsieur Loyal de la soirée. Il introduit son père tel une guest-star. Sur l’estrade, le réalisateur salue ses « amis lutteurs », comme il dit, et remercie les dizaines de milliers de manifestants qui se sont opposés au pass sanitaire. Sans eux, il n’y aurait pas eu de film, affirme-t-il sous un tonnerre d’applaudissements.
Le documentaire est composé presque uniquement des témoignages de personnes lésées par les lois Covid. Aucun fait n’étant recoupé, c’est difficile de savoir exactement ce qu’il s’est passé.
Dans les histoires racontées, il y a un peu de tout. Beaucoup concernent des violences policières et des abus d’autorité. On a Pascal qui a failli être emmené au poste parce qu’il refusait de donner son mail au service du médecin cantonal, puis sa carte d’identité à la police. Il y a Alexandra, une jeune femme qui a subi une clé de bras parce qu’elle ne portait pas de masque dans la gare Cornavin à 22h. Ou encore Dominique qui a eu droit à une fouille corporelle et écopé d’une amende exorbitante parce qu’elle refusait, elle aussi, de mettre le masque. Selon Daniel Künzi, 8 000 personnes à Genève ont subi les conséquences répressives des lois Covid.
Au milieu de tout ça, des situations interpellent sur la proportionnalité de certaines mesures. Une infirmière et une hôtesse de l’air racontent par exemple comment elles se sont fait licencier parce qu’elles ne voulaient pas se faire vacciner. Un étudiant en médecine déplore que son recours au pass sanitaire obligatoire dans les salles de cours ait été rejeté par la Justice. Pour lui, cette directive était clairement disproportionnée alors que le Covid a toujours été jugé peu dangereux pour les jeunes.
Les seuls intervenants du film qui prennent un peu de hauteur sont le journaliste Jacques Pilet et l’ancienne conseillère nationale vaudoise PLR Suzette Sandoz. Les deux dénoncent la pensée unique dominante. Le fait qu’il est impossible de mettre en doute les décisions du gouvernement sans être considéré comme suspect. Pour eux, tant les médias que les autorités politiques ont joué avec la peur de la population.
C’est facile de dire ça une fois la crise passée, on est d’accord. Mais des questions méritent d’être posées : est-ce que la crise sanitaire justifiait qu’on restreigne certains droits fondamentaux comme la liberté de manifester ? S’il y a eu un excès de zèle, est-ce que l’urgence de la situation et la méconnaissance de la maladie peuvent l’expliquer, voire l’excuser ?
Au final, le film ressemble plus à un pamphlet mal construit, qu’à un documentaire. Il s’adresse à des convaincus plutôt que d’apporter une analyse critique sur des faits qui ont touché toute la population. En rediffusant des images de la pandémie, le film a toutefois le mérite de nous rappeler à quel point la période était particulière. À quel point elle a bouleversé tous nos repères. Cette crise sanitaire a clairement ébranlé la confiance en nos institutions chez toute une part de la population.
Parmi ces gens, il y a des extrémistes, mais pas que. Il y a aussi des gens qui doutent raisonnablement. Est-ce que leur défiance est fondée ? Je ne sais pas. Mais en s’épargnant un vrai examen critique de leurs actions, les autorités laissent le champ libre aux complotistes.
Loin de briser un tabou comme il le voulait, le film de Daniel Künzi ne fait que renforcer les clivages. Mais il confirme aussi l’urgence de faire un vrai documentaire impartial, fouillé et nuancé, sur cette période hors du commun.
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Chronique : Céline
Animation : Emma
Réalisation : Benno et Valentine
Crédit image: DR
Première diffusion antenne : 25 janvier 2024
Mise en ligne : Céline
Publié le 30 janvier 2024
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Killian
7 février 2024 at 10 h 29 min
La Suisse travaille de concert avec l’OMS pour mettre à jour des protocoles en cas de pandémie (livre bleu) et dès le début de l’une d’elle. Nos politiciens abandonnent notre plan d’action mondiale pour remettre en cause des fondements, des définitions sanitaires et des pratiques médicales codifié depuis des décennies.
Si c’est ça le contraire du totalitarisme et la volonté du peuple, je l’accepte et me réjouie que les politiciens appliquent la même recette à nos autres problèmes de société.
Alexa
27 avril 2024 at 8 h 29 min
Le totalitarisme pendant le covid était surtout dans les médias officiels qui ont fait une véritable propagande et internationale. Ils ont réussi à vacciner environ 80% de la population. mais en Suisse ça n’a pas l’air de poser problème.. ce qui m’a le plus choqué c’est la soumission de la population au discours officiel Personnellement je n’ai pas obéi et même sous la torture je ne prendrai jamais ce vaccin. Il y a tout de même des gens qui ont du courage mais tellement peu…