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Ella Maillart, une aventurière moderne

Radio Vostok | 24 janvier 2024

Ella Maillart. Ecrivaine et brillante exploratrice née en 1903 et morte en 1997. Figure incontestable de l’histoire genevoise, n’est-ce pas ?
Malheureusement pour elle, je l’ai longtemps associée à cet horrible bâtiment en préfabriqué gris qui a surgit un été à côté de chez mes parents. L’ECG provisoire avait été baptisée du nom de cette grande voyageuse.

Du haut de mon jeune âge, je me disais que si on avait rien trouvé de mieux à lui refiler que cet affreux cube en carton pâte, sa vie ne devait vraiment pas être si extraordinaire…. Ingrate, ignare ! Je n’avais pas encore conscience que les femmes illustres étaient si peu mises en valeur dans l’espace public genevois !

Lorsque j’ai vu que le Musée Rath lui consacrait une expo, je m’y suis ruée. C’était l’occasion parfaite pour rattraper mes jugements à l’emporte-pièce de jeunesse. De faire mon mea culpa en bonne et due forme.

J’y ai découvert une femme résolument en avance sur son temps. Ella Maillart était féministe avant l’heure. Par la vie qu’elle menait plus que par militantisme. Quand je lis son histoire, j’ai l’impression de lire celle d’une jeune fille intrépide d’aujourd’hui, les smartphones et les réseaux sociaux en moins. Pourtant, on est au siècle passé, bien avant mai 68 ! Et à cette époque, les barrières de genre, c’est quand même quelque chose !

Ella Maillart, elle, surfe sur les normes sociales. Les conventions lui glissent dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard. Rien n’arrête cette jeune femme qui a un goût profond de l’aventure. Elle veut relever des défis, découvrir le monde. Que personne n’entrave son destin ! J’admire cette audace à une époque où on attendait des femmes qu’elles explorent avant tout la cuisine.

L’expo retrace sa vie bien remplie. On y découvre plein d’objets de ses archives personnelles : des photos, des vieux laisser-passer, des cartes dessinées à la main et évidemment plusieurs de ses livres.

Un cliché en noir et blanc accroche mon regard. C’est une photo de famille. Ella Maillart est un bébé potelé. Son père, moustachu et à la calvitie naissante, est sérieux ; son frère Albert affiche un air renfrogné relevé par une imposante collerette blanche qui entoure son petit cou ; quant à sa mère, elle porte un chignon élégant et couve sa cadette d’un regard bienveillant. Imaginait-elle déjà que sa fille marquerait plusieurs générations de femmes ? Qu’elle recevrait des lettres d’admiratrices ?

Ella Maillart se distingue d’abord dans le sport. Elle skie et fonde le premier club féminin de hockey sur gazon en Suisse romande. Puis elle développe une passion pour la voile d’abord sur le lac et en mer. Elle participe aux régates des Jeux olympiques de Paris en 1924. C’est la seule femme et la plus jeune concurrente. Ça vous intimiderait? Moi aussi, mais pas elle ! Des photos la montre debout sur des lattes, puis assise sur un petit bateau. Le décor change, mais son regard est toujours aussi déterminé.

A partir des années 1930, les voyages occupent l’essentiel de sa vie. Elle va d’abord à Berlin, puis à Moscou, avant de partir à la découverte des contrées d’Asie centrale. Elle fait le voyage de retour seule en voiture sans permis et en évitant les postes frontières. Pas peureuse la jeune Ella, définitivement!

Au cours de sa vie, elle visite un nombre incroyable de pays : le Népal, la Chine, le Tibet, le Bouthan, le Japon, la Corée.. Bref, elle sillonne certaines des régions les plus reculées du monde! Ce qu’elle aime ? Sentir la poussière des routes et le souffle des animaux. Se perdre dans l’immensité du monde et se fondre dans des cultures lointaines.

Ses récits et ses photos de voyage nous plongent dans une époque où le tourisme était à ses balbutiements. Les grands Bouddha de Bamiyan se dressaient encore dans leurs grottes et les visas pour la Chine étaient délivrés en format A4.

Ça vous rend nostalgique ? Ok, j’arrête. D’ailleurs, Ella Maillart, elle aussi, restreint ses périples. Plus les années passent, plus le voyage devient intérieur. L’introspection et la spiritualité remplacent les virées à dos de chameaux. De retour en Suisse, elle s’isole dans son chalet à Chandolin, en Valais. Là-haut, perchée sur sa montagne au milieu des vaches et des marmottes, elle fait l’éloge d’une vie simple proche de la nature. Plusieurs de ses textes sont affichés en grands sur les murs du musée. Leur résonance avec le monde actuel est bluffante. Je me dis qu’elle avait vraiment tout compris.

Si de mon côté, j’ai revu mon jugement, la reconnaissance posthume de la voyageuse n’est pas gagnée chez tout le monde. Après l’ECG moche, c’est un petit chemin en cul de sac que la commission de nomenclature vient d’attribuer à la brillante écrivaine… Pour une femme qui aimait les grands espaces, on a vu mieux.

Le musée Rath consacre une exposition à Ella Maillart, jusqu’au 21 avril 2024. L’exposition est ouverte de 14h à 19h du mercredi au vendredi et de 11h à 18h du samedi au dimanche.

——
Chronique : Céline
Animation : Emma
Réalisation : Danae et Sébastien
Production : Ségolène
Crédits images : Ants Tammik – Alexandra Film
Crédit photo une : Anonyme, Longue descente dans les Monts
Célestes, Kirghizistan, 1932 / © Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne
Première diffusion antenne : 13 décembre 2023
Mise en ligne : Céline
Publié le 18 décembre 2023
Modifié le 23 janvier 2024
Mis en une le 24 janvier 2024

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