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CinemaÉcransLa Quotidienne

Shana : jeune et en colère

Nicolas | 26 octobre 2026

A la sortie du film, tu avais la tête grosse comme une montgolfière. Je me suis fait hurler dessus pendant tout le visionnage par Shana, le personnage principal. La réalisatrice nous raconte un petit passage dans la vie de cette jeune adulte. Entre conflits familiaux, religion et petit ami toxique, Shana a raison d’être en colère. Mais j’ai rien demandé moi. J’y suis pour rien.

La première scène donne le ton. La jeune femme est en train de jouer une partie de loup-garou. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, je ne me lancerai pas dans l’explication des règles. Je risque de vous embrouiller. Imaginez n’importe quel jeu de société, c’est plus ou moins la même chose. Tout le monde est autour d’une table. Il y a les personnes qui veulent absolument jouer et les autres qui sont pris au piège dans cette prison ludique. Et comme chaque jeu de société, quelqu’un finit par accuser un autre de tricher. Et plus personne ne s’amuse.
Shana fait partie de la caste des mauvaises perdantes. Elle vient d’être éliminée de la partie. Elle décide de gueuler sur sa pote. Une séquence hilarante qui donne aussi des indices sur ce que va être le film : une succession de conflits qui ne font pas forcément avancer la partie.

Le personnage passe d’un groupe à l’autre, d’une discussion et d’une dispute à une autre sans qu’une thématique claire se dégage. Beaucoup de choses sont d’ailleurs traitées littéralement plus que montrées. Le contexte de la relation amoureuse de Shana est expliqué mais pas montré. Elle est au téléphone, sur son canapé, et annonce à son interlocuteur «la justice dit que je suis sous emprise de mon ex et que je vivais des violences conjugales». Nous n’avons encore rien vu de cette relation et le dialogue nous donne d’emblée sa grille d’analyse. Cela enlève de la substance au propos. C’est dommage car quelques minutes plus tard, le film illustre la toxicité du petit ami. Shana est au téléphone avec lui et on voit la violence et la manipulation dont il fait preuve.

Malheureusement, Lila Pinell ne montre que des moments de vie assez banals. De ce fait, tout ne peut qu’être explicatif. Les personnages discutent sans arrêt. Même en boîte de nuit. Il y a un passage où Shana parle avec la serveuse, puis ses amis, puis un mec. La musique devrait couvrir les échanges. Ce n’est pas le cas. Elle arrive même à s’adresser au type alors qu’elle est à plusieurs mètres de lui. Ils ne peuvent pas s’entendre normalement. En tout cas, pas à ce volume sonore. La boîte de nuit est silencieuse. La musique ne dérangerait même pas un vieux dans le tram. Les clients de la boîte ne font aucun bruit.

Je pinaille mais je trouve que c’est assez symptomatique de la mise en scène. La réalisatrice ne veut pas filmer le silence. Elle passe par la parole. Même dans un lieu où ce sont les corps qui s’expriment.
Les quelques silences sont même comblés par une voix off. Ce procédé revient deux ou trois fois. Encore une fois, il n’a qu’une valeur informative. Il ne vient pas souligner les tréfonds émotionnels de l’héroïne. Il n’a pas de portée symbolique.

En parlant de symbolisme, il y a une sorte d’enjeu par rapport aux dix plaies d’Egypte. Shana vient d’une famille juive. La bat-mitsva de sa petite soeur est en train d’être organisée. Il y a tout un discours autour de la religion. Shana est confrontée, dans sa vie, à certains de ces fléaux. Elle est recouverte de pustules lors d’une séquence, par exemple. La scène d’après elle n’en aura plus. Je ne suis pas le grain de café le plus moulu du sachet, mais je ne comprends pas. Ces événements semi-fantastiques viennent par-ci par-là et ne sont pas traités en profondeur. Ce sont presque des plans d’insert entre deux disputes.

Je pense que Lila Pinell a l’envie d’avoir du recul sur les images. Elle veut laisser la vie prendre le pas sur les enjeux. Elle souhaite presque dérober des moments d’existence comme si elle les prenait sur le vif. Il faut savoir que la réalisatrice vient du documentaire. Elle a d’ailleurs rencontré l’actrice qui interprète Shana, Eva Huault, dans le premier qu’elle a réalisé. «Nous arrivons» pour celles et ceux qui veulent y jeter un oeil.

À mon avis, son approche vient de là et elle n’a pas réussi à s’en émanciper. Elle pose la caméra et elle regarde où l’action la mène. Je pense qu’il y a une part d’improvisation dans le film. C’est une bonne idée pour obtenir du naturel. Mais cela peut apporter de la confusion dans la mise en scène. Ça peut arriver qu’un personnage marche dans une pièce et qu’il se retrouve à moitié dans le cadre. L’approche est peut-être trop naturelle, justement, pour de la fiction. Peut-être aussi que les situations filmées ne sont pas assez variées pour être le portrait d’une certaine jeunesse. Peut-être qu’elle a trop essayé de courir après le vrai. Peut-être que j’ai eu l’impression de me faire gueuler dessus et que je boude. Peut-être bien.

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Chroniqueur: Nicolas

Animation: Lionel

Réalisation: Noé
Première diffusion antenne: 22 octobre 2026

Crédits photos : Ecce Films – CG Cinéma

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Une publication de Nicolas


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