RTS: Le grand saut vers le futur
En 2026, la RTS vit une révolution historique : votation sur la redevance qui interroge son financement, déménagement de ses équipes sur son nouveau site de Lausanne, le média romand se réinvente. Pour comprendre ces mutations, l’historien François Vallotton publie l’ouvrage Un siècle de radio-télévision, un éclairage essentiel pour saisir comment un siècle d’histoire nous aide à relever les défis numériques et démocratiques d’aujourd’hui.
«Le service public n’a pas un arbitraire complet dans sa conception même de l’objectivité: celle-ci est liée à un certain nombre de garde fous, notamment constitutionnels et juridiques» affirme François Vallotton, rappelant l’importance de nos médias publics. En effet, liés à un cahier de prestations précis, ils sont dans l’obligation de montrer divers points de vue et obéir à une impartialité prévue par la loi, diffusant une programmation qui doit être au service de l’intérêt général. Ainsi, le service public a un caractère non commercial et ne répond pas aux lois du marché, «quelque chose d’extrêmement précieux» pour l’historien, qui déclare que les logiques commerciales «amènent non plus à un partage équitable de la parole mais à sa monopolisation pour des acteurs économiques puissants».
Des critiques du service public
Malgré l’ambition de servir l’intérêt général et de distribuer la parole, les médias publics sont critiqués, comme le montre la votation concernant la redevance le 8 mars. Selon François Vallotton, cela est lié à plusieurs facteurs, notamment au fait que le public n’est plus lié à un seul média, puisqu’on assiste à la globalisation et donc la démultiplication de l’offre de l’information, et qu’il n’a donc plus envie de payer pour un service qu’il n’utilise que partiellement. Mais outre la question financière, notre invité rappelle la composante politique qui est au cœur des débats, en Suisse comme ailleurs. Il explique : «depuis une quinzaine d’année le service public est remis en question dans tous les pays européens par des forces politiques qu’on peut classer comme populistes, proches de l’extrême droite, et qui se battent contre le service public pour des raisons politiques et idéologiques». Bien que ces forces mobilisent les arguments du maintien du pouvoir d’achat de la population et de la liberté de chacun, l’historien souligne que ce courant « est extrêmement fort et qu’il porte sur le service public comme un élément d’un débat démocratique qu’on a un peu envie de mettre sous le boisseau ».
À la lumière des recherches effectuées pour son livre, François Vallotton rappelle cependant que les débats autour des services publics existent depuis leurs créations, les critiques émanant de la droite comme de la gauche face à des médias «producteurs de consensus». Certaines dates restent alors clé dans les crises liées à la partialité des médias publics : notre invité nous rappelle par exemple le début des années 70, au lendemain des mouvements de mai 68, où la télévision accueillait une nouvelle génération de journalistes plus politisés et où l’UDC s’était fortement mobilisée face à des nouvelles émissions qui «introduisaient à la fois des nouveaux sujets de société et qui amenaient un nouveau type de traitement de l’actualité».
Une histoire de concurrence et de complémentarité
Outre les critiques externes dirigées contre les service public, le travail historique de François Vallotton met en lumière les tensions internes qu’ont pu connaître la radio et la télévision. En effet, tout comme la presse avait été très sceptique à l’apparition de la radio, craignant que celle-ci ne prenne trop de place dans le milieu de l’info, la radio a d’abord perçu la télévision comme une concurrente qui n’était pas la bienvenue. Cependant, l’historien raconte que les deux médias ont réussi à trouver un certain équilibre : dans un premier temps la télévision était uniquement un média du soir, qui mettait l’accent dans son contenu sur l’actualité internationale et sur les reportages, alors que la radio restait un média davantage de proximité, entretenant un contact privilégié avec son public. De plus, notre invité explique que, dans les années 70, «on peut parler d’une première grande convergence médiatique», sur deux aspects. D’une part, une convergence technologique, puisque la radio et la télévision ont de nombreuses similitudes sur le plan technique et d’autre part, une convergence institutionnelle, car c’est le dispositif de la SSR qui va être privilégié pour l’institutionnalisation de ces deux médias.
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Invité: François Vallotton
Réalisation: Marlon
Animateur: Lionel
Production: Sonia
Rédaction web: Clara
Crédits photos: SSR
Première diffusion antenne: 28 janvier 2026
Publié le 2 février 2026
Modifié le 16 février 2026
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