Project 72 – The Odd Sessions: Vous avez dit bizarre?
Les membres décrivent leur musique comme étant du cow-rock (oui, comme la vache), et plutôt à juste titre! »For What it Is », le premier morceau de l’album, sent bon le cuir, la galopade dans les grands espaces poussiéreux, et le tord-boyaux maison.
Mais »The Odd Sessions », c’est pas juste une ode à Ennio Morricone. D’après une petite bio du groupe, tout est opposition et ambiguïté, et on le ressent pendant que les morceaux se déroulent. »What Can I Say » nous plonge dans une ambiance disco avec une grosse nappe de clavier en intro, et si on tend l’oreille, la voix fait même une référence (voulue ou non, qui sait) à la mélodie de »Free From Desire ». À l’inverse, le slow de l’album, »Musik Makers », commence doucement et arrive sur une partie rock-psyché, avec le batteur qui bourrine ses cymbales et des harmonies bien fournies.
Quand j’écoutais l’album, j’avais l’impression de mater un film. J’ai vraiment senti une belle maîtrise des structures, autant dans les morceaux eux-mêmes que dans l’album en général, même si certaines tracks contenaient des moments un peu trop suspendus (on y reviendra). Pour l’album en général, on a vraiment l’impression de passer de scène en scène d’un film. Ça commence sur »For What It Is » avec une course-poursuite dans les plaines de l’Arizona, on passe ensuite par une ambiance mystérieuse digne d’un polar avec »That Sound », et la conclusion prend la forme d’un voyage introspectif avec »What Can I Say ».
Au niveau de la composition, on entend souvent une opposition assez harmonieuse entre l’ambiance lourde et les mélodies légères des morceaux. Ça fonctionne très bien, même si ça pourrait être un peu plus poussé. Peut-être que j’ai déjà l’audition flinguée, mais je trouvais parfois que si l’ambiance était au rendez-vous, la puissance se faisait timide. Ce manque de gros murs de son se fait particulièrement ressentir lors de certaines parties qui se répètent, sans de réelle évolution au niveau de l’harmonie ou des arrangements sonores. Et du coup, quand on arrive sur la résolution et qu’on s’attend à ce que ça pète, ça pète en demi-teinte. C’est dommage, parce que les morceaux sont vraiment bien construits. On peut prendre par exemple le morceau »And She Is Crying », avec sa transition aussi smooth que la fourrure qu’un bébé phoque, qui arrive après 3 minutes lancinantes et mélancoliques. La manière dont c’est amené est assez intéressante. On voit plus ou moins venir le truc, mais on ne sait pas encore dans quelle direction ça va aller, et une fois qu’on y est, ça paraît évident. C’est la force des morceaux de Project 72. Le son est organique et naturel, mais il y a toujours un petit élément de surprise qui finit par arriver.
Pour revenir sur l’allégorie du cinéma, quand on écoute »The Odd Sessions », on regarde un film bien ficelé avec quelques plot-twists qui appuient la dynamique de l’histoire. Il y a un rythme qui fluctue entre les morceaux, ce qui donne plein de rebondissements, appuyés davantage par le choix des sons. Que ce soit les éléments de la batterie, les effets de la guitare, ou bien les sons du claviers, tout est pertinent, ce qui est en plus renforcé par le mixage de l’EP. On a un tout bien équilibré, et chaque instrument est mis en avant comme il faut.
Mais au final, pourquoi The ‘’Odd’’ Sessions? L’album est-il censé détonner des précédents?
Honnêtement, aucune idée.
Cependant, j’ai remarqué un pattern dans les noms des EP. Project 72 ont sorti ‘’The Mud Sessions’’ en 2017, ‘’The Blood Sessions’’ en 2019, et on a maintenant ‘’The Odd Sessions’’ en 2024. Il y a un truc qui se cache là derrière, je vous dis. Mud, Blood, Odd, est-ce que le prochain EP s’appellera ‘’The Flood Sessions’’ pour parler d’inondations et rester dans la rime? En tout cas je suis en pleine enquête, il y a tellement de feuilles et de photos épinglées sur les murs de ma chambre qu’on dirait le bureau d’un conspirationniste, les platistes c’est des petits joueurs à côté de ça. Je vous tiendrai au jus de mes progrès, si je finis pas en asile d’ici-là.
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Chronique : Lionel
Animation : Emma
Réalisation : Marlon, Christian
Première diffusion antenne : 21 octobre 2024
Crédit photo vignette : Julien Marty
Crédit photo fond : Though Emotions Photography
Publié le 28 octobre 2024
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