Porteous: De la friche culturelle à la fondation
Huit ans après l’occupation de l’ancienne station d’épuration d’Aïre, le projet de centre social et culturel sur le site porté par l’Association Porteous prend un tournant : la création de la fondation Porteous. Un pas décisif pour pérenniser le projet tout en confrontant ses acteurs à un défi majeur : conserver l’esprit libre et engagé de l’occupation face à l’institutionnalisation de leur initiative.
En 2018, l’ancienne station d’épuration d’Aïre, construite en 1967 et laissée à l’abandon depuis plus de vingt ans, a été investie par le collectif « Prenons la ville ». Cette occupation a marqué le début d’une aventure culturelle et sociale hors du commun. Dès 2019, l’association Porteous, née de cette initiative, réinvestit le bâtiment pour y développer un projet collectif mêlant transformation urbaine, création artistique et engagement citoyen. Le premier espace du futur centre culturel, le Chic and Shlag, voit le jour en 2023, ouvrant la porte à des concerts, projections, discussions et chantiers collaboratifs. Trois ans plus tard, Porteous franchit une nouvelle étape avec la création de la fondation Porteous.
La fondation : une entité plus solide
L’objectif de cette fondation est de porter le projet de transformation et de rénovation du site. Charlotte Magnin, coordinatrice de l’association Porteous, nous explique dans la matinale : « il faut forcément une entité assez solide pour pouvoir à la fois recevoir des budgets d’investissement assez conséquents mais aussi une instance qui puisse recevoir le transfert du bâtiment puisque c’est le canton qui en est actuellement propriétaire ». Et si la coopérative a été un temps envisagée, ce modèle, tout comme l’association, ne dispose pas des capacités nécessaires pour les différentes missions à accomplir.
En effet, Charlotte Magnin liste les nombreuses tâches affectées à la fondation : « Le principal défi va être de trouver des fonds, qui vont être conséquents étant donné la taille du bâtiment, de démarcher des fonds privés et des fonds publics, et de porter un projet de loi qui va permettre à la fois d’obtenir un budget et de pouvoir faire le transfert de ce DDP, qui est un droit de superficie, du canton à la fondation ».
Ce projet de loi est au cœur du projet, et l’une des raisons pour lesquelle la fondation a été choisie comme modèle de gouvernance. Charlotte Magnin précise toutefois que l’association n’a pas été sortie du processus : « ce qui est assez chouette c’est qu’on a vraiment pu être partie prenante avec l’association dans la mise en place de cette fondation […] on a vraiment pu réfléchir en commun sur les personnes amenées à composer cette fondation, on a fait aussi un énorme travail sur les statuts pour être sûr-es que les buts reflètent les valeurs du projet et soient à même de les pérenniser ».
Antoine Cramatte, également coordinateur de l’association Porteous, ajoute que l’étude de faisabilité, réalisée en 2024 permet de fixer le futur de ce bâtiment, d’avoir une première estimation des coûts et d’amener des éléments visant à porter ce projet de rénovation et transformation.
Une transition vers l’institutionnalisation
Comité de fondation, projet de loi, étude de faisabilité, Porteous a entamé sa transition vers un modèle plus institutionnalisé, ce qui peut poser des questions pour une association issue d’une occupation illégale. Antoine Cramatte nous explique que cette réflexion est présente depuis 2019, date à laquelle les occupant-es de Porteous ont entamé des discussions avec le canton de Genève, ce qui a créé un moment de scission : « On est rentré dans des logiques qui étaient différentes, on savait qu’on devait se fédérer en association, on savait qu’on allait repartir pour construire quelque chose d’autre, on était plus dans des perspectives de luttes anti-carcérales ».
Concernant cette nouvelle phase d’institutionnalisation, Antoine Cramatte évoque les défis : « ce sont de gros enjeux que de devoir faire du lien entre une occupation et un projet institutionnel »
Une situation inédite, que les deux coordinateur-rices de l’Association Porteous voient comme une opportunité. Antoine Cramatte relève notamment : « on a pas mal de choses à réinventer, on remarque qu’il y a certains paramètres et certaines valeurs qu’on a dû quitter mais en avançant on remarque aussi toutes les valeurs qu’on peut renforcer et tout ce qu’on peut maintenant amener dans le projet qu’on a peut-être dû laisser de côté un moment et qu’on va pouvoir aussi visibiliser ». Charlotte Magnin nuance : « ça reste un jeu d’équilibriste, où il ne faut pas perdre les valeurs qui ont vu la naissance de ce projet mais profiter de cette mise en lumière de cette scène qui s’offre avec Porteous ».
Nouvelle structure, même esprit
Antoine Cramatte le souligne, les relations avec les institutions et les autorités ont toujours été bonnes : « on a toujours eu notre mot à dire, et on a toujours été invité-es à l’exprimer ». Des liens construits sur la durée. Mais avec cette nouvelle étape, la création de la fondation, les membres de l’association ont tenu à rester particulièrement vigilant-es, afin de conserver la maîtrise du projet.
Cela est notamment passé par l’implication dans le choix des membres du Conseil de fondation : « on a participé activement à les choisir, et on a vraiment pris un très beau panel de personnes qui sont autant actives dans le domaine culturel, social, dans l’architecture ou l’urbanisme, et c’est beau parce que ça mélange vraiment des professionnel-les, des expert-es qui ont un énorme background dans leurs domaines donc qui sont aussi à même de nous conseiller, de pointer du doigt les écueils et de se battre à nos côtés sur certains sujets ».
Parmi ces 13 membres, on retrouve par exemple des personnes là depuis le début comme Loan Gygax, ancien membre de l’association, qui connaît intimement le projet, l’architecte Mireille Bonnet ou encore Katrin Kettenacker, professeur à la HEAD, qui résume l’esprit de ce conseil de fondation par cette phrase, cité par Charlotte Magnin : « la fondation on la voit dans le sens littéral comme les fondations d’un bâtiment ».
Une programmation pour créer du lien
Ce tournant dans la gouvernance de Porteous s’accompagne également d’une orientation forte pour la programmation : encourager les rencontres. Antoine Cramatte, en charge de la programmation à Porteous, développe : « ça va renforcer certains aspects de la programmation toujours dans le but d’inviter des gens à venir découvrir cet espace sous toutes ses facettes, l’idée c’est toujours de faire de plus en plus de liens avec son entourage et son voisinage ».
Des événements impliquant les habitant-es d’Aïre et du Lignon sont ainsi prévus, tout comme des collaborations avec d’autres associations déjà présentes sur le site, telles que Recycle et Ultrarécup. Antoine Cramatte souligne également que la programmation ne se limite pas à la musique, mais propose des formats et des contenus variés.
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Invitées : Charlotte Magnin et Antoine Cramatte coordinateur/rices de l’association Porteous
Journaliste : Emma
Réalisation : Léo
Première diffusion antenne : 8 janvier 2025
Rédaction et mise en ligne : Emma
Crédit photo : Greg Clément
Publié le 19 janvier 2025
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Wahl
12 janvier 2026 at 21 h 19 min
Ouiiii longue vie à Porteous