Megalopolis : le film tant attendu de Coppola est-il kitsch?
La chronique de ce soir porte sur un film attendu par les cinéphiles du monde entier depuis presque des décennies, c’est un peu comme si Dr Dre sortait enfin son nouvel album, ou que Zidane rechaussait les crampons au Real Madrid 😉 Une espèce de chimère. Ce film c’est Megalopolis du réalisateur culte américain Francis Ford Coppola. On ne présente plus les grands classiques qu’il a réalisé : la saga des Parrain, Apocalypse now, Dracula, Les Tuche (non ça c’était juste pour voir si vous suiviez).
Ses derniers films étaient passés un peu plus inaperçus – Tetro en 2009 et Twixt en 2011 – mais là il a mis le paquet en termes financiers et esthétiques – j’y reviendrai plus tard – pour que le film soit marquant. C’est tout simplement la grande œuvre qu’il souhaitait faire depuis les années 80. Depuis lors, sa quête a été de trouver les financements pour réaliser ce long métrage de science-fiction antique et philosophique de plus de 2h30. Avec une telle description, on comprend mieux pourquoi les producteurs ont un peu hésité à se lancer dans l’aventure. Finalement, c’est principalement grâce à ses propres deniers qu’il a pu réaliser le film de ses rêves.
Malgré le budget, ce n’est pas un Blockbuster en mode Dune ou Marvel, C’est un objet filmique étrange. Megalopolis nous plonge dans un futur non clairement daté où apparemment il n’y pas eu beaucoup d’avancées technologiques – perso très déçu de l’absence de voiture volante à ce stade de l’évolution humaine quand même. Par contre le personnage principal joué par Adam Driver peut arrêter le temps. Pratique quand tu veux faire une petite sieste incognito dans la journée. Mais étonnamment le scénario ne tire rien de ce super pouvoir. Donc Megalopolis se déroule dans le futur, en Amérique, et plus précisément dans un NY déclinant en mode Empire romain. Les personnages principaux sont nommés Cicéron, Catilina, Claude ou encore Crassus. Pour donner une bonne idée de l’ambiance du film, on prend le côté oligarchique romain (des grandes familles qui contrôlent l’économie et la politique) transposé dans un futur qui ressemble furieusement à NY, et tu enrobes le tout de luxe décadent, d’un peu de dépravation…
L’histoire se veut tragique… mais elle est surtout très alambiquée. Pour essayer de la résumer simplement, on pourrait dire que dans un régime politique qui va mal, plusieurs conceptions de l’avenir s’affrontent à travers trois hommes : une voie progressiste représenté par Catilina un architecte /urbaniste joué par Adam Driver, l’autre conservatrice incarné par le maire joué par Giancarlo Esposito (alias Gustavo Fring dans Breaking Bad) et la dernière nihiliste personnifié par un riche héritier interprété par Shia le Beouf). Voilà, en bref c’est l’avenir de l’humanité qui se joue et ça ne rigole pas des masses je peux dire. Il y a de la citation philosophique en voix off du type : « Le devoir d’un prince est de résoudre les questions avant que l’émotion des sujets ne les ait rendus insolubles » (phrase non contractuelle). A cette intrigue principale, il faut rajouter des histoires de famille, de trahison, de meurtres, enfin bref une vraie tragédie mais sponsorisée par Versace pour le côté glamour trash.
Clairement, l’un des éléments les plus marquants du film est son esthétique psychédélique, luxuriante, parfois même kitsch ! C’est quand même très trippant. On se demande si Francis n’a pas arrêté la production de ses vins pour se mettre à des produits un peu plus illicites. C’est parfois très beau mais c’est surtout très chargé, chaque plan veut en mettre plein la vue, j’ai cru être de temps en temps dans une pub de parfum avec les ciels rosés ou violacés et limite un cheval au premier plan qui court dans le désert… Il faut dire que le film se veut un peu mystique, un peu philosophique, que veut-on pour le futur de l’humanité, quel devenir pour l’homme… ce sont clairement des questions posées voire rabâchées dans le film.
Avec ce scénario un peu foufou et cette recherche esthétique permanente, le film gagne une vertu : l’imprévisibilité. C’est absolument impossible de savoir ce qu’il va se passer dans la scène suivante, on est toujours surpris. Bon comme quoi surprise et ennui ne sont pas toujours si antagonistes que ça… car il faut dire que l’on est parfois perdu et que le film dure 2h30. Mais dans un monde où tout se ressemble tant et où on identifie souvent les mêmes ficelles scénaristiques, se retrouver sans repères dans un film relève de l’expérience inédite et percutante. Alors Megalopolis avec sa pléiade d’acteurs stars, on va aimer ou pas mais ça ne laissera pas indifférent, et c’est déjà pas mal non ?
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Chronique : Johan M.
Animation : Emma
Réalisation : Alexis et Marlon
Crédits photos : Lionsgate
Première diffusion antenne : 30 septembre 2024
Mise en ligne : Johan
Publié le 3 octobre 2024
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