« Jabalon »: une odyssée contemplative de LouisLudwig
La chanson française à pour tradition, voire manie, d’exiger énormément des auteurs-compositeurs-interprètes.
Ici c’est très simple, le texte précède TOUT. Sans compter que des Gainsbourg, Brel, Aznavour, et autres Renaud sont passés par là et ont, à leur manière, mis la barre très haut. Ajoute à ça la complexité quasi ridicule de la langue ainsi que sa tradition littéraire, et tu commences à comprendre pourquoi certains artistes effrayés de paraître désarmés face à ça se réfugient derrière l’anglais.
Il n’empêche qu’on trouve encore aujourd’hui de la bonne écriture. Un exemple, l’artiste du jour, le lausannois LouisLudwig, qui sort son deuxième album, « Jabalon ».
Ici, on a affaire à une œuvre qui met en avant un narrateur vulnérable qui observe le monde d’une manière désenchantée mais sans déception, ni pessimisme, ni regret de sa part ; simplement des constats et l’acceptation de ce qui est et de ce qui nous dépasse.
Le morceau d’ouverture « Je pompe », par exemple, aborde la vulnérabilité du corps abordé à travers, entre autres, le champ lexical de l’alcool. Et autant te dire que dès le début, t’as l’impression d’être en face d’une confession, à la manière d’un psy envers son patient. Ce sera comme ça la plupart du temps…
En effet au fil des titre on aborde d’autres thèmes comme la dépression, le rapport au temps qui passe, ou encore les relations idéalisées, notamment à travers le morceau qui clôt l’album. Ici, c’est une véritable confession emprunte de nostalgie chantée par un poète qui déclame son amour au personnage central, « Jabalon ».
Pour l’anecdote, ce morceau central de l’album est une réinterprétation du livre Querelle de Brest, qui parle d’un matelot assassin, homosexuel, et fascinant. C’est de son auteur Jean Genet dont Louis parle dans ce morceau.
Car oui, pour aborder cet album, il faut être prêt à bouffer de la référence littéraire. Il y a plein d’allusion à des auteurs français comme Châteaubriand, Mallarmé, De Musset, et pleins d’autres que personne à part des étudiants en lettre ne connaitraient…
Ce n’est pas pour autant inaccessible! On comprend sans avoir à faire trop de recherches! Ici, il n’y a aucune intention de faire le pédant ou de se poser en intellectuel ou en « lettreux ». D’ailleurs, pour contre balancer ça, Louis a recours à des mots familiers, « maladroits », voire grossiers, comme le faisait Jacques Brel, un de ses idoles.
En fait, sa véritable intention, c’est de redonner un peu de vie à des mots et des phrases qu’il a peur de voir périr dans des livres qu’on n’ouvrira plus. Des phrases qu’il emprunte pour leur beauté, afin de les rendre accessibles pour qu’on les redécouvre.
Niveau instrus, on se retrouve principalement avec des arrangements indie-rock emprunts d’une certaine langueur, inspirés de plusieurs groupes différents, et donnant à chaque morceau une ambiance diverse tout en restant cohérent dans l’ensemble. D’ailleurs, certaines pistes sont des morceaux instrumentaux, qui contribuent à cette atmosphère de mélancolie, tout en montant en intensité.
Dans l’ensemble, cet album me rappelle l’érudit « Novobisonte » du groupe Vestale, que j’avais chroniqué en décembre de l’année dernière. Comme dans celui-là, il y a ici pas mal de références érudites et bien qu’il soit plus accessible il te faudra plusieurs écoutes pour réellement l’apprécier. C’est certain, si cinquante minutes ça te paraît long, ça va être difficile d’apprécier l’œuvre à sa juste valeur.
Mais si tu as la patience nécessaire et si tu aimes l’écriture bien ficelée, LouisLudwig t’embarquera dans une odyssée indie-rock au instrus à la fois lentes et graduelles, avec, comme guide, ses paroles contemplatives et vulnérables, à écouter comme on lit un roman ou un poème.
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Animation: Emma
Chronique: Julián
Production : Stéphanie
Réalisation: Léo & Lorenzo
Première diffusion: 11 juin 2024
Crédits photos : © LouisLudwig
Publié le 26 juin 2024
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