menu Home search
à la uneCinemaÉcransLa Quotidienne

In Water, un film classique et f(l)ou

Johan | 12 novembre 2024

Bonsoir Emma, ce soir je vais te parler d’un film doux, intimiste mais pourtant totalement punk : In Water. In water a été mis en scène par le réalisateur coréen Hong Sang-soo. C’est un cinéaste prolifique et reconnu, il a déjà réalisé plus de 20 films dont « Un jour avec un jour sans » « Turning gate » ou encore « Ha ha ha » qui avait reçu le prix un certain regard au festival de Cannes 2010.
Tout ça pour te dire que Hong Sang-soo n’est pas le premier venu, c’est un peu un des boss actuels du film d’auteur au niveau international.
In Water reste dans la veine intimiste qu’on lui connait. Le scénario est simple : trois personnes se retrouvent sur une ile pour le tournage d’un court métrage : le réalisateur, l’actrice et le cameraman. Le réalisateur semble en panne d’inspiration et le temps s’étire entre promenades et discussions… In water est ainsi à la croisée de plusieurs type de films très référencés : le film mise en abime autour d’un tournage (comme La nuit américaine, Ed Wood, Irma Vep, … , le film de plage, (comme L’été de kikujiro, the Beach, et le film de marivaudage avec deux hommes et une femme (Jules et Jim, ou César et Rosalie).

Le film est très doux, solaire, reposant, vous êtes sur l’ile avec ces personnages et une certaine torpeur vous prend. Le film est une suite de plans fixes entre l’intérieur de la maison qui est louée par les protagonistes et de magnifiques vues du bord de mer. L’action avance tranquillement mais l’enjeu du film n’est pas vraiment dans les éventuels rebondissements. Nous sommes plutôt dans une réflexion poétique autour du cinéma : pourquoi filme-t-on, que cherche-t-on à décrire, à faire ressentir. Est-ce le cinéma qui inspire le réel ou l’inverse ? Pour nous entrainer dans sa pensée, Hong Sang-soo , amateur éclairé de peinture, nous livre un long métrage entre impressionnisme et pointillisme dans lequel par petites touches fugaces, le récit s’étoffe et crée une méditation autour du rôle de l’artiste. Le film est court – une heure pile – et sans que l’on ne se rende vraiment compte, tout prend forme et se cristallise dans une scène finale magistrale ou le personnage du réalisateur se confond alors avec son œuvre.

Hong Sang-soo allant depuis plusieurs films vers un cinéma de plus en plus dépouillé, en particulier dans sa conception, avec une économie de moyens, des équipes réduites, on ne peut s’empêcher de voir dans le réalisateur du court métrage un alter ego du cinéaste. Sa recherche de vérité, la façon dont il va être influence par le réel et sa propre vie pour finalement la réinventer et la magnifier est une vraie ode au métier d’artiste.

Si le film ne s’arrêtait qu’a une belle réflexion esthétique sur le cinéma par un grand maitre, il serait évidemment intéressant mais pas forcément original et encore moins punk. Mais qu’entends-je par punk me diras tu ? Petite digression latine, punk pourrait venir du mot punctum alias piqure. Alors nous pourrions dire que le punk est une piqure dans l’ordre établie, une subversion de celui-ci. Alors quel est le geste punk de Hong Sang Soo d’après toi ? Tu as des idées ? Alors ce qu’a fait Hong Sang-soo dans ce film peut sembler fou surtout pour un cinéaste d’un tel classicisme mais écoute bien, le film est flou 😉
Selon les séquences, le flou est plus ou moins prononcé mais c’est bien le cas. A tel point que quand j’ai vu In Water, j’ai cru a un problème dans la qualité du stream que m’avait envoyé l’attaché de presse. Mais non c’est voulu et quoi de plus anticonformiste que de s’attaquer à la mise au point même de la caméra et du plan. C’est évidemment déstabilisant mais également hyper intéressant tant d’un point de vue esthétique : nos repères sont brouillés, on ne regarde et on ne comprend pas l’image de la même façon. Ça se rapproche des travaux sur la peinture – on en revient au pointillisme et a l’impressionnisme que j’évoquais tout à l’heure. Et c’est donc également intrigant d’un point de vue plus théorique. Qu’est ce qui est important pour un film ? L’histoire, l’esthétique, est-il indispensable d’avoir une image parfaite pour avoir un bon film de cinéma ? Alors que la recherche de toujours de netteté semble être le graal avec les 4K 8K ou autres, Hong Sang-soo fait le chemin inverse 😉
Clairement ce flou peut déstabiliser. C’est un film de cinéphiles, il faut aimer le cinéma d’auteur, intimiste, à la Éric Rohmer. Mais si tu es sensible à ce cinéma, In Water est un film à ne pas rater car sa beauté, son audace esthétique – ce fameux flou artistique – et sa belle réflexion sur le rôle d’artiste, le rende tout simplement unique.

Chronique : Johan M.
Animation : Emma
Réalisation : Marlon, Christian
Crédits photos : Sister Distribution
Première diffusion antenne : 28 octobre 2024
Mise en ligne : Johan
Publié le 30 octobre 2024
Mis en une le 12 novembre 2024

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Johan


Envie de soutenir un média gratuit,
indépendant et local ?

Rejoins Vostok+


Commentaires

Pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter




play_arrow thumb_up thumb_down
hd