menu Home search
CinemaÉcransLa Quotidienne

Dont let the sun, la pépite suisse de ce début d’année

Johan | 24 mars 2026

Lionel, je ne sais pas si tu te souviens, mais j’insistais dans ma dernière chronique sur la sincérité d’un projet et/ou du réalisateur comme un critère indispensable dans la réussite d’un film. Cette fois-ci, je voudrais mettre à l’honneur une autre qualité pas toujours synonyme de réussite, mais toujours présent dans la recette de bons longs-métrages. Sauras tu deviner laquelle? Petit indice , c’est une qualité malheureusement devenue de plus en plus rare aujourd’hui mais elle est présente dans le film que je vais chroniquer ce soir. Autre indice, elle apparait quand on s’éloigne de recettes toutes faites, de formules vues et revues, et des film produits à la chaine et sans âme. Bon je crois que je t’ai bien aidé là non?

En effet à l’heure ou beaucoup de financiers et de producteurs demandent aux scénaristes et aux réalisateurs d’appliquer des recettes sans âme, de ré expliquer 100 fois l’histoire et les enjeux d’un film au spectateur par crainte que le scénario ne soit pas compris , alors un film qui sort des sentiers battus avec panache, qui fait appel à notre imagination et à notre intelligence avec maitrise ne peut être que saluer. Ce film c’est Dont let the sun , et cerise sur le gâteau c’est une production suisse ! Réalisée par une cinéaste zurichoise Jacqueline Zund.

L’histoire est une dystopie dans laquelle le monde étouffe sous une chaleur écrasante. A tel point que la nuit est devenue la période active de la journée . Comme conséquence indirecte de cette situation, on comprend que la proximité humaine s’est étiolée, et la solitude renforcée. On peut d’ailleurs louer des personnes afin d’avoir un ami, ou un faux membre de sa famille pour quelques heures ou plus . C’est dans ce contexte que Jonah un trentenaire solitaire et mutique va être embauché par Cleo une mère célibataire afin qu’il passe du temps avec sa fille Nika qui semble manquer d’une présence paternelle. Une complicité va progressivement naitre entre Nika et Jonah, complicité qui ne restera pas sans conséquences pour ce dernier.

Des solitudes qui se rencontrent , tout en pudeur et retenue , ce n’est pas forcément un thème nouveau. Par contre ce qui l’est ici c’est le traitement formel du sujet et son impact sur le fond. Le film réussit ainsi à créer un monde, une ambiance totalement particulière et unique. Il faut imaginer une image très blanche, très poussiéreuse, une ville presque désertique , des gens isolés dans des grands ensembles d’immeuble au design brutaliste et vide. Un monde presque sans vie le jour car annihilé par le soleil, mais qui revit la nuit car c’est le seul moment où les gens peuvent sortir. L’ensemble donne au film, une ambiance sourde , ouatée, une esthétique unique et une poésie urbaine sans chichis avec notamment des scènes de plage ou de skate la nuit . Le peu de dialogues s’intègre parfaitement dans cet univers presque hypnotique ou tout semble raréfié et désincarné . Bref en termes esthétiques et de mise en scène, le film est une totale réussite.

Jacqueline Zund la réalisatrice a expliqué que l’idée de son film lui est venue pré Covid. Mais clairement cette période l’a aussi fortement influencé en cela que le Covid a montré combien un changement de paradigme social aussi total pouvait survenir rapidement et chose plus surprenante encore, comment l’homme pouvait s’adapter tout aussi rapidement à cette nouvelle réalité . Dans dont let the sun, la réalisatrice nous montre une humanité qui a donc accepté cette nouvelle réalité tout en en étant profondément affecté . Extérieur et intérieur , fond et forme renvoient ainsi à un constat similaire : une vie qui se transforme en vide , une adaptation créant des inadaptés…

En synthèse dans un premier trimestre tellement pauvre en bonnes propositions cinématographiques avec les sempiternels films formatés américains ou les petites comédies francophones convenues vite vues, vites oubliées , réjouissons-nous de découvrir enfin une vraie pépite. Avec du fond, une esthétique magnifique et pas basée sur de l’imagerie publicitaire clinquante. Alors le film n’est pas parfait, il est assez contemplatif – le rythme est assez lent , faut aimer -et le scénario peut apparaitre un peu fragile, mais l’originalité et la maitrise le place largement devant la plupart des sorties actuelles. Si vous aimez découvrir, ressentir, et ne pas gouter la même recette insipide , alors courez voir dont let the sun, vous serez sous le charme, ou peut-être pas, mais une chose est sur, le film ne vous laissera pas indifférent.

Animateur : Lionel
Chroniqueur : Johan
Réalisateurs : Léo, Chloé
Crédits Photos : Locomotion – CDV
Date de publication : 23.03.2026

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Johan


Envie de soutenir un média gratuit,
indépendant et local ?

Rejoins Vostok+


Commentaires

Pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter




play_arrow thumb_up thumb_down
hd