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Rock’n’Sobre #59 Inclusion et durabilité, la double équation

Karine | 26 octobre 2026

À travers trois regards croisés, APRÈS-GE, Genèveroule et les EPI, nous explorons comment les emplois en inclusion portent, jour après jour, la transition écologique dans le canton de Genève.

«Mettez-nous à l’origine de vos projets et on vous suit. Ce n’est pas compliqué, l’inclusion. Il faut juste nous mettre au début.» Aux EPI, Etablissements publics pour l’intégration à Genève, Catherine Moroni, responsable des partenariats et de la durabilité, est convaincue. Sa formule, lâchée lors d’une journée Durabilité et Inclusion le 22 septembre dernier à la Maison de l’Enfance et de l’Adolescence, résume le pari de tout un secteur: faire de l’inclusion un point de départ dans la durabilité et pas un rattrapage.

Caddie Service: le vélo comme outil d’insertion

Dans la branche Caddie Service de Genèveroule, pas de moteurs à combustion: «le vélo, c’est l’outil, le moteur, c’est le bonhomme qui est dessus, donc nos collaborateurs livreurs», explique Olivier Bettex, responsable de Caddie Service, un service de livraison à domicile en vélo, actif depuis 2012. La flotte compte en moyenne 17 livreur·ses, renforcés par des étudiant·es en période de pointe.
Née de l’idée de «remplacer le coffre de la voiture», l’activité s’est diversifiée avec des portages de repas pour personnes isolées (entre 80 et 100 livraisons chaque matin) ou encore des livraisons particulières pour des entreprises ou dans des zones difficiles d’accès.
L’insertion est au cœur du projet et tient tout le dispositif. Les employé·es viennent d’horizons variés: parcours migratoire, personnes au chômage longue durée, mesures d’insertion de l’Hospice Général. «On n’est pas sur le marché primaire de l’emploi», explique Olivier Bettex, tout en soulignant l’accompagnement proposé aux personnes embauchées, comme des cours de français, aide à l’emploi, la formation, etc. Car ces emplois sont temporaires. Pour Émilie Gaida, responsable de la communication à Genèveroule, dont la devise est vélo et insertion, c’est clair, «la mobilité durable est un tremplin vers l’emploi». Les chiffres donnent une idée de l’ampleur de l’association en 2025: plus de 38’000 livraisons via Caddie Service et pour Genèveroule, 6’500 vélos loués, 1’200 réparations, et 35 partenaires en mobilité d’entreprise, dont l’IMAD, avec plus de 600 vélos en circulation quotidienne pour les soins à domicile.

APRÈS-GE : «Une autre économie est possible»

Avec environ 1’000 membres, dont 450 à 500 entreprises, la faîtière genevoise de l’économie durable entend transformer profondément le modèle économique. «L’économie sociale et solidaire ne veut pas être la voiture balai du capitalisme, pour s’occuper des pauvres, des migrants, nettoyer les forêts et composter les habits», tranche Christophe Dunand, entrepreneur social, cofondateur d’APRÈS-GE. «On fait toutes sortes de choses, mais dans une perspective de changement sociétal.» reprend t-il. Pour lui, la position est claire: le capitalisme est «peut-être très efficace, mais absolument pas durable», socialement comme écologiquement. Le nom même du réseau «Après» porte cette interrogation: «Qu’est-ce qu’on fait après?» Concrètement, ce réseau représente environ 7’000 à 8’000 salariés et un chiffre d’affaires estimé à 600-650 millions de francs. «Pas grand-chose par rapport à l’économie genevoise», reconnaît Christophe Dunand. Mais pour lui comme pour Caroline Piffaretti, responsable du pôle Emploi-Formation et coordinatrice du programme PPE+ à APRÈS-GE, le potentiel est bien là et ne dépend que d’un seul levier: la demande. Le changement passe par une autre manière de consommer. «Si les collectivités, les entreprises et les familles, les individus choisissent d’abord des produits et des services de l’économie sociale et solidaire, alors le potentiel, il est énorme».

EPI: la durabilité venue du terrain

Les EPI, les Établissements publics pour l’intégration, comptent une quarantaine de sites dans le canton de Genève, soit environ 1’200 personnes en parcours d’insertion. En 2020, suite à une demande du terrain, les EPI décident de se lancer dans la durabilité. «Ce sont les résidents eux-mêmes qui ont demandé à trier leurs déchets, peser les aliments, réduire le gaspillage» explique Catherine Moroni en rappelant qu’entre 360’000 à 400’000 repas sont servis chaque année dans tous les établissements confondus. «À travers l’alimentation, l’énergie, les éco-gestes, le réemploi, l’accompagnement et les liens sociaux, on démontre que l’inclusion et la durabilité peuvent cohabiter et avancer ensemble», renchérit José Canabal, directeur des services généraux lors de la journée Durabilité et Inclusion du 22 septembre. Le restaurant L’Ancre des EPI en est l’illustration. Son chef, Domingos Ribeiro, travaille avec ses équipes le fruit et le légume dans toute sa globalité. Les épluchures sont déshydratées puis mixées en poudres, les fanes deviennent des huiles ou des pestos, les surplus partent en lacto-fermentation ou en pickles. «Rien ne se perd, tout se transforme», résume Damien, un cuisinier rencontré lors de la journée Durabilité et Inclusion. L’atelier propreté-hygiène, que nous découvrons un peu plus loin, propose des démonstrations de lessives maison au savon de Marseille et bicarbonate, des fabrications d’éponges tawashi tricotées à partir de vieilles chaussettes, ou expose aussi un désinfectant fabriqué aux EPI, à base d’eau et de sel. Même si tout ne peut pas être utilisé dans le nettoyage professionnel aujourd’hui, une évolution se fait, note Sandra, maîtresse d’atelier. Et d’ajouter:«tous les changements qu’on a faits, on les a faits avec eux (ndlr: les bénéficiaires), pour eux, mais surtout avec eux. Ils testent, ils nous disent quand ça va, quand ça va pas. Et si ça va pas, on cherche autre chose», relate Sandra, qui voit aussi dans la durabilité, une question de santé.

Alors, qui porte qui? La durabilité porte t-elle l’inclusion ou le contraire?

Chez Caddie Service et Genèveroule, ce sont bien des emplois en insertion qui font rouler la mobilité douce genevoise. Mais c’est bien en retour, la durabilité qui créé des postes. Aux EPI, les bénéficiaires sont acteur·ices des économies de ressources mais il reste du chemin à faire notamment sur les bâtiments et la mobilité pour aller encore plus loin dans la durabilité. Pour APRÈS-GE, le danger serait de réduire l’inclusion et toute l’économie sociale et solidaire, à la dernière roue de la transition, un travail de rattrapage des dégâts du capitalisme plutôt qu’un changement de modèle. Reste un constat partagé par ces acteur·ices: la fragilité et l’urgence de changer d’échelle. «Le contexte actuel fait qu’on a vu comment s’est passé cet été», note Olivier Bettex, qui espère surtout que ces emplois puissent être pérennisés et essaimer. Chez APRÈS-GE, Christophe Dunand résume l’état d’esprit du réseau: «C’est une question d’équilibre entre l’inquiétude qui permet de rester mobilisé et l’optimisme qui permet d’avancer». Un équilibre que Caroline Piffaretti observe au jour le jour. «On a parfois l’impression d’être en minorité, mais pas du tout, souligne-t-elle. Il y a beaucoup de personnes qui ont envie que les choses évoluent». Finalement, la question qui se pose quand on conjugue la durabilité à l’inclusion, n’est pas seulement de savoir combien d’emplois en insertion soutiennent la durabilité, et qui soutient qui? mais quels emplois on veut pour l’économie de demain? Et avec qui? Car ces métiers de la mobilité douce, de la restauration sans gaspillage, ou encore de l’entretien hygiène et propreté non toxique, sont précisément ceux dont l’économie genevoise a besoin pour respecter les limites planétaires. Leur valeur ne réside pas seulement dans leur impact environnemental, mais aussi dans leur capacité à créer des emplois qui ont du sens, aussi bien humainement que environnementalement.
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Intervenant·es : Catherine Moroni, José Canabal, Jonathan, Adrien, Domingos Ribeiro (EPI), Christophe Dunand et Caroline Piffaretti (Après-GE), Olivier Bettex et Emilie Gaida (Genève Roule)
Journaliste : Karine Pollien
Production : Charles et Alexis
Crédit photo : Karine
Réalisation : Stanislaw
Mise en ligne : Valérie
1ère diffusion antenne : 19.10.2026
Publié le 26.10.2026

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Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Ville de Genève et du département du territoire, République et canton de Genève.

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Une publication de Karine


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