« Freedom : le destin de Shewit » – La route de l’émancipation
En 2015, Anne-Frédérique Widmann doit se rendre au foyer de l’Etoile, à Genève, pour comptabiliser les arrivées de réfugiés. Derrière les stores rouges du bâtiment, elle a l’idée d’utiliser sa caméra pour filmer une jeune arrivante, Shewit. Elle a 13 ans lorsqu’elle quitte l’Érythrée. Après deux longues années de dangers dans le désert et sur la mer, elle arrive en Suisse.
Pendant dix ans, la cinéaste va suivre la jeune fille dans sa quête de liberté. Dans les étroits couloirs du foyer, les deux femmes se sont mises d’accord. L’adolescente contacterait la journaliste lorsqu’elle vivrait un moment important dans sa vie. De cette promesse sont nées environ quatre rencontres par an… et un film.
On suit donc Shewit de 2015 à 2025. On pourrait se demander « mais pourquoi s’arrêter après dix ans ? Pourquoi ne pas continuer encore quelques années ? » Sûrement parce que Shewit a aussi le droit de ne pas être poursuivie par des caméras toute sa vie. Mais surtout, parce que c’est un documentaire. Au contraire du reportage, il porte une vision artistique et narrative. Anne-Frédérique Widmann compose son oeuvre autour d’un parcours d’émancipation. Sans vouloir vous spoiler, c’est l’atteinte de cette liberté qui marque le terme de l’oeuvre cinématographique.
Cela dit, l’art ne vient pas déformer la réalité. La cinéaste opte pour une approche assez journalistique. Il y a beaucoup de passages d’interviews. Shewit est assise à une table et répond aux questions d’Anne-Frédérique. Il y a peu de séquences avec de la mise en scène. Le cadrage est assez brut. C’est la vie de la jeune femme qui intéresse la réalisatrice. Celle de milliers de réfugiés est donc mise en avant à travers elle.
Dans la structure du film, la réalisatrice interroge la notion de liberté. Shewit fuit l’oppression et son agresseur en Érythrée. Elle vit la prison en Libye. Elle frôle la mort sur la Méditerranée. Son arrivée en Suisse est synonyme de libération. Elle danse dans sa chambre avec sa nouvelle amie. Elle rit au bord du lac avec d’autres habitants du foyer. Le début du documentaire pourrait être le happy end d’une fiction.
Malheureusement, une journée où tout va mal elle apprend à côté de son petit lit que sa demande d’asile est refusée. La narration coupe rapidement les espoirs d’émancipation. Une nouvelle violence s’exerce sur elle. Ses rêves d’avenir sont anéantis. Sans papiers, elle n’a quasiment aucun droit en Suisse. Elle quitte des oppressions pour en trouver d’autres.
Le documentaire décrit également comment le système bloque l’ascenseur social. Les personnes dans la situation de Shewit n’ont accès qu’à très peu de formations, si ce n’est aucune. Même lorsque certaines portes finissent par s’ouvrir, les destins sont contrôlés, les chemins balisés.
Seule la formation de paysagiste finit par lui être proposée. C’est une très bonne chose, attention ! Mais sur le rond-point des possibilités, elle ne pouvait prendre qu’une seule sortie.
Des individus et des associations se substituent donc à l’Etat qui est défaillant sur ces questions là. Ce sont elles et eux qui aident à la recherche d’emploi ou de logements. Shewit a d’ailleurs eu la chance de croiser la route d’une femme qui l’a recueillie dans sa maison.
Heureusement qu’il y a des individus qui luttent chaque jour pour les droits des réfugiés. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, la Méditerranée est l’une des routes migratoires les plus meurtrières du monde. Depuis 2014, environ 80 000 personnes sont mortes ou portées disparues sur cette mer.
Du fait de notre structure capitaliste et néo-coloniale, nos sociétés sont collectivement responsables. Nous profitons toutes et tous de l’appauvrissement de certaines régions.
Nos Etats riches ont le devoir d’accueillir dignement et d’aider les personnes réfugiées.
Chroniqueur: Nicolas
Animation: Lionel
Réalisation: Marlon
Première diffusion antenne: 24 septembre 2026
Crédits photos : Intermezzo Films, Good Story
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