menu Home search
CinemaÉcransLa Quotidienne

Hijo de sicario (Sujo) : un film d’apprentissage mexicain

Johan | 2 décembre 2024

Le film chroniqué ce soir est Hijo de sicaro (Sujo) des réalisatrices et scénaristes mexicaines Astrid Romero et Fernanda Valandez qui sont jeunes mais ont déjà réalisé des longs métrages ensemble et séparément avec toujours à la clé des prix internationaux notamment à Sundance. Donc on n’est pas sur du film Black Friday là, on part plutôt sur de la qualité et de la modernité.

Avant de présenter le film, analysons rapidement le titre qui est à la fois bon et mauvais. Du côté positif, celui-ci définit parfaitement le sujet du film puisque Hijo de sicario de façon incroyable suit la vie d’un fils de … de … sicario.

Du côté négatif, ce titre peut prêter à confusion dans le cerveau des matrixés sériels que nous sommes un peu tous. Car mettez-moi Sicario dans un titre et je pars direct dans l’univers Narcos … trafic de drogues, cartels, pistolets en or et règlements de compte, le tout entre ranchs mexicains et boite de nuit à Miami. Mais tout ce côté polar, série policière que l’on imagine en lisant le titre est absent de ce film. Donc avis aux fans de série baroques sur Pablo Escobar ou las Zetas, ne vous trompez pas. Ou plutôt si, trompez-vous, car vous pourrez voir ainsi une histoire réaliste sur la vie de jeunes impactés par la mainmise des cartels dans certaines régions et aller au-delà du folklore morbide et glamourisant des séries Netflix. (allez ça balance aujourd’hui)

Revenons-en au film, Hijo de sicario nous fait suivre Sujo, un enfant de 4 ans vivant dans un village de la campagne mexicaine et dont le père Josué est un tueur à gage pour le cartel du coin. Mais Josué, ayant apparemment trahi son organisation, est assassiné. Sujo est alors caché par sa tante Nemesis qui trouve un accord avec le chef du cartel : ils ne le tueront pas à condition qu’il reste chez sa tante en dehors du village. Et il va rester assez longtemps … une bonne dizaine d’années quand même. On va ainsi Sujo petit mais aussi jeune adulte. Et la grande question du film apparait assez vite : peut-on sortir du cercle vicieux de la violence lorsqu’on est fils de sicaro ou plus généralement sous la coupe de cartel ?

Pour répondre à ce questionnement, les réalisatrices ont choisi de prendre le contrepied des films et les séries de ce genre en adoptant un point de vue sobre et presque extérieur, à la lisière de la violence et du cartel. On ne verra ainsi jamais le chef de celui-ci, on n’entrera pas dans sa riche demeure, les scènes de meurtre sont hors champs également, ce qui n’exclue pas de ressentir leur horreur pour autant. Typiquement lors des vingt premières minutes, on suit Sujo à sa hauteur d’enfant de 4 ans, on ressent la menace comme lui peut la ressentir mais on ne la voit pas directement.

Les réalisatrices ont par ailleurs divisé le film par chapitres. Chacun de ces chapitres porte le nom d’une personne qui va jouer un rôle important à un instant donné de via de Sujo. Sa tante et son père quand il est tout petit, puis ses deux meilleures amis et une autre femme lorsqu’il sera adolescent. Chacune de ces parties a un peu sa propre atmosphère, son esthétique particulière, on va ainsi passer de la campagne à la ville, de survie dans un village gangréné par la drogue, à une possible émancipation par l’éducation. Tout cela permet au film de se renouveler pendant ses deux heures tout en réussissant à conserver une belle homogénéité.

Hijo de sicario, toujours réaliste, a parfois des accents de polar (l’attraction et la menace du cartel restent toujours présents et se matérialisent régulièrement dans la vie de Sujo) et il porte également quelques touches de mysticisme dans son récit via le personnage de la tante un peu sorcière , un hommage au réalisme magique peut être. Le film, assez contemplatif, est très beau esthétiquement, même si parfois – mais rarement – la recherche du joli plan est un peu trop prononcée. Globalement la mise en scène est sobre et efficace, les réalisatrices arrivent parfaitement à faire vivre les protagonistes, à montrer la vie d’un village sous influence ou encore à faire ressentir les émotions d’un enfant de 4 ans face à une violence sourde et menaçante.

Le scénario, la structure du récit dont je viens de parler, l’esthétisme et le parti pris de ne pas glamouriser les cartels font de ce film une réussite même s’il m’a manqué un peu d’émotion. Le film est assez austère; dans certaines parties, on a parfois du mal à comprendre le personnage principal , en conséquence de quoi on est moins dans l’empathie et davantage dans la réflexion. Cependant la capacité de Hijo de sicario à nous montrer sans fioritures mais avec talent la vie des orphelins (très nombreux au Mexique du fait du nombre de morts liés au trafic de drogue) qui tentent – ou pas – de sortir des griffes du cartel m’a finalement emporté. D’autant plus, que le film promeut une belle idée, celle de la ville – ici Mexico City – comme potentielle terre de renaissance. La ville qui anonymise les parcours, ingurgite les individus, pour mieux leur permettre de se réinventer ou de retrouver un chemin qu’ils auraient toujours du prendre.

Chronique : Johan M.
Animation : Emma
Réalisation : Lyes, Theo et Léo
Crédits photos : Trigon Films
Première diffusion antenne : 28 novembre 2024
Mise en ligne : Johan
Publié le 30 novembre 2024

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Johan


Envie de soutenir un média gratuit,
indépendant et local ?

Rejoins Vostok+


Commentaires

Pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter




play_arrow thumb_up thumb_down
hd