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Sourcière : Un thriller de sorcières

Michaël Rolli | 31 janvier 2025

Décidément, les sorcières ont quitté leurs chaudrons et leurs chats noirs, et elles reviennent en force ! La preuve avec le spectacle « Sourcière » au Théâtricul à Chêne-Bourg.
Pour voir ce grand come-back, il faut regarder Hollywood et tout ce beau monde qui ne cesse de chanter « Defying Gravity » sans vraiment atteindre les bonnes notes ! Alors bon, si on a abandonné le costume d’Halloween un peu daté, dans ma tête, j’ai encore les images de la vieille dame laide au nez crochu et toute verte… même si cette couleur a été récemment rachetée par « Wicked ». D’ailleurs, sur internet c’est encore ce qui ressort le plus, soit des images de la sorcière de Blanche-Neige, soit celles de la femme fatale, à la façon Circé. Et si on va voir sous le mot « sorciers », on a plutôt des images de vieillards barbus, genre Merlin l’enchanteur, Gandalf ou encore Dumbeldore. Donc, une image réconfortante où les sorciers seraient des sages, alors que les sorcières des êtres diaboliques. Peut-être est-il définitivement temps de clore la chasse aux sorcières et de continuer celle aux stéréotypes.

Et ça tombe bien, en 2025, les sorcières sont fortes et drôles et c’est ce qu’on peut voir dans la dernière création de la compagnie de L’épiderme.

Après « Wicked » et son monde fantasmé en rose et vert, on peut maintenant voir la sorcière qui n’a pas de baguette magique et qui ne vole pas, mais qui maîtrise le pouvoir de l’eau, celui des plantes et des remèdes… ou bien peut-être celui des philtres magiques. C’est la proposition du seul en scène « Sourcière » écrit par Miguel Fernandez et qui est interprété par Christine Aebi sous la mise en scène d’Elsa Anzules.

Ici, on n’est pas dans un remake d’Harry Potter ou d’une ambiance « Ma sorcière bien-aimée ».
On est plus proche d’un thriller. En fait, tout le spectacle se passe en huis clos, dans le salon d’une femme, sans âge. Entre un fauteuil, une table remplie de fioles, de graines et de plantes, elle nous reçoit… enfin pas nous tout à fait, elle reçoit un juge. Lui, vient l’interroger et nous spectateur, bah on va prendre la place du juré, dans cette affaire. Tu l’as compris, on est en plein dans une enquête ! Nous allons essayer de résoudre l’affaire de la disparition d’un homme qui aurait été vu pour la dernière fois par cette femme justement. Et le petit fourbe, avant de se volatiliser, il a quand même partagé ses doutes sur la nature diabolique de cette dame. Le spectacle est drôle et parfois grinçant : on l’écoute se défendre, se moquer et se jouer des accusations de sorcellerie.
Bon faut dire, qu’elle est pas toute nette non plus. Elle a un chat qui se balade dans ses pieds tout le temps et surtout elle entend pas mal de voix… mais est-ce que ça suffit pour justifier que c’est une sorcière… j’en entends aussi des voix et j’ai pas mal de débats tout seul chez moi sous la douche…

Donc en effet la question se pose : sorcière ou pas sorcière ?

Eh bien difficile de savoir. Ce qui est super dans ce texte, c’est qu’il nous fait prendre conscience que la définition du mot sorcière n’est pas complètement claire. D’autant plus, que cette femme ne se dit pas « sorcière » au sens classique, mais plutôt « sourcière ». Donc, elle n’a pas de pouvoir surnaturel, elle a juste une meilleure maîtrise des plantes et des éléments que moi… D’ailleurs, en parlant de ça, celles et ceux qui gardent en vie des plantes en appartement… vous avez forcément conclu un pacte avec le diable. Moi j’ai une seule plante chez moi, réputée increvable… et elle est morte. Enfin, le centre est cramé, mais les bords tiennent bon, une sorte de fuite en avant des dernières tiges. Alors quand je vois quelqu’un avec la main verte, je me dis qu’il y a automatiquement de la magie quelque part. D’ailleurs vert… « Wicked »… je pose ça là.
Bon, je reviens au spectacle et j’arrête avec mes complots. Ici la femme, elle sait de quoi elle parle. Et pendant sa plaidoirie justement, elle ouvre son grimoire – qui lui vient certainement de sa grand-mère – pour trouver les meilleures plantes pour ses potions. Et d’ailleurs la transmission de mère en fille de ce savoir se retrouve aussi dans le travail des artistes, puisque Elsa Anzules met en scène sa mère Christine Aebi, comme quoi le théâtre est aussi une magie qui se passe de génération en génération.

En fait, là on a un procès un peu en mode chasse aux sorcières.

En gros oui, et c’est cool, car pour une fois, on écoute la voix de celle qu’on accuse de sorcellerie, sans la brûler sur un bûcher, juste par principe. Non parce que je ne suis pas certain qu’on laissait les sorcières se défendre dans les tribunaux. D’ailleurs, dans mes recherches, j’ai découvert que la chasse aux sorcières qui débute au 15e siècle est née en Suisse et que c’est ici qu’elle a été la plus meurtrière. Voilà, c’est une info pour le Trivial Poursuit.
Voilà, sans être un spectacle purement féministe, il interroge l’image de cette figure et s’amuse en jouant sur des accusations complètement infondées. Mona Chollet explorait déjà ce sujet dans ses essais, et ici, c’est la même chose, mais en filigrane. On se demande alors si la peur de la sorcière viendrait de ses pouvoirs ou plutôt du simple fait qu’elle ne corresponde pas à nos codes préétablis ? Est-ce que le fait d’être un peu différent justifie la mise au bûcher ou bien plutôt l’expulsion ?
Le spectacle « Sourcière » nous invite donc jusqu’au 9 février au Théatricul à redéfinir ce mythe. Et puis c’est un petit rappel qui ne fait pas de mal, on a bel et bien quitté le Moyen Âge : ce qui nous est étranger n’a pas à être forcément puni ou banni.
Aujourd’hui, évidemment la sorcière est devenue un symbole féministe, c’est l’image de la femme libre, indépendante, puissante, une femme qui dit non et qui veut vivre seule. Bref, comme le dit Anne Sylvestre : « C’est ma mère ou la vôtre, c’est une sorcière comme les autres ».
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Chronique : Michaël
Animation : Emma
Réalisation : Laure et Sébastien
Crédits images : Aline Zandona
Première diffusion antenne : 29 janvier 2025
Publié le 31 janvier 2025

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Michaël Rolli


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