menu Home search
La QuotidienneMusique

Shy Girl : Hollie Cook avance pendant que le genre se répète

Adrien | 5 janvier 2026

Il y a des artistes formidables que l’on découvre parfois beaucoup trop tard. Des artistes passées sous les radars, malgré une discographie solide et une identité forte. Cette invisibilisation m’a une nouvelle fois frappé avec l’album dont je vais vous parler aujourd’hui, alors même qu’il s’agit de l’une de mes artistes préférées, que je suis depuis de nombreuses années : Hollie Cook.

Il est d’ailleurs fort probable que vous n’ayez jamais entendu parler d’elle. Invisibilisation des femmes oblige. Hollie Cook est une artiste britannique née à Londres en 1987. Chanteuse et musicienne de reggae, elle est la fille de Paul Cook, batteur des Sex Pistols. Sa mère, Jennie Matthias, est choriste du groupe Culture Club, et Boy George est son parrain. Un entourage prestigieux qui, pourtant, ne lui a jamais garanti la reconnaissance médiatique qu’elle mérite.

Si elle bénéficie d’une certaine réputation en Angleterre et dans le milieu reggae, le constat reste frappant : qu’un groupe comme Steel Pulse sorte un album demain, et les couvertures de magazines suivraient. Pour Hollie Cook, ce n’est pas le cas, alors même qu’elle cumule environ 700 000 auditeurs mensuels sur Spotify, soit davantage que Stephan Eicher et les Young Gods réunis.

Hollie Cook n’est pourtant pas une nouvelle venue. Elle sort son premier album solo, Hollie Cook, en 2011. L’année suivante, sa version dub est produite par Prince Fatty. En 2014, elle enchaîne avec un deuxième album, Twice, toujours produit par Prince Fatty, et que je recommande vivement. Et pourtant, malgré douze années de carrière, il est rageant de constater qu’en 2025, même avec une veille musicale attentive, on puisse passer à côté de la sortie de son nouvel album : Shy Girl.

À part un article dans Télérama et un autre sur un site anglais, très peu de médias se sont penchés sur ce disque. Une absence de couverture d’autant plus incompréhensible que Shy Girl est sans doute l’une des plus belles œuvres de l’artiste, et qu’Hollie Cook incarne aujourd’hui mieux que beaucoup le renouveau du reggae.

Je vais être totalement transparent : j’écoute Hollie Cook depuis ses débuts et, même si j’ai toujours aimé son travail, la formule restait globalement la même. J’ai donc lancé Shy Girl sans attentes particulières. Erreur totale. Plus j’ai écouté ce disque, plus j’en ai perçu les nouveautés, la maturité et la profondeur.

Hollie Cook m’a donné raison sur toute la ligne. Pendant des années, je l’ai mise en avant face aux dinosaures du reggae, que j’adore mais qui sont souvent bien trop vieux, ou parfois bien trop morts, pour continuer à faire vivre le style. Quant à la génération des frères Marley, elle n’est plus si jeune et semble se complaire dans des codes largement datés. J’assume donc pleinement cette position : le renouveau du reggae est en partie féminin, avec des artistes comme Jah9 ou Hollie Cook.

Avec une approche très marquée années 70, Shy Girl s’appuie sur l’expérience des albums précédents pour la sublimer. Les structures et l’esthétique très « roots » accompagnent la voix de la chanteuse avec une justesse remarquable. Le backing band joue avec sérieux, et l’on notera l’absence des traditionnels faux violons présents sur ses précédents disques. Ce choix rend l’ensemble plus classique, plus posé, mais surtout plus affirmé. Le son d’Hollie Cook et de son univers est aujourd’hui pleinement trouvé.

Impossible également de ne pas penser à des groupes comme Third World ou Steel Pulse en entendant les chœurs de l’album, absolument remarquables, aussi bien dans la pertinence de leurs interventions que dans leurs mélodies. Hollie Cook y dépose sa voix comme sur un tapis rouge, sublimant une identité artistique désormais parfaitement assumée.

Passé largement inaperçu, Shy Girl est pourtant peut-être le meilleur album d’Hollie Cook, et sans doute l’une des sorties reggae les plus marquantes de ces dernières années.

Même si Londres reste loin du Léman, je tenais à mettre en lumière une artiste trop souvent invisibilisée, et qui aurait largement sa place dans nos festivals de reggae, parfois occupés par des figures aux discours plus que douteux. J’ai couru voir Burning Spear au parc La Grange cet été, mais aujourd’hui, je ferais exactement la même chose pour Hollie Cook.

Hollie Cook : Shy Girl


Chronique : Adrien
Animation : Lionel
Réalisation : Antoine et Paulo
Première diffusion antenne : 15 décembre 2025
Publié le : 5 janvier 2026

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Adrien


Envie de soutenir un média gratuit,
indépendant et local ?

Rejoins Vostok+


Commentaires

Pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter




play_arrow thumb_up thumb_down
hd