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Rock’n’Sobre #52 Pavillon Simone Weil: naissance d’un monde?

Karine | 13 avril 2026

Pavillon Simone Weil: la naissance d’un monde?

Tout a donc commencé ce 31 mars… Au départ, le pavillon Sicli était complètement nu. Mais, très vite, à l’aide de cartons, scotch brun, meubles de récupération, palettes et bonne volonté, un véritable écosystème a commencé à prendre vie. Voilà comment a démarré la naissance du Pavillon Simone Weil en ce jour 1, un monument dédié la philosophe du même nom, né pour vivre 78 jours.

Initiée par l’artiste suisse Thomas Hirschhorn, cette démarche ne ressemble en rien à une exposition classique. Il s’agit d’une œuvre commune, organique et humaine. Un monument précaire qui veut célébrer l’intensité des rencontres. Voilà l’idée sur le papier… Mais dans la réalité qu’en est-il? Dans ce nouvel épisode de Rock’n’Sobre, nous nous concentrons sur ce premier jour du Pavillon Simone Weil et partons à la découverte des acteur·ices de cette oeuvre. A commencer par Thomas Hirschhorn qui imagine cet endroit comme une production collective, motivée par « l’amour et le respect pour une philosophe à la pensée radicale » nous explique t-il. Nous rencontrons aussi l’historienne de l’art Katia Leonelli qui documente cette aventure. Elle souligne qu’il ne s’agit pas d’une exposition ordinaire. C’est une sculpture façonnée en temps réel par toutes les mains présentes. Il n’y a pas de grand soir, ni de vernissage officiel. Chaque instant, même le plus infime, pour l’historienne, contribue à ériger ce monument. L’objectif consiste à « créer de nouvelles habitudes de rencontre, loin des écrans, pour faire de ce pavillon un véritable espace public d’échange et de vie » résume t-elle.

Construire avec le quotidien: le choix des matériaux

Lorsque vous pénétrez dans le pavillon en ce fameux jour 1, ce qu’on pourrait prendre pour un chaos apparent, montre en réalité, selon Thomas Hirschhorn, une ruche organisée. Les participant·es recouvrent chaises, tables et fauteuils de ruban adhésif brun. Le choix d’utiliser du carton, du scotch, du bois de palettes, relève d’une décision politique de la part de Thomas Hirschhorn. Pas de considération écologique. « Ces matériaux n’intimident personne », nous explique-t-il. Tout le monde les connaît et sait les manipuler. Ce nivellement par la matière veut désacraliser l’art pour le rendre accessible. L’art ne dépend pas d’un matériau noble, il naît de l’énergie humaine que l’on y investit.

L’inclusion au cœur du projet

Une œuvre de cette ampleur n’aurait aucun sens, pour Thomas Hirschhorn, sans la participation active des habitant·es du quartier. Pendant plus de deux ans, un travail sur le terrain a permis de tisser des liens avec la population locale. L’inclusion se veut l’un des moteurs de cette initiative. C’est en tout cas, ce que ressent l’artiste Arson Nemchi, membre de Topos Acacias. Son projet interactif, intitulé « Arson s’aligne », veut offrir un espace d’expression libre pour redonner une voix aux personnes qui ont envie et besoin de s’exprimer. Nous la rencontrons en pleine réflexion sur cet espace qu’elle imagine le plus inclusif possible pour laisser la parole émerger.

Une fourmilière d’activités et de présences

En fait, le Pavillon Simone Weil foisonne de propositions diverses, réunissant une cinquantaine de structures et collectifs. Chacun·e apporte sa pierre à l’édifice, créant un carrefour de disciplines.
Matteo Michelini, metteur en scène, endosse le rôle de rédacteur en chef d’un journal quotidien imprimé sur place. Son job ? Capturer les voix, les gestes et les témoignages des coopérant·es pour documenter l’évolution de l’œuvre au jour le jour. Un peu plus loin, Maria Astan coordonne le Club Populaire de Sport de Combat (CPSC). Ce club de boxe autogéré installe ses tapis au milieu des cartons et propose des entraînements gratuits, axés sur l’inclusivité, notamment pour les femmes et les personnes trans. Un peu plus loin, la librairie genevoise Fahrenheit 451 tient le seul espace de vente du lieu. Elle propose des ouvrages de et sur Simone Weil.

La philosophie de l’attention de Simone Weil

Toutes ces initiatives convergent vers un concept central chez Simone Weil : l’attention. Dans une société souvent dominée par la distraction, prêter une attention sincère aux choses et aux gens devient un acte de résistance. L’exigence intellectuelle et morale de Simone Weil veut aussi trouver ici une résonance physique. Les participant·es ne cherchent pas la facilité. Tous et toutes acceptent de partir de zéro, même si c’est le flou. L’idée étant de s’engager dans un processus incertain pour voir émerger quelque chose de nouveau. Comment ? C’est toute la question et les 77 jours restants seront là pour répondre à cette question… Quoiqu’il en soit, ce monument ne survivra pas physiquement au-delà des 78 jours prévus. Ses cartons seront recyclés, son scotch décollé. Mais, sa pérennité réside ailleurs. Pour Katia Leonelli, l’intensité de ces journées veut laisser une trace indélébile, « semblable au souvenir d’un grand amour ». La véritable œuvre d’art, c’est l’expérience humaine gravée dans la mémoire de chaque participant·e.
A voir donc, ce que ces 77 jours suivants révèleront…
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Intervenant·es : Thomas Hirschhorn, Katia Leonelli, Arson Nemchi, Matteo Michelini, Maria Astan, Violaine de la librairie Fahrenheit 451, Jacqueline, André et Juliette stagiaire pré-HETS
Journaliste : Karine Pollien
Production : Charles Menger, Alexis Raphaeloff
Animation : Judith
Réalisation : Lillia
Crédits photos : Karine
Première diffusion antenne : 2 avril 2026
Mise en ligne : Valérie
Publié le 13 avril 2026

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Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Ville de Genève et du département du territoire, République et canton de Genève.

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Karine


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