menu Home search
ActuRock'n'Sobre

Rock’n’Sobre #50 Les cosmétiques: la beauté à quel prix ?

Karine | 24 mars 2026

Les cosmétiques: la beauté à quel prix?

Les cosmétiques font partie intégrante de notre quotidien, mais derrière les promesses de bien-être et de beauté se cachent des enjeux complexes. Entre la santé humaine, les impacts environnementaux et la quête d’une consommation plus responsable, le secteur des cosmétiques est à un tournant.

«On utilise chaque jour entre 400 et 500 substances chimiques, rien qu’avec les produits de notre salle de bain» relève l’écotoxicologue Nathalie Chèvre dans Rock’n’Sobre. Mais connaît-on vraiment leurs effets à long terme, surtout lorsqu’elles interagissent entre elles?»

L’effet cocktail méconnu

Les cosmétiques, qu’ils soient de luxe ou de grande distribution, contiennent souvent des ingrédients similaires. Pourtant, leur usage quotidien soulève des interrogations. «On part du principe que les produits ne traversent pas la barrière de la peau, mais qu’en est-il des expositions répétées sur le long terme?» s’interroge Nathalie Chèvre.
Une étude récente confirme ces préoccupations. Une recherche publiée dans MDPI (Assessment of Endocrine-Disrupting Properties in Cosmetic Ingredients lien : https://www.mdpi.com/2079-9284/12/4/175) en 2025 souligne le manque de données in vitro pour de nombreuses substances cosmétiques. Cette étude relève notamment que des ingrédients cosmétiques comme les parabènes, les phtalates, ou les filtres UV, peuvent perturber le système endocrinien, avec des effets sur la reproduction, le développement, le métabolisme et le système immunitaire. Et conclut qu’il y a un besoin urgent de développer des méthodes non animales pour évaluer la sécurité des ingrédients cosmétiques, particulièrement les filtres UV très utilisés.

Les populations vulnérables

« C’est toute cette soupe chimique dans laquelle on baigne qui a une influence sur notre santé puisqu’on voit la baisse de la fertilité chez l’homme, on voit l’augmentation des pubertés précoces. » reprend Nathalie Chèvre. L’écotoxicologue souligne d’ailleurs qu’au Danemark, les autorités recommandent depuis longtemps aux femmes enceintes de n’utiliser sur leur peau que des produits qu’elles pourraient manger afin de limiter les risques.

Pollution aquatique et microplastiques

Les cosmétiques ne se contentent pas d’impacter notre santé : ils laissent également une empreinte sur l’environnement. Un article publié en 2025 dans ScienceDirect dresse un état des lieux inquiétant de la pollution cosmétique dans les écosystèmes aquatiques. L’étude identifie plusieurs catégories de substances particulièrement toxiques : les filtres UV (octocrylène, éthylhexyl dimethyl p-aminobenzoate), les antioxydants (BHT), les fragrances (musc xylène), les solvants (phtalate de diéthylhexyle), ainsi que les conservateurs et microbilles plastiques (Lien : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2405665025000460). Les impacts documentés démontrent une toxicité aiguë et chronique pour les poissons, invertébrés et algues, une bioaccumulation dans la chaîne alimentaire, la perturbation des voies endocriniennes et reproductives, et une persistance dans les eaux usées même après traitement. Sans parler des microplastiques rejetés qui viennent alourdir les 8 à 12 millions de tonnes de plastique qui finissent dans les océans chaque année. Bref, le bilan est assez conséquent. Mais heureusement, des alternatives existent…

«95% de substances d’origine naturelle dans nos produits»

Direction Henniez, où Magali Freze Bianchin, gérante et fondatrice du laboratoire de cosmétiques Swiss Natural Lab, nous accueille. Ce laboratoire, spécialisé dans la formation, la fabrication et le contrôle des cosmétiques, s’est engagé dans une démarche claire et rigoureuse : «Nous avons choisi de respecter la norme ISO 16128, qui régit les cosmétiques naturels. Cela signifie que nos produits doivent contenir au moins 95% de substances d’origine naturelle», explique Magali Freze Bianchin. Elle précise également que les ingrédients utilisés dans leurs formules sont soigneusement sélectionnés, avec une priorité donnée aux matières premières suisses et, dans certains cas, d’origine biologique.

Fabriquer soi-même : avantages et précautions

Des ateliers, comme ceux proposés par Swiss Natural Lab à Henniez pour les professionnels ou par Cosmatelier à Genève pour les particuliers, propose d’apprendre à créer ses propres cosmétiques tout en respectant des normes strictes de sécurité et d’hygiène. «Avant de fabriquer un cosmétique, il faut d’abord le concevoir. Cela implique des calculs précis en fonction des ingrédients utilisés», explique Magali Freze Bianchin. Elle souligne que son équipe collabore avec un médecin toxicologue ainsi qu’avec des ingénieurs en affaires réglementaires cosmétiques pour garantir que chaque formule soit sans danger pour la santé humaine.

Si Swiss Natural Lab a choisi d’accompagner les professionnels, à Genève, Cosmatelier a choisi une autre voie : celle des particuliers. « Nous montrons qu’avec quelques ingrédients de base, comme une huile végétale, un hydrolat et un émulsifiant, on peut fabriquer des cosmétiques adaptés à ses besoins tout en réduisant leur impact environnemental», explique Rime Abla-Brandt, biochimiste et formatrice. Elle est la cofondatrice de Cosmatelier. Cependant, là aussi, il ne s’agit pas de jouer les apprentis sorciers, des précautions sont nécessaires, comme par exemple avec les huiles essentielles. «Même si elles sont naturelles, les huiles essentielles restent des produits très concentrés qui peuvent avoir des effets négatifs», avertit Rime. Elle rappelle également que « les allergies aux produits naturels sont possibles», soulignant l’importance de bien connaître les ingrédients utilisés, de toujours être vigilant. En clair, éviter les formules produites par des IA. Prudence est mère de sureté!

Le plaisir de faire soi-même

Mais au-delà des bénéfices écologiques et sanitaires, fabriquer ses propres cosmétiques, procure une véritable satisfaction personnelle. «C’est une fierté de se dire que presque tous les produits de ma salle de bain, c’est moi qui les ai faits», confie Rime Abla-Brandt. Cette notion de plaisir résonne également avec les propos de Nathalie Chèvre, qui rappelle que la question des cosmétiques, rejoint la question de se faire plaisir, du bien-être. Pour l’écotoxicologue, «il ne s’agit donc pas de tout arrêté, mais de faire des choix éclairés, pour notre santé et celle de la planète».
_
Intervenant·es : Nathalie Chèvre, Magali Freze Bianchin, Rime Abla Brandt
Journaliste : Karine Pollien
Production : Charles Menger, Alexis Raphaeloff
Réalisation : Léo
Crédit photo : Karine Pollien
Première diffusion antenne : 16 mars 2026
Mise en ligne : Valérie
Publié le 24 mars 2026

---
Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Ville de Genève et du département du territoire, République et canton de Genève.

Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Une publication de Karine


Envie de soutenir un média gratuit,
indépendant et local ?

Rejoins Vostok+


Commentaires

Pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter




play_arrow thumb_up thumb_down
hd