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Ragekit : la nécessité d’autres récits médiatiques

Emma | 2 avril 2026

Ragekit, né sur les réseaux sociaux, s’est imposé en un an dans le paysage médiatique suisse avec des formats courts et engagés. Mais sa place interroge : média ou réseau militant ? Face aux questionnements du milieu journalistique, ses membres revendiquent rigueur, ancrage et besoin du public d’entendre d’autres voix. Une démarche qui interpelle, plus largement, les pratiques et les angles des médias traditionnels. Davide et Val, membres de Ragekit reviennent sur ces thématiques dans Good Morning Vostok.

Violences policières, génocide palestinien, antifascisme, sans-abrisme, prison. Des thématiques clairement situées pour des vidéos qui cumulent des milliers de vues, sur des sujets que les médias couvrent peu, ou autrement. Déjà 56’000 abonnés sur Instagram pour Ragekit, et un crowdfunding qui a permis de récolter 110’000 francs en quelques semaines, auprès de plus de 3’000 personnes.

« On a répondu à un besoin que les médias traditionnels ne remplissaient pas »

Si Ragekit a pris une telle ampleur en aussi peu de temps, la clé de leur succès est à chercher au même endroit que l’origine du projet, comme l’explique Val : « on était des potes, on militait, et on était frustrés de la manière dont nos luttes étaient traitées ». Une posture qui a effectivement trouvé une résonance : « il y a énormément de personnes en Suisse, qui vivent la violence de l’État […] ces personnes elles sont rarement visibilisées dans les médias, ou alors quand elles le sont ça va souvent être avec de la stigmatisation et de la violence », ajoute Val.

Si le milieu militant est habitué à habiter l’espace médiatique internet, Ragekit a réussi à toucher un public plus large, avec une forme plus pop et une incarnation très forte inspirée des codes des réseaux sociaux.

Média or not média ?

Et ces deux éléments, l’ancrage militant et ces formats qui bousculent les codes, ont très vite suscité des projections sur ce qu’était, ou non, Ragekit. Davide revient notamment sur un qualificatif, celui de « média militant » : « il y a eu un ou deux grands journaux qui parlaient de nous comme d’un média militant ». Ce qui, selon Val, n’est pas un problème dans la mesure où cela ne sert pas à discréditer leur travail : « si le but c’est de dire que Ragekit est positionné et parle depuis une certaine position sociale qui est celle des luttes, qui est celle du mouvement social, ça nous va très bien, si le but c’est de mettre le doute sur la factualité de nos informations, c’est un problème ».

Le qualificatif de média, Ragekit ne l’a d’ailleurs jamais revendiqué : « à force d’être appelé média, on a commencé à se poser des questions, mais personne n’est journaliste dans Ragekit donc ce n’est pas que l’on voulait faire à la base ».

Ragekit l’assume : dans leur équipe, aucun/aucune journaliste. Un positionnement qui peut faire réagir. Quelle influence, pour un média suivi par des dizaines de milliers de personnes ? Quelles méthodes, quelle forme d’objectivité ? Face à ces questions, Val et Davide expliquent partir de là où ils sont légitimes : des sujets qu’ils connaissent, qu’ils maîtrisent, souvent liés à leurs parcours militants. Et quand ce n’est pas le cas, Ragekit s’entoure. De spécialistes, de collectifs et de personnes concernées.

« A Ragekit on assume de ne pas être neutre, on l’assume en disant notre position »

Au-delà de cette ligne éditoriale, RageKit revendique une exigence de rigueur, de factualité, et d’honnêteté dans leur travail : « on est attaché à la factualité, chaque info on la vérifie, on la double checke […] », insiste Davide. Si cette attache à ce concept clé du journalisme est central pour Ragekit, ils et elles posent en revanche un regard critique sur la notion de neutralité journalistique : « Avec Ragekit on différencie la factualité et la neutralité, la factualité est essentielle et on s’y tient le plus possible dans tous les sujets qu’on traite. La neutralité on ne pense pas qu’elle existe on pense plutôt qu’en tant que journaliste ou créateur de contenu le mieux c’est d’essayer d’être honnête et être honnête c’est dire depuis où on parle » explique Val. Un positionnement appuyé par Davide : « les journalistes revendiquent être objectifs et neutres, pour moi c’est impossible d’être neutre, les mots employés, la manière de raconter, le point de vue rentrent en jeu ». « Nous de notre côté on a la factualité et l’honnêteté et ce n’est pas forcément le cas de tous les médias » conclut Val.

Pointer les silences médiatiques

Malgré les réserves que Ragekit exprime sur certains principes journalistiques, le média n’a pas hésité à prendre position. Lors des votations du 8 mars, il s’est opposé à l’initiative SSR et a appelé à sauver la RTS, ce qui a pu jouer un rôle auprès de certains/certaines jeunes, déçu-es par le traitement de certains sujets par la chaîne : « À aucun moment, on n’a voulu justifier le travail de la RTS, notamment sur la Palestine, mais malheureusement ce n’était pas vraiment le sujet de cette initiative. En l’occurrence, le vrai sujet de cette initiative, c’était l’opportunité pour des personnes fortunées, pour des entreprises, de gagner encore plus de pouvoir sur la création de l’information dans notre pays. Face à cela, on a décidé de faire une vidéo pour dire que ce serait vraiment grave, vraiment inquiétant, et une avancée extrême pour les mouvements fascistes qu’ils gagnent du pouvoir sur la création d’information en Suisse. »

Cependant, malgré cette prise de position, Ragekit reste critique en dénonçant un vrai décalage entre ce qui se passe et ce que les médias montrent. Pour elles et eux, la couverture du carnaval antifasciste à Lausanne la semaine dernière en est un bon exemple : peu d’articles, des biais dans le traitement, et personne pour donner la parole aux participants/participantes. Une situation qui les a poussés à produire un reportage satirique depuis la manifestation. Mais au-delà de la parodie, Ragekit veut surtout pointer quelque chose de plus large, la récurrence de ce type de traitement médiatique : « ces journées extrêmement importantes [comme le carnaval antifasciste ndlr] qui sont à peine calculées, mal transcrites par les médias c’est une démonstration de plus, mais dont on a l’habitude. Les gens qui produisent l’information vivent d’autres réalités que nous », déplore Val.

Malgré cela il dit avoir beaucoup d’espoir pour l’avenir du journalisme en Suisse. Et de l’espoir pour Ragekit également : le succès de leur campagne de crowdfunding va leur permettre de salarier trois membres de l’équipe, jusque-là entièrement bénévole, et de disposer de davantage de ressources, ce qui pourrait à la fois améliorer la qualité et éventuellement augmenter la quantité de contenus produits.

Journaliste: Emma
Réalisation : Léonard
Production : Emma
Première diffusion antenne le 2 avril 2026
Crédit photo : Ragekit
Publié le 2 avril 2026

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Une publication de Emma


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