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« S’ATTAQUER A LA POP CULTURE C’EST NOUS PERMETTRE D’AVOIR DES RELATIONS SOCIALES PLUS SAINES »

Emma | 26 novembre 2025

Comment la pop culture influence nos imaginaires ? C’est l’une des questions au centre de la 21e édition du Festival Les Créatives, qui se déroule du 18 au 30 novembre à Genève. Invitée à l’occasion de deux événements traitant de cette thématique, nous nous sommes entretenues avec Chloé Thibaud, journaliste indépendante spécialiste des sujets culture et société.

La pop culture comme matrice des désirs

Le baiser volé de Han Solo à Leia dans Star Wars, la scène de viol normalisée dans Basic Instinct, ou la toxicité glorifiée de Chuck Bass dans Gossip Girl. Autant d’images avec lesquelles on a toutes et tous grandi et que Chloé Thibaud dissèque dans Désirer la violence – Ce(ux) que la pop culture nous apprend à aimer (Les Insolentes – 2024), livre qui explore comment la culture populaire façonne notre perception de la violence et entretient la culture du viol. Une pop culture que Chloé Thibaud a également analysé sous l’angle de la musique avec Ni Muses Ni Groupies – une histoire féministe de la musique (Leduc Pop Culture – 2025), ouvrage dans lequel elle propose une relecture féministe de la musique, en luttant contre un récit dominant qui a invisibilisé les femmes ou imposé un certain narratif concernant leurs rôles dans l’industrie.

Si la question des représentations dans la pop culture est si importante pour Chloé Thibaud, c’est parce que « ce ne sont jamais que des représentations, un film ce n’est jamais qu’un film, une chanson ce n’est jamais qu’une chanson, ce sont des produits culturels qui ont une influence sur nos vies quotidiennes et nos façons d’aimer, de parler, et de nous comporter et de vivre en société : s’attaquer à la pop culture c’est nous permettre d’avoir des relations sociales plus saines ».

« La répétition fixe la notion »

Concernant les mécanismes qui ancrent ces représentations dans nos imaginaires, Chloé Thibaud mentionne la répétition : « C’est un peu comme la publicité, on voit ces images et on écoute ces chansons depuis notre naissance, ça crée des idées et des croyances dans nos esprits ». A force d’entendre dans des titres populaires que l’on peut tuer par amour ou de voir à l’écran des comportements abusifs romantisés, on peut finir par croire que ce sont des comportements attendus dans la vie réelle.

Contexte culture

Dans les exemples cités par Chloé Thibaud on retrouve par exemple Johnny Hallyday et son s ou encore Pretty Woman. Et quand on touche à de tels monuments, difficile de ne pas voir poindre les accusations de cancel culture. Ce à quoi Chloé Thibaud répond par une autre proposition, celle de la contexte culture : « je ne suis pas du tout partisane d’une culture de l’annulation, je considère qu’on peut continuer à regarder les films qu’on aime, qu’on peut même continuer à écouter des chansons dont les paroles seraient problématiques […]. Pour le cinéma, si un film comporte des scènes d’agressions sexuelles ou de viols, ce qui me semble le plus important c’est de faire de la pédagogie autour, d’accompagner ces produits culturels, justement de les mettre en contexte pour qu’au moins on ait toutes les clés de compréhension face à ces images ».

Et le sujet est explosif, Chloé Thibaud explique avoir vécu des vagues de cyberharcèlement après la publication de Désirer la violence : « C’est fou parce qu’en produisant ces travaux j’avais l’impression qu’en me ‘’cachant’’ derrière la pop culture,  ça faciliterait le passage des messages et en fait je crois que ça énerve encore plus les personnes anti-féministes, parce que justement on ne doit pas toucher à leurs idoles, à James Bond, à Indiana Jones…on ne doit surtout pas pointer ces problèmes du doigt ».

Vers le mieux ?

Si Chloé Thibaud explique cette omniprésence de représentations problématiques ou l’invisibilisation des femmes dans la musique par la mainmise masculine sur le monde artistique, elle relève toutefois des évolutions positives : « On vit quand même un moment assez réjouissant dans la musique, et en particulier la pop, qui est en effet très politique, avec des artistes qui sont aux commandes de leurs propres carrières, c’est sans doute ça qui a profondément changé par rapport aux décennies précédentes ». Malgré ça elle note aussi qu’il faut continuer à se battre, en tant que femmes ou personnes issues des minorités de genre pour exister dans le monde culturel, relevant notamment que les festivals culturels ne comptent toujours que 20% de femmes dans leur programmation.

Du côté des pistes pour sortir de ces narrations hégémoniques et stéréotypées, Chloé insiste sur l’importance de la contextualisation des œuvres que l’on consomme, mais mentionne également les impacts, positifs et négatifs, des réseaux sociaux, principalement dans la construction des imaginaires des plus jeunes. Si ces plateformes peuvent être un outil pédagogique et permettre d’ouvrir les yeux sur certains enjeux, leur usage peut se révéler à double tranchant et exposer à des contenus encore plus problématiques.

Si la journaliste salue le travail des militantes et du féminisme en général pour avoir permis de prendre du recul sur la pop culture, et déclenché un nécessaire déclic, elle regrette toutefois que certaines œuvres récentes continuent de véhiculer les mêmes clichés — d’autant plus qu’elles rencontrent un immense succès auprès des jeunes. Elle cite notamment le film L’Amour Ouf de Gilles Lellouche. Un constat qui, selon elle, devrait nous inciter à nous interroger, à réfléchir et à prendre du recul sur ce que nous regardons et écoutons encore aujourd’hui.

Autant de sujets qui seront abordés aux Créatives. Le vendredi 28 novembre tout d’abord, au Palais Eynard, avec la table ronde Rejouer l’histoire : une lecture féministe de la musique avec Flore Benguigui, La Rata, Chloé Thibaud et modérée par Emma Thibert. Le samedi 29 novembre ensuite, avec la rencontre littéraire autour de Désirer la violence où Chloé Thibaud sera en discussion avec Carolina Gonzalez.

Pour aller plus loin :

Invitée : Chloé Thibaud
Journaliste : Emma Thibert
Réalisateur : Léonard Blanc
Première diffusion antenne : 19.11.2025
Rédaction web : Emma Thibert

Crédits photo : Laurie Bisceglia
Publié le 19.11.2025
Modifie le 26.11.2025

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Une publication de Emma


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