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MOBILISATION POUR L’HISTOIRE DE L’ART AU COLLÈGE

Emma | 5 février 2026

Professeur·es, artistes et professionnel·les de la culture se mobilisent pour tenter de sauver l’histoire de l’art au collège, après les annonces du DIP. Dans leur viseur, la disparition de la matière en tant que discipline fondamentale. Après une réunion de crise organisée à Uni Mail vendredi dernier, Alexandre Gattignolo, historien de l’art et membre du comité de l’AHMS, l’Association Histoire de l’art dans la Maturité, revient sur les raisons de cette réforme et sur ses enjeux.

L’annonce a surpris tout le monde, à commencer par les professeur·es d’histoire de l’art des collèges genevois. À partir de 2027, cette discipline ne sera enseignée qu’en tant qu’option spécifique, et disparaitra de l’enseignement de la discipline fondamentale « arts visuels ».

Un problème d’interprétation ?

Le Département de l’Instruction Publique (DIP) d’Anne Hiltpold justifie cette décision par la nécessité de se mettre en conformité avec l’ordonnance fédérale sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale. Une justification qui peine à convaincre du côté des défenseur·euses de l’histoire de l’art : « nous pensons que c’est un problème d’interprétation qui résulte peut-être d’une méconnaissance de ces textes », explique Alexandre Gattignolo. Pour lui, ce sont les cantons qui ont la juridiction pour entrer en matière sur le sujet, il réfute donc l’argumentaire du DIP qui attribue cette responsabilité à Berne. Un point qui est souvent revenu lors de la mobilisation de vendredi passé sans toutefois trouver de réponse, le DIP étant absent de cette réunion de crise, ce qu’Alexandre Gattignolo déplore : « nous regrettons effectivement que le DIP n’ai pas été pas présent, et je pense que cette impression de ne pas être entendu est quelque chose que beaucoup de collègues genevois partagent ».

Quid de la mobilisation des enseignant·es ?

Des collègues enseignant·es qu’on aura finalement peu entendu·es, ces derniers jours, la parole étant plus volontairement portée par des professeurs d’université (Frédéric Elsig, Jan Blanc), des représentantes des Hautes Écoles (Lada Umstätter, Elizabeth Fischer) et des musées (Helen Bieiri) ou des figures du monde culturel genevois (Metin Arditi, Lionel Baier). Un silence « regrettable » selon Alexandre Gattignolo, qui l’explique cependant comme probablement lié à un devoir de réserve. Des enseignant·es qui pourtant pourraient être directement affecté·es par cette décision, même si, à ce sujet, Alexandre Gattignolo ne s’alarme pas : «  dans l’immédiat il n’est pas question de licenciement ou de suppression de poste, il est principalement question de diminution d’heures ». Une situation qui, si elle venait à s’aggraver pourrait concerner les syndicats. Si le Syndicat des Services Publics a déjà manifesté son soutien au combat, Alexandre Gattignolo précise : «  ce n’est pas le cas de l’Union qui a expliqué que son travail n’est pas de faire de la médiation politique ni de s’impliquer politiquement, ce qui est regrettable, d’autant plus que notre mouvement est un vrai mouvement citoyen ». Une pétition a d’ailleurs été lancée, rappelant qu’au-delà du débat disciplinaire, l’enjeu central est celui de la formation démocratique et citoyenne.

L’histoire de l’art, une richesse pour la jeunsse

En effet, si cette annonce du DIP soulève de tels cris du cœur dans les milieux culturels, c’est parce que la décision inquiète en ce qui concerne l’impact sur les élèves. Pour les défenseur·euses de l’histoire de l’art, diminuer cet enseignement dans la période actuelle est un réel danger, comme le souligne Alexandre Gattignolo : « c’est la disparition d’une certaine culture, d’une critique et d’une lecture des images dans un monde qui en est sursaturé ». Une référence aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle qui est souvent revenue dans le débat : « constamment ces jeunes publics sont confrontés à une prolifération d’images, et l’histoire de l’art peut leur donner les clés pour les comprendre, pour les analyser et aussi pour s’émanciper de ces différents médias et ainsi développer une culture critique et citoyenne ». Une culture critique et artistique, qui peut être apportée par l’école et dont la suppression peut favoriser la reproduction culturelle : « [cette suppression] peut aussi provoquer une forme d’injustice et des inégalités sociales ».  Et l’historien de l’art se dit donc « abasourdi » que le DIP n’ait pris en compte ces réflexions : «  les décisions ont été prises à la va-vite, en sous-marin presque, ce qui soulève aussi une incohérence et une incompréhension de la pertinence de cette matière ».

L’école, trop utilitariste ?

Mais si les arguments du DIP concernant la mise en conformité au niveau fédéral ne sont pas recevables pour les opposant·es, comment expliquer cette décision ? Alexandre Gattignolo y voit une orientation politique : «  je pense qu’il est question aussi d’austérité, on essaie de gratter dans les fonds de tiroirs, on essaie de voir ce qu’on peut supprimer pour économiser de l’argent et cela rentre dans une ligne politique très utilitariste de l’école ».  Selon lui, l’histoire de l’art serait ainsi vue comme une matière qui ne servirait à rien sur le marché du travail. Un problème d’époque, selon Alexandre Gattignolo, qui voit la problématique de l’histoire de l’art comme une alerte pour les autres branches des sciences humaines.

Si la situation paraît pour l’instant bloquée, Alexandre Gattignolo espère que le collectif de défense de l’histoire de l’art gagnera en poids politique, en poursuivant les mobilisations, en faisant circuler la pétition, en élargissant l’association née de la réunion de crise du 31 janvier et en mobilisant les jeunes, premiers concerné·es par cette décision.

Dans l’espoir de déposer une motion au Conseil d’État.

 

Invité: Alexandre Gattignolo, membre du comité de l’AHMS
Journaliste : Emma
Réalisation: Léonard
Première diffusion antenne : 5 février 2026
Rédaction web: Emma
Crédits photos:
Publié le 5 février 2026

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