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CinemaÉcransLa Quotidienne

Légèreté et charme : l’inconnu de la grande arche se dévoile

Johan | 7 janvier 2026

Après Love me tender la semaine dernière, le film de ce soir se présente également comme l’adaptation d’une œuvre littéraire. L’inconnu de la Grande Arche reprend l’histoire développée par Laurence Cosset dans son ouvrage : la Grande Arche. Alors qu’est-ce que la Grande Arche me diras-tu, qui est cet inconnu, qui a tué le colonel Moutarde ? mais que de mystères ce soir Judith !

Bon j’y suis allé un peu fort ; je t’ai un peu survendu le truc. Allons-y tranquillement : La grande Arche, ce n’est pas celle d’Indiana Jones ou encore celle de Noé, non c’est plus prosaïquement l’Arche de La Défense à Paris. Quant à l’inconnu de cette Grande Arche, tu me diras il peut y en avoir beaucoup, mais en l’occurrence ici il s’agit de l’architecte de cet ouvrage, ouvrage dont la construction a été assez épique.

L’inconnu de la Grande Arche reprend le récit historique du livre relatant la construction au début des années nonante de la Grande Arche de La Défense et de ses difficultés face aux décisions politiques et aux contraintes techniques. Ce chantier pharaonique avait été souhaité et mis en place par François Mitterrand – on connait le gout des grands de ce monde pour laisser un héritage que le commun des mortels pourra contempler. L’idée originelle était de compléter la perspective historique de Paris initiée du temps des rois : c’est à dire l’axe Concorde- Champs Élysées, Arc de Triomphe en le fermant par l’aménagement du front de la Défense.

Un concours architectural a donc été lancé et, à la stupeur générale – damant le pion à toutes les plus grandes agences architecturales : un inconnu danois Johan Otto von Spreckelsen va le remporter. Le film démarre ainsi sur la cérémonie d’attribution du prix ou faute de numéro de téléphone, il est impossible au président de la République de féliciter l’architecte. Ou l’on note d’ailleurs qu’il est de fait tellement inconnu au bataillon que même le consulat du Danemark ne le remet pas. On verra plus tard que ce fameux Johan Otto von Spreckelsen est un personnage un peu particulier, un artiste solitaire, très indépendant et très obstiné… Cependant son projet de cube immense – on ne parle pas encore d’arche à ce moment là – est salué par l’ensemble de la profession.

Les problèmes vont apparaitre dès lors que la conception de l’ouvrage va effectivement démarrer – choix des matériaux, difficultés techniques, réglementations à respecter, le projet de l’architecte va se heurter à la réalité du terrain et également aux enjeux politiques. Car si Mitterrand voyait cette arche comme son héritage et validait toutes les demandes (certains diront caprices) de l’architecte, une fois le retour de la droite au pouvoir et la cohabitation actée en 1986, le budget alloué fond comme neige au soleil, c’est le début de l’austérité et Johan Otto von Spreckelsen n’a plus toutes les cartes en main. Tel le marbre de Carrare dont l’architecte tombe follement amoureux, qui est validé par Mitterrand sans appel d’offre et qui au final ne sera pas acheté par l’État au grand dam de l’architecte.

Le film – à l’instar du livre – est je dirais malicieux. J’entends par là qu’il est plaisant à regarder, rythmé et intéressant. Les personnages bien campés et non caricaturaux donnent une vraie plus-value aux situations qui auraient pu être presque banales : quoi de plus commun qu’un retard de chantier ou qu’un matériau qui ne correspond pas tout à fait à ce que l’on désirait au départ. Il faut noter ici la performance des acteurs qui sont excellents : Michel Fau dans le rôle de Mitterrand : très souverain, très mitterrandien en fait ;); Claes Bank dans le rôle de l’architecte un peu perché Swann Arlaud en contrepoint avec un rôle d’architecte pragmatique et encore Xavier Dolan – oui oui Xavier Dolan en haut fonctionnaire zélé.

La mise en scène réussie du réalisateur Stéphane Demoustier à qui l’on doit Borgo et Terre Battue ne laisse jamais le récit s’épuiser ou s’embourber dans trop de détails. Bien au contraire, c’est vif et enlevé grâce notamment à des dialogues piquants. La reconstitution est réaliste sans faire datée. Le réalisateur passe ainsi avec fluidité des dorures de l’Élysée, au chantier boueux de La Défense, tout en faisant quelques haltes en Danemark ou en Italie. Rien d’extraordinaire, mais tout est bien senti, bien mis en scène, avec un bel équilibre des scènes chroniquant les jeux de pouvoir, l’orgueil mais aussi l’ambition ou le sens de l’État. Il faut dire que le film suit assez scrupuleusement le livre qui possédait déjà cette qualité de mêler Grand Histoire et dessous du pouvoir.

Un film sympathoche en somme. Alors j’ai tenté une nouvelle technique pour la critique de ce film Lionel, c’est celle du passage du temps. Que me reste-t-il du film 2 à 3 semaines après l’avoir vu. Un peu comme avec un plat ou un alcool, quelques minutes après l’avoir dégusté il te reste un petit quelque chose en bouche, un léger gout d’amertume ou de sucré par exemple. Ici je garde du film une effluve de légèreté, d’intelligence, de plaisir à voir ces acteurs incarnés ces personnages réels. Si je dois continuer dans cette métaphore et au regard des repas de Noël qui approche, l’inconnu de la Grande Arche se rapproche d’une entrée légère qui se consomme avec un plaisir non dissimulé. Est-ce que l’on se souviendra ce de que l’on avait mangé le Noël prochain, pas sur mais dans tous les cas on aura passé un bon moment.

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Animateur : Judith
Chroniqueur : Johan
Réalisateurs : Alexis et Léo
Crédits Photos : Julien-Panie- AGAT-FILMS-LE-PACTE
Date de publication : 27.12.2025

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