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CinemaÉcransLa Quotidienne

L’agent secret, un thriller hybride et foisonnant

Johan | 19 janvier 2026

Lionel écoute ce soir j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne c’est que je t’emmène au Brésil, la mauvaise c’est que je t’emmène au Brésil mais au temps de la dictature .

Alors tu vas me dire quel est ce film qui joue au chaud / froid avec nous comme ça ? Et bien sache que c’est un long métrage marquant de 2025 puisqu’il s’est retrouvé dans la plupart de palmarès cinéma de fin d’année : et il s’appelle – roulement de tambours – L’agent secret. Alors attention spoiler alert … le titre est un leurre complet, c’est presque une supercherie et je vais devoir faire éclater la vérité … il n’y a aucun agent secret dans le film … d’ailleurs je ne comprends toujours pas le titre. Bref ce n’est pas grave, l’important c’est que ce long métrage – écrit et réalisé par Kleber Mendonça Filho – a été salué comme un des meilleurs films de l’année 2025 et il sort maintenant en Suisse. Alors réjouissons-nous.

Alors petit récap en mode mise en bouche avant d’entrer dans le cœur du sujet : déjà niveau récompense : au Festival de Cannes, prix de la mise en scène et prix d’interprétation masculine, aux Golden Globes (tu sais la cérémonie des oscars mais en plus cool) : meilleur acteur et meilleur film en langue étrangère. Par ailleurs au Brésil et en France, le film a été un succès public. En conclusion, l’agent secret est a priori un bon film, en tout cas il ne peut pas être fondamentalement mauvais. D’autant plus que ce projet résulte de la rencontre entre un réalisateur reconnu et multi primé Kleber Mendonça Filho avec un des acteurs les plus bankable du moment Wagner Moura alias Pablo Escobar dans Narcos . La base du projet est solide.

Le film se déroule en 1977 au Brésil dans la ville de Recife (c’est à l’extrême Est de ce beau pays) -au moment du Carnaval sous la dictature de Baptista. Après 3 jours de voyage Marcelo, alias Wagner Moura, se pose dans une petite pension de famille tenue par Dona Sebastiana. Le mystère règne quant aux raisons de sa venue à Recife, mais on comprend assez vite qu’il s’agit probablement d’une fuite – sa vie semblant menacée – et d’un nouveau départ avec son fils. Le long métrage suit également une ribambelle de personnages que l’on qualifierait de secondaires s’ils n’étaient pas aussi indispensables au récit. Les caractères sont bien développés et parfaitement incarnés : un trio de policiers fédéraux complètement tordus, un duo de tueurs à gage presque à la cool et les responsables d’une organisation secrète qui aide des personnes recherchées par le régime. Tous ces personnages créent des arcs narratifs distincts qui bien sûr au fur et à mesure du film vont se rapprocher pour finalement fusionner.

C’est donc un film à la fois foisonnant et déconcertant dans la narration mais pas que. Déjà il y a évidemment la volonté du réalisateur de parler de la vue quotidienne au Brésil pendant cette dictature. Pour cela, la multiplicité des personnages, de leurs agissements, de leurs points de vue, de leurs craintes ou de leurs espoirs, mais également les différents types de situation montrées (scènes intimes, urbaines, au carnaval, dans des administrations ou encore dans des lieux de rencontre) forment pour le spectateur un patchwork de sensations, d’informations qui nous permettent à la fois de capter la pulsation brésilienne mais aussi de ressentir la peur voire la terreur de cette époque. Cependant on peut aussi être décontenancé par ce kaléidoscope de scènes de personnages et surtout de tons. Le film est en effet très hybride, en cela qu’il joue avec plusieurs genres, le polar, le film de série B, le thriller anxiogène, ou encore le drame familial. La mise en scène est très efficace mais passe d’un genre à l’autre sans faute forme de procès. La direction d’acteurs est parfaite mais j’avoue avoir été un peu perdu pendant la première heure car je ne voyais pas vraiment vers ou allait le film tant sur la forme que dans l’histoire.

Le film dure 2h30 – pas de craintes on ne s’ennuie pas – et en effet passé la première heure, et bien la structure du film commence à prendre, les personnages et leurs motivations nous deviennent plus claires, les histoires se rejoignent progressivement – enfin grosso modo le mystère s’éclaircit peu à peu. Le film prend alors toute son ampleur et sa force. Force notamment par l’habile écho qu’il créé avec notre époque. L’agent secret montre très bien les fondements d’une dictature qui s’incarne dans des règles et des lois factices, des milices toutes puissantes et une société ou la vie humaine n’a plus aucune valeur. Mais le film peut aussi se regarder sans utiliser le miroir de notre époque, il se suffit à lui-même par la richesse de sa narration et de sa mise en scène. Si riche d’ailleurs, que certaines références ou scènes peuvent nous laisser perplexes. Mais finalement, un film hybride, foisonnant, désarçonnant, comme une bossa nova trash… c’est finalement ce que l’on peut espérer de mieux venant du pays qui a vu naitre Sepultura et Gilberto Gil.

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Animateur : Lionel
Chroniqueur : Johan
Réalisateurs : Chloé, Léo, Théo
Crédits Photos : Trigon Films
Date de publication : 19.01.2025

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