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La SRF revient au sitcom avec Notre petite ambassade

Judith | 30 novembre 2025

Vous l’avez remarqué, je prends très à cœur de faire rayonner la production télévisuelle helvétique. Quitte à franchir le Röstigraben. Et j’ai découvert une chose. Dans ce pays, on est très fier de nos talents diplomatiques. La preuve : en un an, la SRF et la RTS ont toutes deux sorti une série sur le sujet. La Suisse alémanique et la Suisse romande qui tombent d’accord… C’est du jamais-vu en votation.

Il y a quelques semaines je vous parlais avec enthousiasme de The Deal, cette co-production de la RTS sur le nucléaire iranien. Ici, Notre petite ambassade (Unsere Kleine Botschaft, en allemand), opte pour la comédie. Et le pari est de taille: il s’agit du premier sitcom produit côté alémanique depuis 20 ans. Que les personnes qui nous écoutent se rassurent. Pas de rires pré-enregistrés à l’américaine ni d’épisodes à rallonge. Six épisodes de vingt minutes, format court et efficace. Sachez que je vous recommanderai toujours de regarder les programmes en version originale. Même si ça requiert d’entendre six heures de suisse allemand.

Bienvenue à l’ambassade de Suisse… quelque part en Amérique latine. En effet, l’histoire se déroule dans un pays fictif jamais nommé, dont on ne connait que le continent. Dès les premières secondes, le ton est donné: guitare en fond sonore, deux employés beaucoup trop chill pour être sérieux qui sirotent leur café – chemise à fleurs d’un côté, jupe léopard de l’autre.

Dans ce bâtiment un peu délabré règne Bea, une ambassadrice ambitieuse qui rêve de décrocher un poste à Washington. Sauf que voilà: alors qu’elle s’apprête à signer un accord ferroviaire historique, son ex-mari conseiller d’état, pourrait bien débarquer pour s’en attribuer les mérites.
Autour d’elle gravite toute une galerie de personnages aussi déjantés qu’attachants: Marisol, aspirante vice-ambassadrice prête à tout pour grimper les échelons. Konstantin, le flemmard qui préfère le rhum aux e-mails. Lupe, l’assistante aux envies révolutionnaires latentes. Selina, la stagiaire qui va jusqu’à simuler un tremblement de terre pour prouver sa valeur. Sans oublier madame Zybach, cliente bourgeoise qui vole les sugus de la réception, tellement insupportable que l’équipe s’échange un t-shirt avec l’inscription «I survived Zybach».

Mais la série débute lorsqu’un homme suspect débarque: costard impeccablement taillé, montre au poignet et lunettes sur le nez.
Un Genevois. Répondant au nom d’Adrien de Beaumont, il est le nouveau vice-ambassadeur. Serait-il un potentiel espion, envoyé par Berne?
On découvre aussi comment on est vus depuis l’autre côté de la Sarine: pédants, précieux, parachutés uniquement grâce au népotisme.
Tout, ou presque, se déroule en huis clos, dans les locaux diplomatiques. Les rares moments à l’extérieur nous parviennent à travers des séquences en visio. On suit les petits tracas personnels des employés – qu’ils soient amoureux, familiaux, existentiels – mais aussi les problèmes, plus conséquents, d’une ambassade. A commencer par Walti, un consul, qui se fait enlever par des activistes lors de négociations.
Vous y apprendrez par ailleurs que, si un tremblement de terre survient, il faut vous réfugier dans un encadrement de porte… mais aussi que la diplomatie helvétique n’est pas forcément entre de bonnes mains.

Il faut vraiment prendre la série pour ce qu’elle est: un sitcom léger et facile à regarder, idéal après une journée de travail pour éteindre doucement son cerveau. Et je dois avouer que j’ai été plutôt agréablement surprise. Je n’ai pas éclaté comme devant des sitcoms cultes d’Hollywood, mais j’ai gardé un petit sourire constant au coin des lèvres. Ça fonctionne, c’est rythmé et bien incarné. Il y a évidemment des gags qui tombent à plat et quelques maladresses d’écriture. On mise beaucoup sur le comique de situation: des chutes, des objets qui explosent et des imprimantes qui prennent feu… jusqu’à glisser dans l’exagération. Exemple: ce personnage qui devient amnésique parce qu’une pastèque lui explose dessus… Bon, sur ce coup-là, on fait gentiment semblant d’y croire.

La série est un joli hommage assumé aux sitcoms des années 90, qu’on comprend dès le générique joyeusement kitsch. L’esthétique pastel, l’image légèrement floutée, les lumières douces donnent une ambiance presque réconfortante, comme une vieille VHS qu’on retrouverait un soir d’été au fond d’un tiroir.

On sent donc un bel amour de cet âge d’or télévisuel, remis au goût du jour avec soin. Mais attention. Nostalgie ne doit pas rimer avec recyclage, et certains gimmicks gagneraient à évoluer avec leur temps. On joue encore beaucoup sur les clichés – maîtrisés pour l’instant, mais à force de danser sur le fil, elle pourrait finir par basculer.

Au final, Notre petite ambassade se révèle être un cocon télévisuel sympathique, imparfait mais enjoué, dans lequel on se réfugie volontiers.

Mais, entre nous, si un jour on a un problème à l’étranger, je nous souhaite quand même de tomber dans une ambassade un peu plus compétente que celle de la SRF.


Chronique : Judith
Animation : Lionel
Réalisation : Noé
Crédit photos : SRF – Pascal Mora
Première diffusion antenne : 25 novembre 2025
Publié le 30 novembre 2025

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Une publication de Judith


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