Avec Les Saisons, Nicolas Maury filme l’art d’hésiter
Il semblerait que les beaux jours du coup de foudre au premier regard soient derrière nous, au profit du triangle amoureux. Fini les romances à la Titanic, bonjour le libertinage de Jules et Jim. Qu’est-ce qu’on aime voir une personne balancer entre son amour de jeunesse et sa relation actuelle, se déchirer entre la stabilité et la passion. À l’écran, ça n’en finit pas d’hésiter.
C’est exactement le thème de cette première série, réalisée par Nicolas Maury, qu’on avait découvert dans l’excellent Dix pour cent. Co-écrite avec Hélène Duchateau, Les Saisons est loin d’être sans défauts, mais ils participent aussi à son charme. Une création douce qui glisse comme un poème et dans laquelle on se laisse volontiers embarquer dans la lenteur de janvier.
Du vent, la mer et une mobylette: le décor est planté pour déployer la parfaite idylle balnéaire. Camille, une adolescente parisienne, passe les vacances dans la maison familiale, en Vendée. Elle y rencontre Alexandre et Martin, deux meilleurs amis surnommés Rox et Rouky, et qui, vous l’aurez deviné…. tombent amoureux d’elle. Le premier est sûr de lui, sérieux et déterminé, le second plutôt réservé, sensible et porteur de lourdes responsabilités familiales.
Un chassé-croisé amoureux qui s’étendra sur trente ans puisque chaque épisode représente une saison et une année différente. Quatre temps forts donc: l’été 91, l’automne 2001, l’hiver 2010 et le printemps 2022. La série trace une fresque qui part de l’intime mais qui raconte aussi toute une époque, la nôtre, retraçant les temps forts de l’histoire récente sur les télévisions de la maison familiale, de la guerre en Irak au Covid.
Dans le trio de tête, on retrouve notamment Lucas Bravo, bien plus intéressant sous les traits d’Alexandre que dans Emily in Paris. En revanche ses personnages ont toujours la même malédiction: celle de ne jamais être totalement choisis par leurs dulcinées. Son meilleur ami est interprété par Abraham Wapler, que j’aime dans absolument tout ce qu’il fait, donc je manque probablement d’objectivité. Et enfin Stéphane Caillard, apportant quelque chose de joliment fragile au rôle de Camille, qui n’est pourtant pas le personnage le plus sympathique de prime abord.
Nicolas Maury, quant à lui, ne se contente pas de réaliser. Il apparaît dans un rôle très éloigné de ceux auxquels il nous a habitués. Un père de famille bedonnant, blasé, engoncé dans des codes virils lourdauds. C’est aussi beaucoup de ça dont il est question: des hommes et de leur rapport à leurs sentiments.
Si l’illusion du temps qui passe marche parfaitement en termes d’atmosphère, elle se fissure en revanche lorsqu’il s’agit des personnages. Les trois rôles principaux ne sont pas interprétés par les mêmes acteurs entre le premier épisode et les trois suivants, ce qui crée une rupture assez visible.
À cela s’ajoute un choix de casting troublant: l’actrice qui incarne Camille jeune joue également sa fille dans le dernier épisode. Les maquillages de vieillissement, trop appuyés et peu crédibles, finissent par détourner l’attention et sortent un peu de l’histoire.
Pour autant, Les Saisons reste une œuvre très soignée. La musique est belle, la photographie aussi. Les dialogues laissent souvent place à de la poésie ou à des réflexions philosophiques. Tout est doux, comme enveloppé dans de la ouate.
Surtout, les tiraillements amoureux sonnent assez justes. On assiste à de vraies disputes, avec des mots qui font bien mal, de vraies douleurs, mais aussi un amour profond – jamais caricatural ni artificiel, comme on en voit beaucoup ailleurs.
Finalement, peu importe qui Camille finit – ou non – par choisir. Ce n’est pas là que se joue l’essentiel. C’est une série sur le doute, qui rappelle une idée assez simple: le meilleur choix, c’est souvent soi-même.
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Chronique : Judith
Animation : Lionel
Réalisation : Noé
Crédit photos : Windy Production
Première diffusion antenne : 6 janvier 2026
Publié le 15 janvier 2025
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