Nicole Nicole : la douceur comme moteur
Aujourd’hui, je suis dans un confessionnal et Lionel, tu es un prêtre de l’Église cinématographique. Il est temps pour moi de me faire pardonner par le dieu du cinéma. J’ai péché. La semaine passée, lorsqu’il a fallu choisir la chronique, j’ai voulu jeter mon dévolu sur Hope, de Na Hong-jin. Je savais très bien que Nicole Nicole allait sortir cette semaine. Je le savais. Seulement, j’ai voulu me détourner du chemin.
Il faut me comprendre… Essayez de me comprendre… Voici le synopsis: Nicole, 55 ans, et sa mère Alberte, 87 ans, vivent ensemble dans une villa au bord du Léman. Leurs habitudes les figent dans la codépendance: Nicole, on l’imagine incapable d’autonomie et Alberte est terrifiée à l’idée de se retrouver seule. Mais en se rapprochant de Lauren, sa nièce cinéaste, Nicole va explorer une possible émancipation.
Qu’est-ce qui traverse votre corps avec ce résumé ? La dépression ou la lourdeur de l’existence. Le capitalisme use déjà assez mon esprit comme ça pour que j’inflige à ma chair le coup final ! Est-ce que j’exagère ? Oui, allègrement.
Vous en conviendrez, tout de même, que le synopsis ne fait pas rêver. Je ne voulais donc pas en faire une chronique. Heureusement que les lois de la radio sont plus fortes que moi et que j’ai dû la faire.
Et, me voici pour en dire tout le bien que j’en pense. Pour continuer dans ma confession, j’ai omis la dernière phrase du résumé : Un film de famille qui choisit la douceur comme moteur. Et c’est bien vrai ! J’aurais dû tout lire dès le départ !
Nicole Nicole n’est pas morose, loin de là. Le documentaire pose un regard tendre sur ses protagonistes. Remarquez, c’est normal. Lauren, la réalisatrice, est la nièce de Nicole. Nicole vit avec sa mère qui est, si vous m’avez suivi, la grand-mère de la cinéaste.
À l’inverse de sa fratrie, elle ne s’est jamais émancipée de la maison familiale. Il faut préciser qu’elle touche l’aide d’invalidité. Selon les mots de la réalisatrice, «Nicole n’est pas comme les autres et cette différence n’a jamais été clairement établie». On ne sait donc pas vraiment quel est le trouble de cette femme. Il y a des instants où elle est très adulte. Elle travaille, elle fume des cigarettes dans le jardin. Et d’autres où elle est plus enfantine. Elle fait des câlins à une énorme peluche ou elle a des réactions émotives un peu plus intenses. Des comportements que tout le monde peut avoir. Finalement, ce n’est pas vraiment le sujet de l’oeuvre.
Lauren filme avant tout ce moment où sa tante souhaite quitter la maison et prendre son envol. Ce n’est pas forcément une situation facile pour Alberte. Ce n’est pas chose aisée pour une mère de voir son enfant partir. D’autant plus lorsque l’on commence à vieillir et que notre fille a vécu cinq décennies chez nous. Cela crée quelques moments de tension dans la famille. Comme lors de cette scène en voiture où la mère de la réalisatrice monte dans les tours avec Alberte. C’est presque gênant pour nous. On est là, avec elles, assis sur le siège arrière. C’est comme lorsqu’on est ado, que l’on va manger chez notre pote et qu’il se fait pourrir par ses parents entre deux cuillères de purée.
On est quasiment en train d’assister à une vidéo de famille projetée à Noël. Je pense que c’est voulu. Il y a un petit côté «amateur». La réalisatrice laisse à l’écran les moments où l’image fait sa mise au point ou lorsqu’elle installe la caméra. Je dis «amateur», mais je ne le fais pas de manière péjorative. Le procédé permet de se sentir encore plus proche de cette famille. C’est leur journal intime qui nous est montré. D’ailleurs, pour Lauren, le film est aussi un moyen d’entrer dans les pensées de sa tante qui est une personne réservée.
Quand on lui pose une question, elle répond de manière très succincte. Elle vous regarde et vous dit simplement «oui» ou «non». Pour sa soeur, c’est terrible. Elle a l’impression qu’elle ne l’écoute pas. Moi je me reconnais dans ce type de réponses. Ça peut m’arriver de simplement hocher la tête avec un son de gorge. Nicole et Nicolas, même combat.
Comme moi, elle ne s’étend pas des masses sur sa vie privée. Lauren la soupçonne tout de même d’avoir une vie amoureuse. Elle cherche, avec ce documentaire, à avoir accès à cette partie de sa vie. Peut-être qu’en la filmant, elle se révèlera un peu plus. L’art peut aussi être un moyen détourné pour se raconter ou raconter l’autre.
La réalisatrice n’est jamais intrusive. Elle n’entre pas là où elle ne peut pas. Tout est filmé avec pudeur et bienveillance. J’aimerais rappeler la dernière phrase du synopsis que j’aurais dû croire dès le départ : Nicole Nicole est un film de famille qui choisit la douceur comme moteur.
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Chroniqueur: Nicolas
Animation: Lionel
Réalisation: Marlon et Chloé
Première diffusion antenne: 29 octobre 2026
Crédits photos : Luna Films et Les Films de la Pépinière
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