L’espèce explosive : un film sanglier
Parfois, au moment où le générique du film commence à défiler sur l’écran, on ne sait pas si on a aimé ou pas.
Souvent c’est un peu les deux. C’est comme appuyer sur une dent qui fait mal. Paradoxalement, ça fait aussi un peu de bien. Je ne sais pas si cette comparaison a du sens. Le film ne m’a pas fait de mal comme une carie. Il m’a en tout cas laissé un goût étrange dans la bouche. Bref, vous comprenez, je suis assez indécis sur ce que j’en pense.
«L’espèce explosive» s’ouvre sur la colère des agriculteurs, dans la région des Ardennes.
Leur rage est palpable. L’image est en numérique mais elle est granuleuse. L’ambiance est crado. Les voitures sont boueuses. Les agriculteurs traînent un sanglier ensanglanté devant la porte du maire. Ils gueulent. Il y a de plus en plus de sangliers dans la région. Ils détruisent leurs cultures. Ils accusent les chasseurs.
La musique vient appuyer l’étrangeté et la noirceur de l’ambiance générale. Les notes de jazz signées Florencia Di Concillio grognent. Elles soulignent le tourment de l’un des agriculteurs, Brun.
Lui est sur le point de commettre l’irréparable. Plus tard dans la nuit, il prend son fusil. Gros plan sur son visage apeuré et déterminé. Plan d’ensemble. Coup de feu. Il tue un notable local. A ce moment-là, je me dis que je ne suis pas devant une comédie comme les autres. Que je suis devant un polar fou. Qu’il se dégage du film quelque chose de singulier. De sanglier même… Je suis fatigué… Désolé.
Tout ça se passe dans les dix premières minutes. Je suis ébloui.
Puis, le carton «un an plus tard» apparaît à l’image. C’est presque une nouvelle oeuvre qui commence.
On retrouve Orsini, un gendarme corse. Il est dépressif et vient d’être muté dans la région. Des sangliers sont de nouveau retrouvés morts devant la maison de certains chasseurs. Il est mis sur l’enquête.
Malheureusement, le soufflet retombe un peu. L’obligation de narration qu’exige une enquête assagit la mise en scène. C’est dommage car j’aurais aimé rester plus longtemps dans la tragédie de l’agriculteur. D’ailleurs, dans une interview accordée aux Cahiers du cinéma, la réalisatrice précise qu’initialement, le film racontait l’histoire de Brun. C’est par la suite que cette première partie a été réduite à une petite dizaine de minutes. Le contraste avec la seconde partie, plus comique, était trop important, selon la cinéaste. Un peu triste de cette décision, à titre personnel.
Le polar est donc mis de côté et nous voici dans une comédie policière un peu plus classique.
Les personnages correspondent à des tropes connus. Un homme malheureux détestant les femmes. Une psy, Stéphane, elle aussi névrosée. La comédie romantique naissante entre les deux… On ne connait que trop bien ce genre d’histoires.
Sarah Arnold continue quand même d’avoir quelques beaux élans de mise en scène. Notamment le moment où Orsini est en voiture et frôle, pendant plusieurs mètres, une barrière de sécurité. Son visage est éclairé par les étincelles de la carrosserie sur la tôle. Le gendarme a un feu qui bouillonne en lui. Celui d’une injustice et d’une révolte contre les puissants. Mais aussi celui d’un désir grandissant pour Stéphane.
On l’aura compris, «l’espèce explosive» n’est pas celle des sangliers. Elle est celle des pulsions névrotiques. D’une envie de sexe. A la fin des fins, c’est juste un homme et une femme qui veulent échanger des fluides à l’arrière d’un fourgon. Comme il est question de désir, Sarah Arnold filme des corps. Des corps d’hommes vieillissants. Celui de Brun qui sort de sa baignoire avant d’aller commettre le meurtre. C’est assez rare, aujourd’hui, de voir ce type de chair au cinéma.
Même si la narration reste sur un sentier balisé, il y a, ici et là, des éléments innovants. Je ressors de ce premier long métrage avec des frustrations. Mais Sarah Arnold a un véritable talent de mise en scène qu’il faut suivre et expérimenter dans les salles obscures.
–
Chroniqueur: Nicolas
Animation: Lionel
Réalisation: Chloé
et Marlon
Première diffusion antenne: 8 octobre 2026
Crédits photos : 5 à 7 Films
Un contenu à retrouver également sur l'application PlayPodcast

Commentaires
Pas encore de commentaire pour cet article.