Rock’n’Sobre #58 Stockage de l’électricité solaire
À la fin de 2025, plus de 330 000 toits suisses produisaient un septième de notre électricité. Une progression d’un tiers en un an. La suite? Apprendre à garder ce soleil. Batteries, véhicules électriques, hydrogène: la Suisse explore toutes les pistes.
«La chute des prix, la recherche d’autoconsommation, et l’incertitude liée aux tarifs dynamiques». Trois moteurs expliquent le bond de plus de 70% des ventes de batteries en 2025 en Suisse pour stocker l’électricité solaire, selon Anna Plancherel, la directrice de Swissolar. La capacité installée a quasiment triplé en deux ans: d’environ 0,9 GWh fin 2024 à 2,5 GWh attendus fin 2026. Il faut dire que le calendrier presse. Dès le 1er janvier 2027, le prix de rachat du surplus d’électricité injecté dans le réseau deviendra dynamique, c’est-à-dire, calculé toutes les 15 minutes, au prix du marché au moment précis de l’injection. Aux heures de saturation, ce prix pourrait baisser fortement, voire devenir négatif. Une garantie légale protègera toutefois les petites installations avec un tarif minimum de 6 centimes par kWh pour les installations de moins de 30 kW, récupérable a posteriori. Ajoutons à cela: la limitation d’injection dans le réseau. En effet, pour toute nouvelle installation, l’électricité solaire ne peut plus être revendue au réseau au-delà de 70% de sa puissance maximale depuis janvier 2026. En clair: une installation de 10 kW ne peut plus en injecter que 7 dans le réseau. Objectif: éviter de surcharger les lignes à midi, quand tous les panneaux du pays produisent en même temps. «Ces situations extrêmes sont rares, relativise Vincent Rittener, responsable de l’approvisionnement et des produits électriques à Romande Energie. La perte représente moins de 3% de la production annuelle». Résultat: aujourd’hui, une installation solaire sur deux, a toutes les bonnes raisons de repartir avec une batterie en poche pour stocker son surplus d’électricité solaire.
Batteries fixes, mobiles et intelligentes
Mais le stockage ne se limite pas à la batterie fixe. «Quand je remplis une batterie, je consomme de l’électricité», rappelle Vincent Rittener, qui distingue plusieurs formes: les batteries individuelles, les véhicules électriques dont la recharge bidirectionnelle «vehicle-to-home» permet de restituer de l’électricité au bâtiment, ou il y a encore le pompage-turbinage, avec des centrales construites dans les années 1980-90 pour absorber l’excédent nucléaire nocturne, qui sont désormais actionnées en plein après-midi pour consommer le solaire.
Le stockage de demain ne se contentera pas d’emmagasiner. Il va aussi réfléchir. «Il existe des systèmes de management énergétique qui permettent de visualiser quand il y a des besoins en énergie, quand il faut stocker, quand il faut injecter dans le réseau», décrit Anna Plancherel. Ces batteries intelligentes dialoguent avec l’ensemble de la maison. L’onduleur, le chauffage, la borne de recharge du véhicule électrique peuvent désormais communiquer et être pilotés selon la météo, la production attendue et les habitudes du ménage. L’objectif est de tendre à une gestion complète de l’écosystème électrique pour consommer l’énergie au moment où elle est la plus abondante. Une piste que Romande Energie expérimente en orchestrant une trentaine de batteries entre elles, «comme une centrale globale qu’on peut piloter», explique Vincent Rittener.
Transformer le soleil en hydrogène et en oxygène
À Genève, le projet HiPHEL-PV (High-Pressure Hydrogen Electrolyzer using PhotoVoltaic energy), mené par l’HEPIA et l’entreprise DAES SA entre 2023 et 2024, explore une autre piste: transformer le surplus solaire par électrolyse, en dissociant l’eau (H₂O) en hydrogène et en oxygène, tous deux en haute pureté. L’originalité du projet tient à la haute pression. Il s’agit de compresser l’eau avant l’électrolyse, plutôt que l’hydrogène après. Comme l’eau est plus facile à comprimer que le gaz, cela évite une étape énergivore. Le gain de rendement global est estimé entre 10 et 20% par rapport aux solutions classiques, une fourchette prudente, car le projet n’a abouti qu’à une preuve de concept en laboratoire. Mais l’enjeu dépasse l’énergie. L’oxygène, produit en très haute pureté, peut être valorisé auprès des milieux médicaux. Et l’hydrogène, 100 % vert, pourrait alimenter des véhicules lourds comme des engins de chantier, camions, qui exigent de la puissance. Mais «il n’y a pas de solution miracle, il faut miser sur plusieurs technologies», insiste Nikos Zarkadis.
Alors, le stockage, effet de mode ou tendance durable?
Clairement, les idées fusent et la dynamique ne faiblit pas. «Les prévisions de ventes de batteries pour 2026 ont déjà été dépassées», selon Anna Plancherel. Le stockage occupe désormais sa place dans la trajectoire énergétique en Suisse: 45 TWh d’énergies renouvelables visées en 2050.
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Intervenant·es : Anna Plancherel (Swiss Solar), Vincent Rittener (Romande Energie), Nikos Zarkadis (HEPIA)
Journaliste : Karine Pollien
Production : Charles et Alexis
Crédit photo vignette : Vincent Rittener – Karine Pollien
Crédit photo fond : Swiss Solar
Réalisation : Stanislaw
Mise en ligne : Valérie
1ère diffusion antenne : 5 octobre 2026
Publié le 8 octobre 2026
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Ce programme a été réalisé avec le soutien de la Ville de Genève et du département du territoire, République et canton de Genève.
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